Son bureau de tabac est connu dans le monde entier, portrait du buraliste monégasque Thierry Bauduin

Gérant du bureau de tabac niché dans l’un des virages du circuit de Formule 1, ce Monégasque de 66 ans retrace l’histoire de cette échoppe et évoque sa passion viscérale pour l’automobile.

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Thibaut Parat Publié le 08/03/2022 à 12:45, mis à jour le 08/03/2022 à 13:06
Le bureau de tabac niché dans l’un des virages du circuit de Formule 1. Photo Jean-François Ottonello

Bien que sa clientèle soit principalement touristique, l’échoppe Tabacs Sainte-Dévote n’en demeure pas moins une institution de la Principauté. Mondialement connue par les fins connaisseurs de Formule 1 pour avoir donné son nom à l’un des virages les plus rapides et compliqués - car à l’aveugle - du tourniquet monégasque: Bureau de Tabac.

Niché sur le quai Albert-Ier, et désormais accolé à un célèbre créateur de crème glacée, l’établissement a traversé les âges. En arrière-plan, on l’aperçoit sur des photographies en noir et blanc d’avant-guerre. "Bien sûr, le tracé du circuit a changé depuis. Jusqu’en 1972, les voitures passaient vraiment devant. Mais comme elles allaient de plus en plus vite, des travaux ont été nécessaires", retrace l’actuel gérant, Thierry Bauduin, un Monégasque qui affiche 66 printemps au compteur.

"Comme Obélix, je suis tombé dedans étant petit"

À l’intérieur, parmi la kyrielle d’articles de souvenirs liés à Monaco, bon nombre se réfèrent à la Formule 1: casquettes, magnets, vêtements, petites voitures… Tous se vendent comme des petits pains quand sonne l’heure de la mythique bataille du rail.

Thierry Bauduin affiche d’ailleurs ce parti pris avec des clichés de pilotes qui ont fait les grandes heures de la discipline reine de l’automobile : Juan Manuel Fangio, Michael Schumacher, Alain Prost, Jack Brabham, Jackie Stewart, Niki Lauda…

 

Parmi ces archives, une photo dédicacée par Louis Chiron, pilote monégasque victorieux en 1931 en Principauté, à destination de Robert Morane, le propriétaire américain du bureau de tabac avant la famille Bauduin. "Tout cela fait partie de l’âme du magasin", sourit Thierry Bauduin. Forcément, le gardien des lieux ne pouvait être, lui aussi, qu’un mordu de F1. "J’aime la vitesse, les coups de volant, la façon de doubler. Je suis peut-être un peu nostalgique des moteurs V12. Bref, comme Obélix, je suis tombé dedans étant petit."

Niché sur le quai Albert-Ier, et désormais accolé à un célèbre créateur de crème glacée, l’établissement a traversé les âges. En arrière-plan, on l’aperçoit sur des photographies en noir et blanc d’avant-guerre. Photo DR.

Vœu exaucé en 1970

Né à Valenciennes un 13 janvier 1956, Thierry Bauduin grandit avec les exploits sportifs de Jim Clark, Graham Hill, Pedro Rodríguez de la Vega ou encore Jean-Pierre Beltoise. "Petit, j’avais leurs petites voitures. Mon père filmait les Grands Prix à la télévision avec sa caméra Super 8. Il les développait et on les visionnait sur un écran, se souvient-il. C’était un rêve de voir une course en vrai."

Vœu exaucé en 1970, à Monaco, vous l’aurez compris. Après des déboires professionnels, Michel Bauduin, le père de Thierry, déménage sur la Côte d’Azur, à Antibes, où résident déjà ses parents.

"Il a trouvé ce magasin à vendre à Monaco. À l’époque, il se trouvait encore sous des escaliers, narre Thierry Bauduin. Cette année-là, je me souviens de Jack Brabham, en tête de la course jusqu’au dernier tour, qui bloque les freins et a un accident à l’ancien virage du Gazomètre." Laissant la victoire sur le fil à un Jochen Rindt opportuniste.

"Le plaisir et la santé"

Après les cours au lycée Albert-Ier, l’adolescent descend l’avenue de la Quarantaine, avec ses camarades, pour jeter un œil aux stands où les mécaniciens des écuries s’affairent. Plus tard, après des études de droit, il renonce à une carrière de notaire pour reprendre l’affaire du paternel, le 1er janvier 1984. "Je voulais rester à Monaco. Je m’y sentais bien. Dès mon arrivée ici, j’ai été très bien intégré. C’est devenu mon pays. Pourquoi partir chercher ailleurs ?, questionne-t-il. Et puis, j’ai toujours voulu être indépendant. C’était la bonne occasion."

 

L’année 1984 ravive, une nouvelle fois, des souvenirs automobiles. "Ce fut un Grand Prix mémorable avec un temps épouvantable. Il pleuvait à torrents, à tel point que le directeur de course a arrêté la course un peu avant la moitié. Prost était premier, Senna était second. La moitié des points a été attribuée. À la fin de la saison, Prost perd le titre pour 0,5 point", raconte ce passionné de sport.

Des moments d’anthologie que Thierry Bauduin se plaît à distiller à des clients, souvent très curieux. "Ils aiment voir le circuit, ils prennent des photos de l’endroit. On a notamment quelques Brésiliens pour qui Senna était un demi-dieu. On part dans de grandes discussions." Des touristes, venus de contrées lointaines, qui se font plus rares depuis la crise sanitaire. Tout comme les croisiéristes. "Il faut s’adapter, sinon on disparaît. Ça a toujours été comme ça. Avant, on vendait plus de tabac, de pellicules photos, de cartes postales, de presse…"

Pas de quoi, donc, altérer la passion qui anime l’entrepreneur monégasque. "Tant que j’ai le plaisir et la santé, je ne partirai pas à la retraite."

Qui sait, avant qu’il ne baisse définitivement le rideau métallique, peut-être verra-t-il Charles Leclerc triompher sur ses terres. "C’est notre petit protégé. Keke Rosberg disait qu’avant d’être champion du monde, il faut gagner un Grand Prix, mais aussi être victorieux à Monaco."

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