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Roya et Bévéra : une flore d’exception à protéger

Le haut pays mentonnais dispose d’un grand nombre d’espèces rares que les amateurs de montagne (et de botanique) peuvent découvrir au rythme de leur marche. Florilège

La rédaction Publié le 17/08/2017 à 10:02, mis à jour le 17/08/2017 à 10:03
Photo DR

Alors que les Alpes-Maritimes font déjà figure de département extrêmement riche (botaniquement parlant), les vallées de la Bévéra et de la Roya font exploser tous les compteurs en la matière.

Tant les fleurs d’exception y sont nombreuses au mètre carré.

Dans une fiche éditée par le Muséum d’Histoire naturelle de Paris, relative aux gorges de la Roya, la description des lieux est ainsi évocatrice: "Les conditions édaphiques (la science du sol N.D.L.R.) et climatiques particulières liées aux influences ligures permettent le maintien d’espèces rares ou uniques en France."

Parmi ces belles plantes, quelques orchidées – que la Communauté d’agglomération de la Riviera française souhaite aujourd’hui valoriser et développer au maximum.

 

Mais également des espèces endémiques, souvent inconnues du grand public. Elles ne sont pas toujours follement esthétiques, paraissent parfois banales, voire rabougries. Méritent pourtant qu’on se penche sur elles. Aperçu.

Sources: Carf et Mémento de la flore protégée des Alpes-Maritimes, paru en 2010 aux éditions du Cabri, en partenariat avec l’Office national des forêts.


Bien loin des orchidées en pot que l’on offre au premier venu – en lui recommandant d’arroser le réceptacle puis de le vider, aussitôt les racines hydratées – les orchidées sauvages ne peuvent se satisfaire d’une vie en appartement. Très fragiles, elles ont besoin de conditions climatiques spécifiques, ainsi que d’un sol particulier pour pousser.

Parce qu’elles réunissent toutes les caractéristiques requises, les terrasses anciennement cultivées près de Saorge en regorgent. Parmi les 160 espèces d’orchidées répertoriées en France, plus d’une cinquantaine ont ainsi été inventoriées sur le site de «La Bendola», classé Natura 2000, à l’est du village.
Aider les propriétaires à entretenir

Certaines d’entre elles, à l’instar de l’Ophrys lutea sont rares. Voire menacées de disparition. Les causes? Elles sont – comme souvent – multiples. L’humain ayant clairement sa part de responsabilité, dans la mesure où ses activités ont (entre autres) impliqué une raréfaction des insectes pollinisateurs.

Mais c’est surtout la disparition des prairies, ce que l’on appelle des "milieux ouverts", dans le jargon, qui menace la survie des orchidées. Ces dernières ayant besoin de milieux lumineux, où la végétation est basse et peu dense, pour s’épanouir. Un type d’habitat de plus en plus difficile à trouver aujourd’hui.

Afin de répondre au problème, le conseil communautaire s’est engagé fin juin à signer un nouveau contrat Natura 2000. Visant à "aider les propriétaires, particuliers et communes, à entretenir leur terrain dans un objectif de conservation de la biodiversité".

Le projet, qui sera mis en œuvre entre 2018 et 2023, bénéficiera à ce titre de 9.922 €, subventionnés à 100 % par l’Europe et des fonds d’État.

Objectif: limiter la prolifération des buissons et des genêts sur les pelouses à orchidées identifiées. Pour en préserver les vertus. Dans ce contexte, les propriétaires de terrains situés en zone Natura 2000 sont invités à agir, à leur échelle, pour la restauration et le maintien de l’habitat des orchidées sauvages.

 

"Concrètement, ils s’engagent pour une durée de 5 ans. La première année, une action spécifique de débroussaillage est menée par un professionnel et prise en charge par le réseau Natura 2000. Les années suivantes, le propriétaire promet d’entretenir son terrain afin de favoriser l’extension des pelouses et la pousse des orchidées", explique la maire de Saorge, Brigitte Bresc, également présidente du comité de pilotage du site Natura 2000.

Parmi les propriétaires contactés, Mme Beccaria, dont les terres sont situées au-dessus du Monastère de Saorge, s’est tout de suite portée volontaire.

"C’est un avantage, car mon terrain n’est pas facile d’accès et les genêts qui l’ont envahi sont difficiles à déraciner, expliquait-elle aux équipes de la Carf. Je suis originaire du village et une amoureuse de la nature. Je me souviens qu’il y avait des orchidées sauvages partout avant. J’espère pouvoir en revoir ici".


Hesperis matronalis

On la nomme aussi Hesperis inodora – Julienne inodore. Pour la raison on ne peut plus logique qu’elle n’a aucune odeur.

Pourtant fleurie entre juin et août, on dit d’elle qu’elle est micro-endémique. C’est-à-dire circonscrite dans un très petit territoire délimité. À savoir la vallée du Réfrei, le vallon de la Morte (Tende), la Bendola (Saorge), ainsi que dans la Gordolasque, de l’autre côté du Parc du Mercantour.

Pas tellement étonnant quand on sait que cette rare Julienne aime les lieux frais, humides et ombragés. Qu’elle raffole des hautes herbes et des sentiers plein de broussailles.

 

Pinguicula longifolia

Photo DR.

Les habitants de Fontan - du moins les passionnés de botanique - les connaissent de longue date. Une centaine de grassettes de Reichenbach a en effet investi les gorges de Paganin depuis bien longtemps. Bien qu’une autre espèce de pinguicules menace leur survie sur les lieux.

Fleurie entre mai et août, amatrice de "tufs" calcaires humide, cette plante a également été repérée dans les gorges de Bergue, non loin du site le plus connu, ainsi qu’à la Bendola (Saorge) et au vallon de Bens (La Brigue).

Leuzea rhapontica

Photo DR.

Amatrice d’éboulis et de pentes rocailleuses en calcaire, cette plante très spécifique aux Alpes ligures franco-italiennes porte un nom français qui devrait évoquer quelques souvenirs à certains: Rhapontique de Bicknell. D’autant plus quand on sait qu’on la trouve essentiellement sur le versant sud-ouest du Mont Torrage (Saorge). Et que des inventaires plus anciens mentionnent sa présence au col de Tende.

Eh oui, c’est bien le célèbre botaniste (et découvreur des gravures rupestres des Merveilles) Clarence Bicknell qui lui a donné son patronyme.

Primula allionii (Primevère)

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La Primevère d’Allioni est une espèce endémique des Alpes-Maritimes, et de l’Italie proche. On la trouve avant tout dans la voûte des grottes, ou dans des endroits couverts, souvent accompagnée d’autres espèces rares.

Cette plante naine vivace, qui fleurit de début février à fin mai, est essentiellement visible dans la vallée de la Roya. De Saorge à Saint-Dalmas-de-Tende. Notamment dans la vallée du Caïros et sur le site des Granges de Fromagine, où elle est protégée, en plein cœur du Parc national.

 

Anémone

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L’Anémone Trifolia n’est pas rarissime au point de n’exister qu’en France. Mais sur le territoire national, on la trouve presque seulement au Col de Muratone (Saorge) et à la Tête d’Alpe (Breil).

Centaurea alpina

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Principalement implantée dans les basses montagnes du sud de l’Europe, cette plante vivace «glabre» a élu domicile près de Sospel, dans le vallon de Saint-Julien. On la trouve de moins en moins à échelle mondiale. En France, elle ne figure visiblement que dans la Bévéra. Ce qui fait de cette centaurée des Alpes – plutôt jaune, sur le secteur – une espèce résolument rare. À observer en juin-juillet.

Saxifraga florulenta

Photo DR.

Elle est plutôt impressionnante quand elle dresse ainsi ses centaines de fleurs (rose et violette) entre les rochers, durant les deux mois d’été.

La "Saxifrage à nombreuses fleurs", tout aussi judicieusement appelée Saxifrage du Mercantour, est endémique des Alpes-Maritimes franco-italiennes.

Autant dire que les sites où l’observer sont rares. Haute Tinée ainsi que haute Roya, essentiellement à la pointe de Peyrefique et au Mont Bégo.

Madame aime en effet la rocaille, les falaises et fissures – que seule la haute montagne peut offrir.

 

Proche par le nom, même si elle ne lui ressemble pas franchement, la Potentilla saxifraga (potentille des rochers, de son nom français) affectionne tout autant les falaises, ainsi que les entrées de grotte.

Endémique, elle aussi, cette plante aux longues tiges et aux cinq pétales blancs apparents, fleurit cela dit bien avant. En mai et en juin. Car ses espaces de prédilection se trouvent souvent à une moindre altitude.

À l’instar du village de Castillon, même si la moyenne et la haute Roya en abritent quelques-unes. En Italie, seule la basse vallée de la Roya peut en revendiquer, non loin de Vintimille.

Phyteuma cordatum (dite raiponce)

La Raiponce ici représentée est en fait une cousine : la Phyteuma humile. Photo DR.

Son nom français rappellera probablement aux enfants, ainsi qu’à leurs parents et grands-parents, le nom d’une récente héroïne de l’industrie Disney. Issue, cela dit, de l’imaginaire des frères Grimm.

Raiponce. La jeune fille aux (très) longs cheveux aussi blonds que magiques.

 

La raiponce à feuilles en cœur – traduction ô combien poétique de Phyteuma cordatum – ne peut pas se vanter comme elle d’avoir une superbe chevelure, ni même une splendide blondeur, mais elle n’en demeure pas moins rare. Et ce sont pour le coup ses feuilles qui s’allongent lors de la fructification.

L’espèce est endémique, et on ne peut l’observer que dans les Alpes-Maritimes et dans l’Italie voisine (Piémont et Ligurie). Principalement sur des parois en à-pic ou des rochers renfermant des cavernes.

On citera notamment la minière de Tende, le vallon de Castérino, la pointe du Marguareis, les monts italiens de Peirevieille et de Torrage… Ainsi que quelques rares sites dans la vallée de La Vésubie.

À noter que les autres espèces de Phyteuma sont un tout petit peu plus fréquentes. Alors comment repérer la raiponce espérée quand les fleurs ont fané? Par la forme de ses feuilles, dentelée, qui la rend tout à fait différente de ses cousines.

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