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Rencontre avec ces bénévoles qui dédient leur vie à l'accompagnement et à l'aide des migrants

Mis à jour le 19/09/2019 à 16:43 Publié le 19/09/2019 à 18:00
Le centre d’hébergement d’urgence géré par les bénévoles vient de rouvrir.

Le centre d’hébergement d’urgence géré par les bénévoles vient de rouvrir. Photo D.L.

Rencontre avec ces bénévoles qui dédient leur vie à l'accompagnement et à l'aide des migrants

Créée en 2016, l’association toulonnaise "L'autre, c'est nous" a pour but de promouvoir la solidarité sous toutes ses formes en direction des populations migrantes. Rencontre avec des gens extraordinaires.

La nuit tombe dans le jardin. Une très jeune fille, enceinte, fixe douloureusement l’horizon. Quelques ados chahutent gaiement avec deux petits Afghans hauts comme trois pommes.

Leurs rires se mêlent au bruit des couverts qu’on dresse sur la longue table de la salle à manger. Dans les étages, Agnès s’affaire avec les nouveaux arrivants pour installer les chambres, et tente de remédier à la rage de dents d’Issa.

En cuisine, Brigitte se bat avec la cocotte-minute sous l’œil amusé d’Ergel qui nous concocte ce soir sa spécialité : petits pois à la crème et omelette aux pommes de terre.

Pour ces agapes qui marquent la quatrième rentrée de l’association "L’Autre c’est nous", nous serons une vingtaine à rompre le pain... Une soirée intense, passée avec des gens extraordinaires.

Mais ce souper-là ne sera pas le dernier: comme les années précédentes, il sera reconduit tous les soirs jusqu’à l’été prochain grâce à la ténacité de cette association uniquement financée par des particuliers, en lien avec le Collectif Migrants 83, et en partenariat avec la Caisse centrale d’activités sociales des gaziers et électriciens dont les locaux abritent le centre d’hébergement d’urgence.

Il accueille chaque soir, à partir de 18 heures, une quinzaine de migrants.

Résilier l’enfer

Parmi les convives, ces survivants tout droit sortis de l’enfer. Issa et Fata qui ont connu deux ans d’esclavage en Lybie. Ils racontent, à mots voilés, les jours d’horreur passés. Ce voyage au bout de la nuit, entassés à quarante sur un petit bateau de pêche.

L’insoutenable qui se commet chaque jour au large des plages de nos vacances. Lampedusa et les nuits dehors près de la gare... Il y a aussi une famille afghane et ses deux bambins qui dormaient sur le sable, au Mourillon.

Chantal, belle et digne reine de Saba, qui a perdu son bébé à trop marcher en pleine canicule. De jeunes Guinéens, des Ivoiriens... prêts à braver tous les dangers pour fuir l’excision et les mariages forcés, l’esclavage, la dictature, la torture, les balles ou la misère noire.

À leur côté, des bénévoles qui se relaient tous les jours pour encadrer l’hébergement, organiser la logistique paperassière, les soins, les trajets, l’approvisionnement, le financement, le suivi juridique de ces naufragés et... les solutions.

Profs, toubibs, infirmières, retraités, assistante maternelle, étudiant, chômeur, prêtre de rue...

De gauche à droite : Marc, Mireille, Loann, Annie... Tous très motivés.
De gauche à droite : Marc, Mireille, Loann, Annie... Tous très motivés. Photos DL

Des gens comme tout le monde... ou presque: ceux-là ont décidé de ne plus rester les bras croisés, alors que les conditions d’accueil ne cessent de se dégrader pour les plus jeunes et les plus vulnérables.

"Je suis retraité et je m’emmerdais.."

"Mes motivations? Mais vous avez vu ce qui se passe? On ne peut pas rester sans rien faire! Je suis retraité et je m’emmerdais. Max, un ami, qui est médecin, m’a parlé de cette association dont il fait partie. Ces gens sont étonnants, ils arrivent à garder le sourire malgré tout ce qu’ils traversent", explique Marc, un ancien imprimeur.

Malgré un emploi du temps chargé avec la rentrée, Brigitte, directrice d’école à Toulon et élue locale à Hyères, n’a pas loupé sa première permanence de garde, mercredi soir au centre d’hébergement.

Elle est la secrétaire du groupement: "Pendant l’été, en juillet, on s’est débrouillé pour les faire dormir chez les uns et les autres. En août, nous avons pu avoir seize places au lycée Dumont-d’Urville, et nous avons repris depuis le 2 septembre au centre d’hébergement. Cette année, nous nous orientons beaucoup sur les femmes enceintes et les petits enfants : les conditions d’accueil sont de plus en plus draconiennes, et le seuil de vulnérabilité est revu à la baisse. Depuis trois mois, on recevait surtout des jeunes majeurs. Beaucoup sont à la rue..", souligne l’enseignante qui s’est engagée dans l’association depuis trois ans.

"Outre cet hébergement d’urgence qui est temporaire, il y a aussi des cours de francais, de football, de danse... des billets de spectacles. On essaie ensuite de trouver des solutions avec Welcome. (Welcome recherche des familles d’accueil et se charge de l’accompagnement des demandeurs d’asile, NDLR).

Allo le 115

Les migrants en difficulté doivent passer par le 115 pour avoir accès à l’association. Mais le standard est souvent saturé: "J’ai dû passer 84 appels lundi. J’ai commencé à 8 heures du matin", déplore l’un de ces demandeurs d’asile, historique des appels à l’appui.

Ils sont déclarés à la plateforme d’accueil (PADA) qui envoie une alerte à l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII).

"Les nouvelles directives que nous a fait passer la Direction départementale de la cohésion sociale imposent de ne plus héberger les personnes soumises aux accords européens de Dublin: le pays supposé traiter la demande d’asile est le premier où l’on retrouve les empreintes des migrants. Mais ce n’est pas obligatoire. Les pays ont le choix, et la France se décharge, pour renvoyer le plus de monde possible", regrette Florence, une autre bénévole, infirmière dans la vie active.

"Un mineur reconnu doit normalement être pris en charge. Mais la minorité peut souvent être contestée..." Ces « dublinisés », pris entre le marteau et l’enclume, se retrouvent dans des situations misérables. La maltraitance de ces jeunes isolés est l’un des principaux chevaux de bataille des associations.
Plus généralement, les procédures sont longues. Des mois voire des années d’incertitude.

"Ces jeunes sont une richesse"

"Il faut accueillir une partie de cette humanité en détresse, notamment celle de pays en crise, de pays africains où il n’y a pas d’issue", avance Mireille.

"Ces jeunes tentent leur chance ailleurs, comme on l’a fait de tout temps, d’ailleurs. Notamment dans une ville comme Toulon qui est un melting-pot. J’étais prof d’économie à Dumont, je peux vous dire que plus de monde dans un pays, c’est une richesse. C’est plus de demandes et plus d’emplois. Ce sont des jeunes qui arrivent. Les Allemands l’ont bien compris. Et puis, on n’a pas envie de revenir aux années trente... Souvenez-vous de ce bateau rempli de Juifs auquel les USA et la Jamaïque avaient fermé leurs portes... On connaît la suite!"

Agnès Besset préside l’association depuis 2018.
Agnès Besset préside l’association depuis 2018. Photo D.L.

Psychologue à Toulon, Hélène a elle aussi retrouvé avec plaisir le groupe, pour cette reprise de septembre: "C’est la honte qui m’a motivée. Chaque fois que je vois ces histoires de traversées de migrants qui meurent, et la Méditerranée qui devient un cimetière... C’est la honte. Lorsqu’on est bien chez soi, on n’a pas l’idée de partir. On nous parle de "nos" sans-abri, mais c’est pareil. L’État ne fait pas ce qu’il faut. Il est important de passer du discours à l’acte, même en faisant des choses minimes. Il y en a marre d’entendre: c’est bien ce que vous faites!"

sos bénévoles...

Agnès Besset, souriante tornade à l’énergie communicative, préside l’association depuis 2018. "Il y a plein de choses que j’ignore", confesse cette ex-documentaliste reconvertie dans la garde d’enfants à domicile.

"J’ai toujours la tête dans le guidon, et plus tu en apprends, moins tu as le temps de comprendre... Il y a, je crois, 200 personnes à l’hôtel. C’est l’association Union qui chapeaute tous les hébergements. Les associations se battent en permanence avec l’État pour y maintenir les plus vulnérables. Nous avons actuellement le cas d’une jeune femme isolée, enceinte, avec trois enfants de 5, 4 et 2 ans dont l’un présente des troubles de santé."

"Tu rencontres des gens qui te blackboulent..."

L’association s’est mise en place en 2016. Elle est née d’un mouvement citoyen quand la "jungle" de Calais a été démantelée.

"Une trentaine de migrants est arrivée. Les militants ont commencé à mettre en place des cours de Français, et puis le Collectif Migrants cherchait des solutions pour l’hébergement. L’un de ses membres a fait le lien avec nous", se souvient Agnès qui a intégré le groupement en 2017.

"Le premier bureau a demandé à l’association de porter ce projet d’hébergement. Au début, c’était Les Amis de Jéricho qui préparait les repas. Et puis on s’est organisé petit à petit. Personnellement, pour moi cela a été salvateur de rentrer dans l’action, sinon je pétais une durite!", plaisante-t-elle en savourant l’unique cigarette de la journée, qu’elle s’accorde une fois tout le monde couché, au centre.

"C’est comme passer de l’autre côté du miroir : tu rencontres des gens qui te blackboulent, des gens qui ont tellement de dignité... L’instant présent prend une puissance terrible."

À la trésorerie, c’est Joëlle qui tient les cordons.

"On ne vit que de dons et des actions que nous organisons: concerts solidaires, repas solidaires, etc. Mais le plus difficile, c’est l’organisation avec les bénévoles. Nous avons besoin de plus de bénévoles", explique Agnès. L’appel est lancé.


Pour Participer

Contact "L’Autre C’est Nous" : 07.62.67.08.23.
Facebook.
Siège social 68, av. Victor-Agostini, 83000 Toulon.
Le collectif Migrants 83 regroupe les associations varoises investies dans l’aide aux migrants, avec entre autres, Les Amis de Jéricho, la Ligue des droits de l’Homme de Toulon, la Cimade basée à la Seyne, Union, Welcome...


son Parcours

2016
Création de l’association après le démantèlement de la « jungle » de Calais.

2017
Ouverture du centre d’hébergement d’urgence en octobre. 87 personnes sont accueillies.

2018-2019
90 personnes accueillies durant le précédent exercice. Le centre d’hébergement a rouvert ses portes le 2 septembre après la période estivale.


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