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Radio Monaco : tous licenciés les journalistes élèvent la voix

Une rédaction va mourir. Huit des douze salariés de la station quitteront l'entreprise le 31 décembre. Après des semaines de silence, ils dénoncent leurs conditions de départ

Joëlle Deviras Publié le 19/11/2016 à 05:11, mis à jour le 19/11/2016 à 05:11
Ils continueront à donner le change à la radio mais ont décidé de sortir du silence quant au plan de  licenciement qu'ils subissent actuellement.
Ils continueront à donner le change à la radio mais ont décidé de sortir du silence quant au plan de licenciement qu'ils subissent actuellement. Michael Alesi

Ils sont huit. Huit femmes et hommes, confrères pour ceux qui sont journalistes, tous passionnés d'information, tous licenciés de Radio Monaco. Fin décembre, les deux tiers de la SARL auront quitté l'entreprise installée au Gildo Pastor center. Il n'y aura plus d'infos traitées en local sur 95.4 FM.

Franck Blanchon, Jimmy Boursicot, Camille Chappuis, Jean-Christophe Dimino, Franck Hermann, Catherine Pomart, Jean-Christophe Sanchez, Kelly Vargin. Vous connaissez certaines de leur voix qui vous accompagnent chaque jour depuis plusieurs années. Aujourd'hui, si rien ne transparaît sur les ondes, les huit licenciés imminents ont tous la gorge nouée. « Il y a toute une rédaction monégasque qui n'a plus le cœur à la fête », déplorent-ils d'une seule voix.

Après le coup de massue qu'ont provoqué les huit lettres de licenciement, puis le mécontentement à la fin des discussions avec le gérant, Richard Borfiga, les salariés prennent la plume pour dire ce qui se passe hors micro.

 

Pas d'alternative

« L'ensemble de l'encadrement, de l'antenne au commercial en passant par le marketing et la totalité des journalistes, nous tous sommes remerciés en cours de saison et sans aucune concertation préalable ni alternative possible. »

Il faut savoir qu'en radio, les programmes sont calés de septembre à juin. Trouver un emploi en cours de saison, qui plus est dans un secteur durement frappé par la crise, relève quasiment de l'impossible. Sauf à envisager une reconversion professionnelle - et aucun salarié monégasque n'a droit à une formation rémunérée -, ils ont donc la quasi-certitude d'être sans emploi au moins jusqu'à la rentrée 2017…

Face à ce constat, Richard Borfiga note : « On est obligé de respecter les gens au maximum. Ils demandent une rémunération pleine jusqu'en septembre pour finir la saison. C'est normal que nous les écoutions et que nous fassions du cas par cas. Licencier, ce n'est pas facile. » Être licencié, l'est peut-être moins encore… Surtout lorsque la loi ne donne qu'un cinquième de mois de salaire par année travaillée dans l'entreprise. « C'est normal qu'il y ait une prime de départ », souligne Richard Borfiga. On n'en saura pas plus du côté de l'employeur. À six semaines de leur départ, les salariés, eux, affirment n'avoir reçu aucune proposition ferme.

 

Plus d'un million d'euros de perte par an

Et ils poursuivent : « C'est une urgence économique qui justifierait cette brutalité extrême, bien que le rayonnement de la radio et son chiffre d'affaires n'aient jamais été aussi élevés. »

Selon nos sources, la radio perdrait plus d'1 million d'euros par an. Une somme importante mais un déficit qui ne date pas d'hier. Seul élément nouveau : la nomination de Richard Borfiga en juillet pour succéder à Fabrice Larue. Deux profils très différents. « Aujourd'hui, il s'agit de repositionner la radio et la mettre en adéquation avec la population locale, analyse Thomas Giaccardi, avocat qui défend les intérêts de Gildo Pallanca-Pastor et de son épouse, tous deux actionnaires. Nous avons un marché qui ne nous permet pas de continuer à avoir une approche identique à celle d'une radio nationale. » Cette approche, qui montrait ambition, détermination et un goût certain pour les médias, aura pourtant duré presque dix ans. Il faut toutefois reconnaître que le contexte actuel, avec un actionnaire consul général de Monaco à New York depuis le 5 mai 2015, n'est pas le même qu'en 2007…

Mais plus que victimes d'une logique économique, les salariés se sentent mal considérés, « au mépris des règles sociales élémentaires, sans présenter de plan d'accompagnement ou de mesures compensatoires. Pire encore, en proposant à certain(e)s de continuer à travailler pour cette même société, sans être déclaré ou sous un statut français d'auto-entrepreneur. (...) Nous sommes indignés du manque de considération et du peu d'humanité dont font preuve nos dirigeants. »

« Cette information est fausse, rétorque Richard Borfiga. Je représente les intérêts de M. Pastor et je ne vois pas l'intérêt de les faire travailler au noir. Le risque est trop important. »

 

Cette polémique, en fin de compte, ne change en rien à l'implacable réalité : le 31 décembre, huit salariés de Radio Monaco se retrouveront au chômage.

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