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Quelle place pour les bancs publics en ville ?

Mis à jour le 15/10/2020 à 07:53 Publié le 15/10/2020 à 18:00
Les bancs de la Promenade du Paillon, un exemple de convivialité.

Les bancs de la Promenade du Paillon, un exemple de convivialité. Photo Sébastien Botella

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Quelle place pour les bancs publics en ville ?

Les bancs publics disparaissent des centres villes. Faut-il les supprimer parce que ceux qui les investissent troublent la tranquillité des riverains ? Des citadins montent au créneau pour que subsistent au cœur des villes, ces assises qui créent du lien social.

Quel est le problème?

Alain habite à Nice et il déplore le manque de bancs dans certains quartiers de sa ville.  Quand ceux situés à côté de chez lui, quartier Valrose, ont été enlevés, il s'en est ému auprès de la mairie. Il prenait plaisir à s'y asseoir, à l'ombre des arbres. 

"J'ai écrit au service des parcs et jardins, raconte-t-il, et on m'a répondu que la décision avait été prise car le voisinage se plaignait."

"Les bancs amenaient, la nuit, trop de faune interlope." 

Si Alain conçoit qu'il puisse exister des nuisances, il ne trouve pas la réponse satisfaisante.

"La solution n'est pas de les supprimer, mais de gérer ces espaces publics, en faisant patrouiller des agents de sécurité de la voie publique si besoin", estime-t-il. 

Interrogée en 2018 sur ce sujet, Odile Duchenne, directrice déléguée de l'Ameublement français avait elle aussi pointé: "C’est dommage de priver toutes les personnes qui voudraient s’asseoir sous prétexte que certains bancs sont occupés par des SDF ou des jeunes qui jouent de la musique. Les nuisances que les municipalités mettent en avant ne sont pas liées à un problème d’équipement, mais plutôt à un problème de gestion de ville."

Bref, on ferait un peu trop facilement porter le chapeau aux bancs. 

Accusé d'engendrer des maux, on en oublierait qu'il en panse d'autres. 

Les bancs, créateurs de lien social

Dossier comment rendre nos villes plus humaines. Banc public toulon, atelier participatif La Seyne (MaxPPP TagID: maxmatinarch365158.jpg) [Photo via MaxPPP]

"C'est un espace fixe dans un environnement en mouvement, ça habite un lieu en mettant de la vie là où on ne fait que passer, analyse Gérald Gaglio, sociologue à l'Université Côte d'Azur, et c'est par la stabilité dans le mouvement que se crée en ville le lien social." 

Quant à la gestion des nuisances qui peuvent y être associées, le sociologue invite à regarder la dimension "publique" des bancs. 

"Ils sont la manifestation d'une forme d'équité: tout le monde peut les investir, les jeunes qui font du bruit ou les SDF aussi."

"Or comme des gens qu'on n’a pas choisi s'en emparent, on les enlève. Alors que justement l'objectif c'est justement que tout le monde puisse s'y asseoir. Et il y a finalement assez peu d'objets ouverts comme les bancs. C'est ça les conditions de l'être ensemble, avoir des espaces qui ne sont pas réservés à un type de population."

On y rencontre des gens différents de nous.

Alain, notre lecteur, pointe cette "possibilité d'une relation sociale". 

"Enlever des bancs, c'est priver les étudiants d'endroits où ils s'installaient pour manger un sandwich, et priver les personnes âgées de lieux pour se reposer, faire la causette. On parle beaucoup de la solitude, or là on ôte une opportunité d'échanger, de rompre l'isolement."

En temps de Covid, une question se pose néanmoins: devient-il antagonique avec les gestes barrières? 

"Sur un banc, on se trouve côte à côte avec des personnes qu'on ne connaît pas, souligne Gérald Gaglio. La lutte contre la circulation du virus questionne notre façon de réglementer l'espace public."

Ils se battent pour enrayer leur disparition

Philippe Leroy a fondé l'association "Robin des bancs": "priver la ville de bancs c'est l'assécher."
Philippe Leroy a fondé l'association "Robin des bancs": "priver la ville de bancs c'est l'assécher." Photo archive Guillaume Aubertin

Pour tenter d'enrayer la disparition des bancs, des citoyens montent au créneau. Comme les Robins des bancs à Toulon.

"Quand nous avons créé l'association, il ne restait que 5 bancs dans le centre ancien," note Philippe Leroy. Sa mère ne pouvait plus traverser ce quartier à pied faute de pouvoir faire des pauses. 

Et qu'en est-il aujourd'hui? 

Des assises ont été installées, mais pas de bancs. "Ce sont des fauteuils, espacés de 4 mètres, explique Philippe Leroy élu d'opposition sur une liste citoyenne. On a moins de convivialité qu'avec un banc. Nous avons plaidé auprès de la mairie pour qu'ils les installent au moins 2 par 2."

De nombreuses villes optent en effet pour ce nouveau type d'assise. Un fauteuil où on s'asseoit seul. S'il répond au besoin de se poser, il n'invite pas à l'échange. 

"Ce serait bien de les mettre par 4, avec une table au milieu par exemple", suggère le Robin des bancs.

Avec son association, il se bat pour faire prendre conscience de l'intérêt de ce mobilier urbain.

"Les bancs rendent la ville conviviale, au sens où l'entendait le philosophe Ivan Illich."

A Toulon, ces bénévoles interviennent dans les écoles, pour sensibiliser et parce que "les enfants c'est l'avenir." Les Robins des bancs sèment des graines.

"Priver la ville de bancs c'est l'assécher." 

Ils fleurissent d'ailleurs dans des espaces verts, là où ils ne risquent pas de créer des nuisances pour le voisinage.

"Les bancs installés sur la Promenade du Paillon à Nice, note Philippe Leroy, permettent de regarder les gens passer, les enfants jouer. Ils sont un véritable succès, et un bel exemple d'espace convivial." 


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