Rubriques




Se connecter à

Quel règlement pour l’usage des trottinettes électriques ? La France est sur le point de légiférer

Averti par la Sûreté publique pour avoir utilisé cet engin sur la chaussée, un usager dénonce une « contradiction » avec la volonté de la Principauté de privilégier les modes doux. On fait le point

T.P.Thibaut Parat Publié le 25/02/2019 à 10:04, mis à jour le 25/02/2019 à 10:04
Elisabeth Borne a annoncé vouloir créer une nouvelle catégorie de véhicules dans le code de la route.
Elisabeth Borne a annoncé vouloir créer une nouvelle catégorie de véhicules dans le code de la route. AFP

Hoverboards, trottinettes, vélos électriques… Les usages évoluant plus vite que les infrastructures, le cadre juridique autour de ces nouveaux véhicules, pouvant aisément atteindre 25 km/h, demeure flou. Difficile, donc, de savoir qui doit rouler où.

Le 23 octobre dernier, Élisabeth Borne, ministre chargée des Transports en France, annonçait à l’Assemblée nationale qu’elle entendait apporter un cadre juridique, notamment au travers des offres de « free floating ». Littéralement, « sans borne d’attache ». « L’innovation n’est positive que si elle se développe dans un cadre adapté permettant qu’elle bénéficie à tous. Il en va de la sécurité, tant des piétons que des utilisateurs (...) Nous allons donc créer une nouvelle catégorie de véhicules dans le code de la route. Ces engins pourront circuler sur les pistes, sur les bandes cyclables ou dans les zones limitées à 30 km/h. Mais leur place n’est pas sur les trottoirs où la sécurité des piétons doit être assurée. Ces règles doivent pouvoir prendre en compte les situations locales, nous donnerons aux maires la possibilité d’adapter ces règles en tenant compte de la situation de leur territoire. » Une mesure qui s’inscrirait « en cohérence avec le projet de loi d’orientation des mobilités ».

« Pour l’instant, c’est clair que c’est un no man’s land. Il n’y a pas de réglementation, confirme Christophe Michel, gérant de l’auto-école du trophée à La Turbie. Tant que les trottinettes roulent dans le cercle privé, pas de soucis. Mais sur la voie publique, il y a un partage. Un soir, en pleine nuit, alors que je remontais vers La Turbie, j’en ai vu une sur l’avenue de Cap-d’Ail. C’est un vrai problème. Les usagers font n’importe quoi avec. »

 

Le professionnel semble satisfait d’une réglementation à venir. Il reste, selon lui, quelques questions en suspens. « Vont-elles être assimilées à des vélos ? Devront-ils porter un casque, avoir des bandes réfléchissantes ? Ces machines sont puissantes et ne peuvent être assimilées à des piétons. »

Il pensait bien faire en laissant sa vrombissante Harley-Davidson au garage. Par ce geste, il soignait sa conscience écologique. D’autant plus pour un trajet aussi court entre les quartiers de Fontvieille et du port Hercule, son lieu de prédilection pour la pause déjeuner. Alors, Michel a craqué pour une trottinette électrique, acquise dans un magasin de la Principauté. Quelques centaines d’euros pour un engin à mobilité douce. Trois vitesses et une pointe de vitesse avoisinant les 25 km/h.

Ce 12 février midi, première sortie sur ce deux-roues électrique. L’homme prend soin de ne pas rouler sur le trottoir mais sur la chaussée, partageant ainsi l’asphalte avec les véhicules motorisés. Un slalom entre les piétons s’avérerait trop dangereux. Arrivé au rond-point de la place d’Armes, patatras. Fin de la balade.

« Un policier siffle pour que j’approche. C’est un contrôle d’identité en plein milieu du carrefour. Il me dit clairement que c’est interdit d’utiliser la trottinette électrique. À ce moment-là, je l’ai vraiment en travers de la gorge. Beaucoup de gens prennent le train pour aller au travail et utilisent une trottinette électrique pour rejoindre Fontvieille », raconte-t-il, un brin remonté.

 

« Il y a une vraie ambiguïté »

Alors, cas isolé ? Excès de zèle du policier de la Sûreté publique ? Ou réelle interdiction de la trottinette électrique ? « Actuellement, la réglementation monégasque interdit la circulation des trottinettes sur la route et les trottoirs, sauf sur le quai Albert Ier et sur la promenade haute du Larvotto (*). Cela s’explique notamment pour des raisons de sécurité, le partage des espaces piétons peut s’avérer délicat, voire dangereux avec des engins qui peuvent atteindre plus de 30 km/h, particulièrement si vous vous promenez avec vos enfants », répond le Département de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme, lequel s’appuie sur l’arrêté municipal 2006-024 du 20/04/2006.

Une époque où les trottinettes électriques n’étaient guère démocratisées, voire inexistantes. Alors, la réglementation actuelle peut-elle évoluer sur l’autel de la conscience environnementale ? « Une réflexion est en cours pour prendre en compte l’utilisation de la trottinette sur certaines zones piétonnes grâce à la création d’espaces sécurisés et délimités mais cela restera du domaine du loisir et non d’un mode de déplacement d’un quartier à un autre de la Principauté », poursuit le gouvernement.

D’ailleurs, depuis cet avertissement verbal, Michel a ressorti sa puissante moto pour effectuer son trajet quotidien. « C’est quand même plus polluant… La Principauté met l’accent sur l’environnement, sur son désir de diminuer la pollution. Mais là, c’est en complète contradiction. Il y a une vraie ambiguïté puisqu’à Monaco on peut acheter une trottinette électrique », peste-t-il.

« Il n’y a pas de contradiction »

 

Réponse du Département concerné : « Il n’y a pas de contradiction mais une offre cohérente et riche à articuler sur un territoire donné. Nous ne pouvons pas, il est vrai, ignorer l’utilisation qui est faite des trottinettes électriques. Ceci étant, dans le contexte d’une offre importante en faveur des déplacements doux (bus, liaisons mécanisées, Mobee, vélos à assistance électrique), la question se pose de l’avantage supplémentaire que la trottinette électrique apporte comparé à ses inconvénients, notamment sur la sécurité de la voirie et des espaces publics, qui sont surtout accentués par le comportement parfois incivique de certains utilisateurs. Tous ces éléments conduisent le gouvernement à axer prioritairement son action sur le développement du vélo à assistance électrique. »

Voilà qui semble plus clair.

Sur le trottoir comme sur la chaussée, la trottinette (qu’elle soit électrique ou classique) est interdite en Principauté, sauf sur le quai Albert-Ier et sur la promenade haute du Larvotto. En France (comme ici à Nice), le cadre juridique est flou mais sur le point d’évoluer.  	(Illustration Nice-Matin)
Sur le trottoir comme sur la chaussée, la trottinette (qu’elle soit électrique ou classique) est interdite en Principauté, sauf sur le quai Albert-Ier et sur la promenade haute du Larvotto. En France (comme ici à Nice), le cadre juridique est flou mais sur le point d’évoluer. (Illustration Nice-Matin)
J.F.-O..

Offre numérique MM+

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.