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Quand Pierre Bergé évoquait la mort à Monaco

Mis à jour le 09/09/2017 à 05:09 Publié le 09/09/2017 à 05:09
Pierre Bergé s'est éteint à l'âge de 86 ans, hier, à Saint-Rémy-de-Provence.

Pierre Bergé s'est éteint à l'âge de 86 ans, hier, à Saint-Rémy-de-Provence. Pierre Bergé & Associés

Quand Pierre Bergé évoquait la mort à Monaco

Farouche militant des Droits de l'Homme, Pierre Bergé s'est éteint hier à l'âge de 86 ans. En 2015, il nous confiait défendre l'euthanasie en marge de la vente aux enchères de sa bibliothèque

Quelle est la décision la plus grave pour chacun d'entre nous ? C'est qu'un jour on va mourir. Une fois que la décision la plus grave est acceptée, sinon provoquée - je dis ça car je suis un farouche partisan de l'euthanasie-, quand on accepte ça, le reste ce n'est pas grand-chose. Ce ne sont jamais que des livres et des tableaux. »

Ce 11 juillet 2015 dans les salons de l'Hôtel Métropole de Monaco, bien qu'affaibli, Pierre Bergé avait tenu à assister au vernissage de l'exposition de quelques-unes de ses plus belles lettres ou romans. Des reliques de Flaubert, Cendrars, Montaigne, Pascal… s'apprêtant, comme 1 600 autres manuscrits, à trouver nouvel acquéreur lors d'une série enchères parisienne.

« Ma bibliothèque est une espèce d'autoportrait », avouait alors le compagnon, à jamais, d'Yves Saint Laurent, tout en garantissant que deux livres resteraient sur sa table de chevet jusqu'au bout. L'un de Jean Giono « avec dedans des lettres de Giono et de sa femme (…) Un très bel exemplaire, extrêmement personnel. » Et un Cocteau « avec une très jolie dédicace ».

L'homme de lettres avait aussi formulé un long plaidoyer sur les bienfaits de la lecture. « C'est ça qu'il faut réapprendre aux jeunes, c'est qu'il faut lire (...) Contre l'ignorance. Contre l'obscurantisme, surtout. Contre tout ce dont on souffre aujourd'hui. »

« Peut-être que j'en ferais une dizaine d'adieux »

Alors qu'il dispersait « sans nostalgie » sa bibliothèque, Pierre Bergé nous avait assurés, non sans humour, qu'il ne fallait pas y voir des adieux de sa part. « Je n'ai pas dit que ce sont mes adieux… Peut-être que, comme Mistinguette, j'en ferais une dizaine d'adieux ! (rires) Je ne le vis pas comme ça. Je le vis comme quelqu'un qui va avoir 85 ans en novembre (2015) et le sait », s'épanchait celui qui exposait alors « comme celui qui veut vivre ».

Pierre Bergé nous avait aussi glissé à l'oreille qu'il comptait « prendre du champ avec Paris et la France » et « construire un musée Yves Saint Laurent à Marrakech ». Musée dont celui qui aimait se lever chaque matin avec les senteurs du jardin de Majorelle ne verra malheureusement pas l'inauguration prévue le 19 octobre prochain.

« J'aime mon époque »

Raffiné, instinctif et dur en affaires, Pierre Bergé avait mené plusieurs vies. De ses débuts à 18 ans comme courtier en livres à Paris au poste de président du conseil de surveillance du Monde, en passant par la direction du Sidaction ou la création d'une maison de ventes aux enchères. Passionné avant tout, il traversait les décennies sans une once de remords. « Je ne suis pas passéiste, j'aime mon époque. J'aime tellement obtenir tellement de choses avec un clic. J'aime être connecté au monde. »

Réputé proche du Parti socialiste, Bergé avait soutenu Emmanuel Macron mais ne mâchait pas ses mots à l'égard des politiques. « Autant j'aime mon époque, autant je n'aime pas la manière dont les politiques se comportent. Et je réprouve beaucoup le retour de l'ordre moral en France. »

Ce fameux 11 juillet 2015, Pierre Bergé n'avait guère pu poser sa plume face à l'enthousiasme de ses invités, tous demandeurs d'autographes. Il n'en avait refusé aucun, au contraire du fauteuil que ses associés lui tendaient régulièrement en l'invitant à se reposer. Légèrement adossé à un mur du salon de l'Hôtel Métropole, dans l'ombre, Pierre Bergé avait préféré rester debout. Digne.


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