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Quand les photographes La musique a toujours fait partie de moi Sur scène, le flash fait craindre le clash jouent leur partition silencieuse Maurice André, en toute simplicité Petits souvenirs du grand Rostropovitch L’envol du violon

Mis à jour le 24/07/2019 à 10:04 Publié le 24/07/2019 à 10:03
Âgé de 82 ans, Christian Merle photographie le Festival de musique depuis 1965.

Quand les photographes La musique a toujours fait partie de moi Sur scène, le flash fait craindre le clash jouent leur partition silencieuse Maurice André, en toute simplicité Petits souvenirs du grand Rostropovitch L’envol du violon

Depuis un demi-siècle, les photographes Christian Merle et Roger Judlin sont les gardiens de la mémoire du Festival. En coulisses ou lors des concerts, ils partagent - en images - leurs meilleurs souvenirs

Des photos en noir et blanc et des affiches jaunies - aux bords écornés - tapissent le bureau. La maison de Christian Merle regorge d’archives autour du Festival de musique de Menton. Sur son ordinateur, plus de 10 000 clichés sont archivés. Depuis 1965, le photographe a assisté à toutes les éditions. « J’ai peut-être manqué un ou deux concerts, car j’étais malade et cloué au lit...», nuance le Mentonnais d’adoption.

Comme chaque année, Christian Merle sera de nouveau sur le parvis de la basilique Saint-Michel à compter du 25 juillet. Et comme à chaque fois, son été sera réglé comme du papier à musique. « Je ne pars jamais en vacances au moment du Festival. D’ailleurs, je ne pense pas que j’aurais envie de m’arrêter un jour de couvrir cet événement. La musique a toujours fait partie de moi. J’adore le classique et le jazz...»

Âgé de 82 ans, Christian Merle est originaire d’Agen. Après son école de photo et de cinéma à Paris et quelques reportages photos à l’opéra Garnier, Christian Merle tombe sur une annonce... mentonnaise. C’était au début des années soixante. « Un photographe cherchait un technicien pour monter un laboratoire de photos en couleurs. C’était très novateur à l’époque. J’ai posé ma candidature et j’ai été embauché. Depuis ce moment, je n’ai jamais quitté Menton. »

L’été suivant, Christian Merle assiste au Festival de musique de Menton en tant que simple spectateur. « C’était Münchinger qui jouait. Un chef d’orchestre que j’admire beaucoup...» Christian Merle propose alors à André Böröcz de faire des photos du Festival de Menton... en couleurs. « Il a accepté et c’est comme ça que l’aventure a commencé. » Le flûtiste Jean-Pierre Rampal, les pianistes Samson François et Wilhelm Kempff, le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch... Christian Merle côtoie les grandes stars du classique. Un job en or. « C’était une époque merveilleuse pour moi. Durant l’entracte, je pouvais les approcher et discuter avec eux. Ils étaient tous détendus et disponibles. »

« André Böröcz était intelligent et malin »

Bien sûr, il y a parfois eu des bémols avec certaines stars. « Une année, la soprano américaine Jessye Norman avait interdit les photos durant le concert mais aussi les cigarettes ! Elle a même voulu faire changer la moquette de sa chambre d’hôtel », se remémore-t-il. De nos jours, Christian Merle travaille différemment avec les musiciens. « Aujourd’hui, les artistes sont moins accessibles et plus réservés. Ils viennent à Menton juste pour la soirée puis ils repartent à l’autre bout du globe. Les moments de complicité sont plus rares. »

Au fil des années, Christian Merle s’est lié d’amitié avec Roger Judlin, photographe de Nice-Matin (lire par ailleurs). Mais surtout avec le créateur du Festival, André Böröcz. Personnage charismatique et connu pour son génie caustique. « Il était intelligent et malin. Il savait également repérer les jeunes talents comme le pianiste Fazil Say...» Et de se remémorer une anecdote. « Quand je pense à André, je visualise le petit radeau en bois et à moteur qu’il avait confectionné lui-même pour voguer en mer ! Au début du Festival, il n’avait pas assez d’argent pour s’acheter un bateau, alors il avait trouvé une solution ! C’était ça André, toujours de l’originalité et une grande vivacité d’esprit.. »

Durant les concerts - qui se déroulent au pied de la basilique Saint-Michel - les photographes ont l’interdiction formelle d’utiliser leur flash. « C’était irrespectueux pour les artistes et le moindre faux pas faisait craindre l’annulation d’un concert. » Christian Merle et Roger Judlin se remémorent un spectacle où ils ont eu très chaud... C’était dans les années soixante-dix. Ce soir-là, c’est l’Ukrainien Sviatoslav Richter qui joue du piano. Durant le concert, alors que le musicien semble imperturbable, Roger Judlin prend une photo et oublie de désactiver son flash (photo)... « Sur le cliché de Christian, on voit Richter faire une moue de surprise », commente Roger. Interloqué et très agacé, Sviatoslav Richter a failli s’arrêter de jouer. Mais après une seconde d’hésitation, il a repris son morceau. Entre-temps, Roger Judlin repart sur un autre sujet et quitte la basilique. Durant l’entracte, c’est le photographe Christian Merle qui se fait sonner les cloches par André Böröcz, le créateur du Festival de musique. « Richter voulait carrément arrêter le concert à cause du flash de Roger ! Alors, j’ai dû aller le voir et présenter mes excuses. Finalement, après avoir discuté avec lui, Richter s’est radouci et a continué le concert. Un immense soulagement pour tout le monde ! », livre dans un rire Christian Merle.

De passage à Menton pour le Festival de musique, le trompettiste Maurice André a également signé le livre d’or en mairie de Menton (photo). « C’était une personne très sympathique et joviale. Après la photo, nous avons bu un verre en toute simplicité..., se rappelle Christian Merle. Et Roger Judlin d’ajouter : « Lors de sa venue, il était également monté à la maison de retraite La Tournerie de Menton pour offrir un concert aux pensionnaires qui venaient tous du milieu de la mine. Lui-même était issu d’une famille de mineurs et il n’a jamais oublié ses origines. »

Le célèbre violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch est venu jouer à plusieurs reprises sur la scène du Festival de musique de Menton. « Un soir, il donnait un concert et il y a eu une coupure de courant, se remémore Christian Merle. J’ai été très impressionné car - dans le noir complet et durant plus de 5 minutes - Rostropovitch a continué à jouer. »

Le créateur du Festival, André Böröcz avait disposé des bougies autour de lui. Dans la lumière vacillante des bougies, le concert avait un goût d’inédit et d’inattendu. Puis la lumière est revenue et c’est un concert de louanges qui attendait le violoncelliste.

Une autre année, Christian Merle a pu immortaliser Mstislav Rostropovitch lors de l’entracte. Ce soir-là, le photographe prend un cliché rare du violoncelliste entouré de sa femme Galina Vichnevskaïa et du compositeur Aram Khatchatourian (photo du haut). « L’ambiance était très détendue, ils riaient en lisant ensemble une partition. » Quelques instants après, Christian Merle capte une discussion entre Mstislav Rostropovitch - qui déguste un thé au citron - et André Böröcz (photo du bas).

« L’entracte était le moment où les artistes pouvaient se détendre. Pour nous les photographes, c’était les seuls moments où il était possible d’utiliser le flash. »

Sur une photo datant de 1969, on voit le violoniste Isaac Stern (à droite sur la photo) et le flûtiste Jean-Pierre Rampal sortir lors de l’entracte. Tous les deux ont l’air amusé. « Car quelques minutes auparavant, Jean-Pierre Rampal - qui dirigeait l’orchestre - avait mis un violent coup de coude sur le violon d’Isaac Stern ! » L’instrument de musique a volé dans l’air avant de retomber - sain et sauf - dans les mains de son propriétaire. « Tout le monde dans la salle a poussé un “oh” de stupeur. Les deux artistes se sont regardés et congratulés sur scène avant de reprendre le concerto comme si de rien n’était. » Il faut dire que le violon d’Isaac Stern - un Guarnerius del Gesù - coûte une petite fortune. « Le luthier Vatelot - qui s’occupait du précieux instrument - était présent. Durant l’entracte, il a analysé scrupuleusement le violon avec une loupe. Par chance, il n’y avait aucune casse ! Mais, en coulisses, tout le monde était très amusé de la situation. »


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