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Pour Charlotte Casiraghi, "il est urgent d’initier les enfants à la philosophie"

Mis à jour le 10/05/2019 à 08:55 Publié le 10/05/2019 à 08:54
Charlotte Casiraghi, Joseph Cohen, Robert Maggiori et Raphaël Zagury-Orly, les organisateurs des Rencontres philosophiques de Monaco, ont mis l’accent sur la jeunesse cette année.

Charlotte Casiraghi, Joseph Cohen, Robert Maggiori et Raphaël Zagury-Orly, les organisateurs des Rencontres philosophiques de Monaco, ont mis l’accent sur la jeunesse cette année. Photo Dylan Meiffret

Pour Charlotte Casiraghi, "il est urgent d’initier les enfants à la philosophie"

Monaco Pollution, migrations, "gilets jaunes"… Charlotte Casiraghi est persuadée que la philo peut aider les enfants à mieux comprendre le monde actuel. Elle a même développé un projet sur le long terme.

Charlotte Casiraghi n’a pas créé les Rencontres philosophiques de Monaco par obligation ou pour s’occuper. Il suffit de passer un peu de temps avec la fille de la princesse Caroline pour mesurer combien la jeune femme est une vraie passionnée.

À peine le micro déclenché et le carnet de notes ouvert - c’était ce mercredi dans une salle d’exposition du premier étage de la Villa Sauber à Monaco -, Mademoiselle Casiraghi raconte spontanément et longuement son goût pour la réflexion philosophique, explique l’utilité de la discipline pour comprendre le monde et l’urgence de transmettre les outils de la philo aux plus jeunes.

Y compris jusqu’à la maternelle.

Alors que s’ouvraient mercredi les journées intitulées "Les jeunes philosophent", une première depuis la création des Rencontres philosophiques en 2015, Charlotte Casiraghi, entourée de son professeur de philo de Terminale, Robert Maggiori, ainsi que de Joseph Cohen et Raphaël Zagury-Orly - ce sont les quatre fondateurs des Rencontres philosophiques de Monaco -, s’est livrée avec enthousiasme et simplicité sur cette manifestation qui lui est si chère.

D’où vous vient cette passion pour la philosophie?
Le goût du questionnement m’est venu très jeune. Au travers de la littérature et de la poésie, j’étais déjà habitée par des questions existentielles. J’attendais impatiemment de faire de la philosophie en Terminale.

J’ai alors eu le bonheur et la chance d’avoir un professeur merveilleux (Robert Maggiori, NDLR), qui m’a encouragée à poursuivre des études et m’a transmis la passion de la philosophie.

Enfants, vous vous posiez déjà des questions existentielles?
Tous les enfants se posent des questions très profondes. Ils sont alors plus ou moins encouragés pour tenter d’y répondre. Pour ma part, j’ai eu la chance d’être entourée de livres, de bibliothèques, de gens passionnés qui m’ont donné le goût de la lecture, de la culture.

Alors, oui, je me posais des questions, sur la fragilité des choses, sur le temps, sur les raisons pour lesquelles on est jeté là, dans le monde. En fait, j’ai ressenti le besoin de combler un manque, ou plutôt d’essayer de comprendre les choses. La littérature et la poésie ne me suffisaient pas. Je sentais que j’avais besoin de la philosophie pour mieux vivre l’intensité du monde et de la vie.

En quoi la philosophie a-t-elle pu vous aider dans votre vie?
J’ai découvert qu’il était possible, par le langage, de donner des contours à ce qui peut nous échapper, sans pour autant enserrer les choses. C’est une grande liberté. La philosophie, dans ce sens, peut nous être d’un grand secours. Elle nous aide à mieux vivre.

Vous avez pris le parti de sensibiliser les plus jeunes enfants à la philosophie, dès la grande section de maternelle. N’est-ce pas un peu trop tôt?
Les enfants sont capables de soulever des questions lourdes, mêmes s’ils sont évidemment incapables d’y répondre philosophiquement. Je pense toutefois qu’il est urgent de commencer très tôt à initier les enfants.

D’abord parce qu’il faut se préparer à la Terminale. Entre la rencontre avec un professeur, la pression du bac et tout le reste, il est difficile de profiter pleinement de l’enseignement de la philosophie en une seule année.

Et puis, quelque chose a changé aujourd’hui: dans l’espace public, surgissent des questions auxquelles les enfants sont confrontés en permanence  l’avenir de la planète, les questions migratoires, la tentation autoritaire qui menace nos démocraties, les "gilets jaunes", la politique… Les enfants parlent de tous ces sujets auxquels ils sont exposés.

On doit les aider à interpréter, à comprendre ces phénomènes-là. On peut leur donner le goût non seulement du questionnement, mais aussi leur apprendre à effectuer un travail d’interprétation.

Des ateliers ont ainsi été animés tout au long de l’année scolaire dans toutes les classes de grande section de maternelle de la Principauté. Comment le projet s’est-il mis en place?
De façon très rigoureuse. Chiara Pastorini, spécialisée dans la transmission de la philosophie en milieu scolaire, et Edwige Chirouter, titulaire de la chaire de philosophie à l’Unesco, ont formé tous les enseignants et élaboré un programme, qui tournait cette année autour du thème de l’humain.

Les élèves ont ainsi abordé des questions en rapport avec ce thème. Ce travail de réflexion, d’approfondissement, de recherche a duré toute l’année. En grande section de maternelle, cela passe par la narration, le dessin, le modelage, pour donner forme aux idées. À cet âge-là, il est difficile de traduire les pensées philosophiques avec des mots.

Les enseignants ont apprécié?
On a eu un retour magnifique. Un peu sceptiques au départ, les enseignants ont été très heureux de participer à ce projet. Cela a donné une nouvelle dynamique dans les classes, ouvert de nouvelles perspectives.

Les enseignants ont adoré. Ces ateliers de philo s’inscrivent sur le long terme. Et le résultat de cette année entière de travail est exposé ici, à la Villa Sauber.

Et après?
Cette année, on a formé les enseignants de grande section, qui ont maintenant des outils, des connaissances qui vont leur permettre de poursuivre et pérenniser ces ateliers.

L’année prochaine, nous allons former les enseignants de CP, et l’année d’après les CE1, et l’année d’après les CE2, et ainsi de suite jusqu’à la Terminale. Ce dispositif est unique en France, voire en Europe.

Comptez-vous également réitérer le temps fort de cette semaine, ces journées intitulées "Les jeunes philosophent"?
Oui. Ces journées concernent tous les âges. Cette semaine, par exemple, il y a des résidences dans les collèges de Monaco. Les collégiens auront ainsi une première rencontre avec la philosophie.

Nous avons invité des philosophes à partager leurs réflexions avec eux, en abordant des questions qui touchent les jeunes.

Et sinon, quelle note avez-vous obtenue au bac philo?
(rire) Ce n’était pas ma meilleure note. Sous l’effet du stress, j’ai choisi un sujet sur lequel je n’avais pratiquement pas eu de cours. J’ai eu 12/20*.

*Robert Maggiori, son professeur de philo en Terminale, ajoute alors: "Mais elle a quand même eu une mention très bien au bac!"

Programme

Aujourd’hui et demain de 10 h à 18 h au Nouveau Musée National de Monaco, Villa Sauber, présentation des réalisations des enfants créées lors d’ateliers philosophiques sur le thème de "L’Humain".

Aujourd’hui de 19 h à 21 h au Théâtre Princesse-Grace, conférence « Adolescences », présentée par Claire Chazal, journaliste et auteur, avec Hakima Aït el Cadi, sociologue, Manuella de Luca, psychiatre et directrice de la revue Adolescence, et Claire Marin, philosophe, enseignante et directrice de la collection Philophile chez Gallimard.


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