Plusieurs fois championnes d'échecs, deux sœurs ukrainiennes affrontent les meilleures joueuses du monde à Monaco

Les Ukrainiennes Mariya et Anna Mouzytchouk participent jusqu’au 6 novembre au Women’s Candidates. Un tournoi qualificatif qui récompense la meilleure joueuse au monde et où elles veulent briller.

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Yannis Dakik Publié le 26/10/2022 à 05:03, mis à jour le 26/10/2022 à 11:09
Les sœurs Mouzytchouk, Anna (à g.) et Mariya. Photo Cyril Dodergny

Elles sont toutes les deux nées au début des années 1990, à Lviv, en Ukraine. Leurs parents étaient eux-mêmes des joueurs d’échecs. C’est donc tout naturellement que Mariya et Anna ont appris à deux ans les règles de base des échecs. "évidemment, ils voulaient qu’on soit des joueuses professionnelles mais à cet âge on ne sait jamais jusqu’où on peut aller", se souvient Anna. À trois ans, elles connaissaient toutes les règles, y compris les plus difficiles. Puis, l’heure est venue de participer à des tournois, dès l’âge de quatre ans.

Championnes dès le plus jeune âge

Les années se sont enchaînées avec "beaucoup de hauts et de bas". Et rapidement, leur rêve est devenu clair: devenir professionnelles. Car à 11 ans, les jeunes filles sont devenues meilleures que leurs parents. Il a fallu investir et payer des entraîneurs de haut niveau. "Mais ça n’a jamais été une période où l’on a décidé d’être pro ou non. C’est quelque chose qui s’est fait étape par étape." Le déclic? À seulement 13 ans, avec le titre de championne d’Ukraine, un pays réputé pour son niveau aux échecs.

À 16 ans, alors qu’elle figurait parmi les 15 meilleures joueuses du monde, Anna Mouzytchouk a vu les portes des plus prestigieuses universités du monde s’ouvrir à elle. L’aînée a finalement décidé de rester en Ukraine pour poursuivre ses études tout en continuant à jouer.

Mariya, elle, a suivi la même trajectoire que sa sœur. "C’était plus facile pour moi parce que j’étais la plus jeune. J’ai marché dans les pas d’Anna." Son premier gros succès est arrivé en 2001 lorsqu’elle a été sacrée championne d’Ukraine des moins de 10 ans. En 2015, elle était couronnée championne du monde, l’une des plus belles récompenses de sa carrière.

"On peut faire des erreurs à n’importe quel moment 

Après des années de succès, les deux sœurs ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Elles veulent continuer de progresser. Et cela passe par une préparation physique et mentale. "On s’entraîne tous les jours pendant de longues heures, poursuit Mariya. On a bien évidemment des moments de repos, surtout juste avant et après les tournois pour rester fraîches." Car une partie d’échecs peut durer plusieurs heures. Et avec un calendrier qui leur impose une dizaine de compétitions - qui durent chacune deux semaines - par an, le rythme peut être intense. "On peut faire des erreurs à n’importe quel moment, il faut donc être en bonne forme physique. "

Pour cela, les filles font différentes activités. "Ce qui nous prend le plus de temps, c’est l’entraînement qui concerne les échecs, le jeu, ajoute Anna. Mais on va à la salle de sport, on fait des jeux. Évidemment ce n’est pas du même niveau que des athlètes professionnels. Mariya préfère le tennis. On a aussi découvert le padel depuis qu’on vit en Espagne." Les deux sœurs ont dû fuir leurs pays natal après le début de la guerre.

Rester au sommet

Interrogées sur ce qu’elles aimeraient encore accomplir, la réponse est difficile, tant elles ont eu du succès. "Chez les femmes, j’ai gagné tout ce qui était possible, sourit Mariya. Pour le moment je veux juste améliorer mon classement [elles pointent à la 7e et 8e places mondiale, NDLR]."

Autre objectif, et pas n’importe lequel: atteindre les 2.600 points (glanés lors des tournois disputés) ce qui ferait d’elle, comme sa sœur en 2012, grand maître international mixte. La marche sera trop grande pour le réaliser à Monaco mais peut-être au cours des prochains mois.

Autre point à noter: en cas de victoire respective, les deux sœurs pourraient s’affronter au prochain tour. Une première en tournoi à élimination directe.

Anna Mouzytchouk face à son adversaire indienne Humpy Koneru. Photo Cyril Dodergny.

Leur palmarès

Anna Mouzytchouk

2000: championne d’Europe des moins de 10 ans.

2002: championne d’Europe des moins de 12 ans.

2003: championne d’Europe des moins de 14 ans.

2004: championne d’Europe des moins de 14 ans.

2005: championne du monde des moins de 16 ans.

2010: championne du monde junior.

2011: médaillée d’or aux Olympiades en individuel.

2014: championne du monde de blitz .

2016: championne du monde de blitz et rapide.

2016: médaillée d’or aux Olympiades en individuel.

Mariya Mouzytchouk

2010: médaillée d’or aux Olympiades en individuel.

2012: championne d’Ukraine.

2013: championne d’Ukraine.

2013: championne du monde par équipes.

2013: championne d’Europe par équipes.

2015: championne du monde.

Le tournoi

Women’s Candidates est l’un des tournois féminins les plus prestigieux dans le monde des échecs. L’épreuve qualificative se décompose en deux poules de quatre joueuses. La poule A, qui se déroule à Monaco à l’Hôtel Hermitage jusqu’au 6 novembre.

Et la poule B, qui se déroulera en Ouzbékistan fin novembre/début décembre. La gagnante de la finale qui opposera les deux groupes se verra affronter la tenante du titre Ju Wenjun courant 2023 pour devenir championne du monde.

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