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PHOTOS. Rencontre avec ceux qui font vivre la spectaculaire et primordiale ligne ferroviaire Nice-Breil-Cuneo

Mis à jour le 13/08/2020 à 09:03 Publié le 13/08/2020 à 09:03
Le train des Merveilles

Le train des Merveilles Photo JFO

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PHOTOS. Rencontre avec ceux qui font vivre la spectaculaire et primordiale ligne ferroviaire Nice-Breil-Cuneo

Reconnue pour la beauté de ses paysages, la ligne Nice-Breil-Cuneo-Vintimille attire de nombreux voyageurs en été. Cet axe centenaire réunit également les habitants du haut pays et du littoral

Ne vous fiez pas à son vieil âge. Même centenaire, la voie ferrée garde la ligne et n’a rien perdu de sa superbe. Inauguré en 1928, le tronçon qui relie Nice-Breil-Cuneo-Vintimille représente un véritable chef-d’œuvre d’architecture. La construction titanesque a été une prouesse technique nécessitant une centaine de ponts, de viaducs et de tunnels qui permettent de parcourir les reliefs vertigineux de l’arrière-pays.

Aujourd’hui, le rail qui unit la France et l’Italie est l’un des plus spectaculaires d’Europe. Tous les jours de l’été et les week-ends d’octobre, au départ de Nice-Ville et jusqu’à Tende, un guide conférencier monte à bord du train. Il relate l’histoire de cette construction hors-norme et le voyage devient alors celui du "Train touristique des Merveilles".

Mais le parcours qui traverse les vallées du Paillon, de la Bévéra et de la Roya représente aussi une "ligne de vie". Toute l’année, le train est utilisé par les habitants de la Roya et du littoral.

Éprouvée par le temps, la voie ferrée est régulièrement menacée de fermeture. De nombreux riverains et élus locaux considèrent qu’elle n’a pas été suffisamment valorisée et tentent de la préserver. Rencontre avec ceux qui dépendent de la ligne de chemin de fer ou qui la font vivre.

"La survie des villages dépend de lui" 

Il est 9h16 en gare de Nice-Ville. Comme tous les matins, le train qui relie les vallées du Paillon, de la Bévéra et de la Roya débute son périple. À l’arrière de la rame, Stéphanie Cornil, guide conférencière, commente l’histoire de cet axe bientôt centenaire et anime alors le Train des Merveilles jusqu’à Tende. Dans le wagon de tête, des voyageurs locaux ont pris place. Car ce même train permet aussi aux habitants du haut pays de rejoindre le littoral. Et vice-versa.

Parmi les habitués, il y a Michelle. Habitante de Villefranche-sur-Mer, elle travaille dans une maison de retraite de Saorge. "Cette ligne est primordiale pour moi. Prendre la voiture me coûterait trop cher et je perdrais un temps fou sur la route. Ce train doit continuer d’exister et ne jamais disparaître… "

Car ces dernières décennies, la voie ferrée a connu de nombreux problèmes. Tout d’abord, la ligne est régulièrement menacée de fermeture faute d’investissement pour sa rénovation. De plus, malgré les travaux entrepris, sa vitesse reste limitée dans la Roya.

Le train traverse l’un des plus beaux paysages ferroviaires d’Europe. Pour les habitants du littoral et des vallées, il contribue à désenclaver les villages.
Le train traverse l’un des plus beaux paysages ferroviaires d’Europe. Pour les habitants du littoral et des vallées, il contribue à désenclaver les villages. Photo JFO

"La vitesse réduite entre Breil et Tende (moins de 40 km/h) représente un handicap pour tous les gens de la vallée. Personnellement, j’habite à Tende et je prends ma voiture jusqu’à Breil pour ensuite reprendre le train vers Nice. Cette situation est aberrante", témoigne Catherine Treiber, responsable du restaurant Meranda de Tende.

À souligner également que la convention de 1970 - qui régit les relations entre la France et l’Italie pour sa gestion et son entretien - n’a pas été révisée.

Ainsi, l’absence d’une véritable politique de relance a entraîné une réduction du nombre de passages (deux par jour). "Ce n’est pas suffisant, il faudrait plus de trains et des horaires adaptés aux travailleurs et touristes pour créer une réelle dynamique", ajoute Catherine Treiber.

La bonne santé économique des commerçants et restaurateurs de la vallée dépend de cette ligne de chemin de fer historique. "Clairement, pas de train, pas de client. C’est aussi simple que ça", livre sans ambages Coralie David, responsable du restaurant Miramonti, situé juste en face de la gare de Tende.

Découragé, Paolo Stefan, patron du bar-hôtel du Centre, note qu’il est difficile de maintenir à flot un commerce toute l’année dans la vallée. D’ailleurs, il a décidé de mettre en vente son affaire. "Car je n’ai pas trouvé d’employé. De plus, dégager un chiffre d’affaires, c’est presque impossible car nous sommes bien moins chers que sur le littoral."

Pour lui, développer le train reste la clef: "Car il apporte quelques visiteurs au village. Mais ce n’est pas suffisant. Je pense qu’il faut investir davantage pour valoriser cette ligne."

Michelle voyage quotidiennement à bord du train.
Michelle voyage quotidiennement à bord du train. Photo JFO
À Tende, Coralie David compte sur le flux de voyageurs du train pour remplir son restaurant.
À Tende, Coralie David compte sur le flux de voyageurs du train pour remplir son restaurant. Photo JFO

Ils se battent pour que la ligne soit reconnue "corridor européen"

"Le potentiel de la ligne ne se limite pas aux liaisons locales. Historiquement, la ligne Nice-Cuneo relie deux capitales historiques: Nice et Turin. Elle permet des liaisons internationales de longue distance, aussi bien pour les voyageurs que pour le fret, qu’il faut réactiver", précise Laurence Sarfati, community manager du comité franco-italien pour la sauvegarde de la ligne Nice-Cuneo-Vintimille.

"Transfrontalière, cette ligne continue pourtant à jouer un rôle important dans les liaisons entre les Alpes-Maritimes (desserte de Tende à Breil), la Ligurie (quatre gares desservies dont Vintimille) et le Piémont où elle dessert entre autres Limone et Cuneo."

Lors d’une récente réunion, les membres du comité ont défini plusieurs priorités comme le maintien du guichet en gare de Breil-sur-Roya et de Sospel; l’amélioration de la desserte ferroviaire en cessant le remplacement des trains par des bus, l’élaboration d’une nouvelle convention d’exploitation, avec une répartition équitable des coûts entre la France et l’Italie (en remplacement de celle de 1970 devenue obsolète) et enfin l’inscription parmi les "corridors européens" qui permettrait de débloquer les financements nécessaires à sa pérennisation. "Notre combat continue car cette voie de chemin de fer est unique au monde. Assurer sa survie, c’est permettre le désenclavement de plusieurs vallées entre la France et l’Italie."

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Illustration Photo JFO

Ils sont les visages d’une voie ferrée hors-norme

Benjamin, le conducteur

Benjamin
Benjamin Photo JFO

"À chaque départ, il y a un “je-ne-sais-quoi” de particulier…" Âgé de 32 ans, Benjamin Charron est l’un des conducteurs de la ligne de chemin de fer historique. Depuis sa cabine, il a une vue imprenable sur l’un des plus beaux trajets ferroviaires d’Europe.

"Le train traverse des tunnels et emprunte des viaducs très impressionnants. Je m’émerveille toujours autant, surtout sur la portion qui relie Fontan et Saorge. C’est vraiment magique…"

Rappelons que les tunnels impressionnants ont été ébauchés à la perforatrice à air comprimé, creusés au pic et à la pioche pour s’élargir en double gabarit, fortifiés sur tous leurs accès. De quoi émerveillé tous les passionnés de train !

Originaire d’Ardèche, Benjamin Charron est un ancien militaire de la marine nationale. Il y a quelques années, le jeune conducteur a quitté l’armée pour venir travailler à la SNCF. "Très vite, j’ai été formé pour conduire le Train des Merveilles et il a fallu se familiariser avec la signalisation italienne."

Depuis sa cabine, Benjamin observe les voyageurs. Il constate avec amusement que les usagers sont souvent bien plus apaisés que sur la ligne qui relie Marseille à Vintimille.

"Les travailleurs s’empressent de monter dans la rame et le stress du début de journée se fait ressentir. À bord des wagons qui traversent les vallées, il y a des travailleurs mais aussi des touristes et des passionnés de train qui veulent découvrir cette construction ferroviaire hors-norme grâce au récit d’un guide."

Une année, Benjamin raconte avoir sympathisé avec des anciens conducteurs de la compagnie de chemin de fer allemande, la Deutsche Bahn. "Ça a été une belle rencontre. Cette ligne est à taille humaine et cela la rend si particulière."

Stéphanie, la guide

Stéphanie
Stéphanie Photo JFO

Guide conférencière, Stéphanie Cornil travaille depuis plus de dix ans sur la voie ferrée. Tous les matins de l’été, elle fait découvrir la richesse du patrimoine artistique et culturel de l’arrière-pays avec l’animation du Train des Merveilles jusqu’à Tende.

"Il y a tellement de belles choses à voir dans nos vallées... Cette ligne est un axe historique qui suit l’ancienne route du sel entre la Méditerranée et le Piémont. Sur cet axe est situé l’un des tunnels ferroviaires les plus longs de France. De plus, la Roya bénéficie d’une riche biodiversité naturelle. Il est très important de faire découvrir ce patrimoine aux visiteurs mais aussi aux habitants de la région."

Durant deux heures, dans l’une des rames du Train des Merveilles, Stéphanie Cornil rappelle la construction de la ligne. Avec poésie, elle compare la voie ferrée avec le "Phénix".

Car le rail aura connu les turbulences de la Seconde Guerre mondiale. Certains ouvrages ont été détruits avant d’être reconstruits ajuste après le conflit.

Au fil des années, l’émerveillement de Stéphanie Cornil ne s’est pas érodé, surtout lorsque le rail passe par la rampe hélicoïdale de Berghe.

Grâce à une prouesse technique, le train effectue, sur un dénivelé de 90 mètres, une boucle complète qui permet de prendre de l’altitude progressivement. "C’est prodigieux. Cette technique a été utilisée en Suisse, au Canada ou aux États-Unis. Mais il est très rare qu’une telle boucle soit visible dans une vallée très encaissée."

Et d’ajouter avec conviction: "Ce train exceptionnel fait partie de notre patrimoine et nous devons le préserver."

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Illustration Photo JFO

Un axe qui fascine les ferrovipathes

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Illustration Photo JFO

Oui, oui… la ligne Nice-Breil-Cuneo-Vintimille fascine les ferrovipathes! Ce terme désigne des passionnés du train et du monde ferroviaire, à taille réelle ou en miniature. Ce jour-là, Kevin et Ludovic, deux jeunes ferrovipathes lyonnais, sont venus expérimenter l’axe centenaire. "Nous nous sommes levés à 5 heures du matin pour passer la journée à bord du train. Vers 16 heures, nous repartirons vers Lyon", livrent à deux voix les voyageurs.

Pas de stop dans les villages, les deux jeunes amis, âgés de 21 et 22 ans, ont tout juste le temps de faire l’aller-retour en train. Pour Kevin et Ludovic l’expédition dans le wagon est déjà un dépaysement. "À bord, nous pouvons découvrir les paysages montagneux. De plus, la construction d’une ligne de train est souvent l’aboutissement d’une prouesse technique comme peut l’être la ligne du Train des Merveilles."

Le glacier express en Suisse, le rail de la Costa Brava entre Barcelone et Bordeaux, la Côte Bleue entre Marseille et Miramas, la ligne entre Nîmes et Le-Grau-du-Roi… Kevin et Ludovic passent leur temps libre à sillonner les rails de France et d’Europe.

Et le nombre de trajets, au total, a de quoi faire dérailler… "J’ai réalisé plus de 2.000 balades en train", reconnaît Ludovic.

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Illustration Photo JFO

Une fois la crise de la Covid-19 passée, les ferrovipathes rêvent de partir dans l’ouest américain à bord du mythique California Zephyr qui relie Chicago à la baie de San Francisco via Omaha, Denver et Salt Lake City. "Plus de 3 000 kilomètres dans des paysages grandioses…", s’imaginent déjà les deux amis.

Pour Ludovic et Kevin, la passion du train date de l’enfance et leur avenir professionnel semble suivre la même voie. "A l’âge de 10 ans, j’ai aperçu un train. Je m’y suis intéressé. Aujourd’hui, je suis en alternance à la SNCF et j’aimerais être contrôleur", confie le jeune homme. De son côté, Kevin endosserait bien le costume d’agent d’escale.

Au fil de leurs pérégrinations, les deux passionnés constatent avec inquiétude que les lignes de trains françaises sont souvent négligées. "Pourtant, elles ont toute une histoire et elles sont souvent la mémoire d’une vallée ou d’une région."

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Une visite guidée à bord du Train des Merveilles

Pour profiter du train des Merveilles, il faut prendre le TER régulier qui part de Nice-Ville à 9h16 (arrivée à Tende à 11 h 25). Sur ce trajet, un guide conférencier commente gratuitement le parcours (patrimoine et histoire).

Le voyage ferroviaire est organisé tous les jours de l’été et jusqu’au 27 septembre inclus. Mais aussi les week-ends d’octobre (3 et 4, 10 et 11,17 et 18 et 24 et 25) et du 31 au 1er novembre. Le port du masque est obligatoire dans les TER.

Pour plus d’infos, il faut se rendre sur le site Internet www.ter.sncf.com. À noter, que du 1er juin au 30 septembre, la Communauté de la Riviera française (Carf) met en place une ligne estivale pour relier quatre fois par jour la station de Castérino depuis la vallée de la Roya.

Le bus N°23 de réseau Zest effectue son itinéraire au départ de la gare de Tende, via La Brigue et Saint-Dalmas-de-Tende où il assure la correspondance avec le train des Merveilles à 9h15 et 11h15 sur le parking de la gare.

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Historique

1928
Après deux décennies de travaux, le rail de Nice vers Tende passe à travers les montagnes. La ligne est l’œuvre de l’ingénieur Paul Séjourné pour qui chaque viaduc devait être « une œuvre d’art intégrée dans son paysage ».

2002
A l’initiative du conseil régional et de la SNCF est créé le « Train des Merveilles ». Au départ de Nice, toute l’année, il grimpe vers les villages des vallées du Paillon, de la Bévéra et de la Roya où il parvient à son terminus, Tende, en fin de matinée. En été, la sonorisation de la rame permet à un guide conférencier de présenter aux passagers les principaux sites et villages traversés. En hiver, transformé en train des neiges, il conduit les skieurs vers la haute Roya.


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