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PHOTOS. Ils viennent des Ardennes, du Gard, de l'Oise... pour aider les sinistrés de la tempête Alex dans la Roya

Mis à jour le 23/10/2020 à 16:19 Publié le 23/10/2020 à 18:00
Pour aider à reconstruire, ces trois bénévoles n'ont pas hésité à parcourir toute la France.

Pour aider à reconstruire, ces trois bénévoles n'ont pas hésité à parcourir toute la France. Photos DR

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PHOTOS. Ils viennent des Ardennes, du Gard, de l'Oise... pour aider les sinistrés de la tempête Alex dans la Roya

La tempête Alex a traversé le département des Alpes-Maritimes le 2 octobre, occasionnant des dégâts humains et matériels colossaux dans les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée notamment. Pour aider à reconstruire, ces trois bénévoles n'ont pas hésité à parcourir toute la France.

L'urgence est passée, place à l'après. 

Une phase de nettoyage et de reconstruction qui va durer plusieurs mois, voire plusieurs années pour certains axes routiers. 

"Entendre toute la journée des témoignages terribles... C'est un choc, même si je savais ce qui m'attendait. Au début, je n'arrivais pas à dormir la nuit. Au bout de quinze jours, ça va mieux, je retrouve un peu le sommeil", confie Philippe, un officier de gendarmerie à la retraite venu des Ardennes pour aider à Breil-sur-Roya.

Pour prêter main forte aux habitants des vallées ravagées, des bénévoles de toute la France descendent dans les Alpes-Maritimes. 

"Voir autant de personnes se taper des centaines de kilomètres pour venir aider... C'est magnifique", s'enthousiasme Maxime, un restaurateur d'Aigues-Mortes qui a pris sur ses jours de repos pour soutenir les sinistrés. 

Trois semaines après le passage d'Alex, voici l'histoire de trois bénévoles qui ont parcouru le pays en voiture pour apporter un peu de bonheur aux habitants des vallées.

Philippe, retraité: "Quand je sens qu'il y a besoin, je prends ma voiture et je fonce"

• Philippe Patelet
• 61 ans
• Habite à Singly, dans les Ardennes
• Officier de gendarmerie à la retraite

Philippe habite dans le petit village de Singly, dans les Ardennes, dans le nord de la France.
Philippe habite dans le petit village de Singly, dans les Ardennes, dans le nord de la France. Capture d'écran Google Maps et photo DR

Faire 1.100 kilomètres pour aider des sinistrés, ce n'est rien d'exceptionnel pour Philippe. "Quand je sens qu'il y a besoin, je prends ma voiture et je fonce."

Cet officier de gendarmerie à la retraite est à Breil-sur-Roya depuis déjà deux semaines. Ce matin-là, alors qu'il pleut au village, il se réfugie dans sa voiture pour répondre à nos questions par téléphone. 

"J'ai aidé pour plusieurs inondations, notamment dans l'Aude en 2018. Alors je savais comment faire pour être utile. Je me suis inscrit sur le site de la préfecture des Alpes-Maritimes et je suis parti avec ma tente, mon sac à dos et mon sac de couchage pour être disponible sans gêner."

Philippe sait que, à la suite d'une catastrophe, la solidarité s'organise principalement sur Facebook. Il rejoint plusieurs groupes et lance un appel. "J'ai demandé un bout de terrain pour y dormir et, très rapidement, j'ai reçu près de 1.000 réponses de gens que je ne connaissais pas, qui me proposaient de m'héberger! J'ai pris le premier", nous raconte-t-il en riant. 

Commence alors un inlassable travail de déblaiement et de nettoyage. Armé de sa tronçonneuse, Philippe aide là où il le peut. "La dernière fois, j'ai livré du bois à des personnes âgées qui n'avaient plus de quoi se chauffer."

Il distribue de l'argent, aussi. Des dons récoltés chez lui, en Ardennes. "Je suis arrivé avec 600€ et il m'en reste encore à donner! Je vais monter dans d'autres villages, faire le père Noël!"

Pour Philippe, tant qu'on a la force d'aider, on le fait.
Pour Philippe, tant qu'on a la force d'aider, on le fait. Photos DR

Le plus dur? Ce n'est pas les tâches physiques, c'est d'être témoin de la détresse des gens qui ont tout perdu. "Entendre toute la journée ces témoignages terribles... C'est un choc, même si je savais ce qui m'attendait. Au début, je n'arrivais pas à dormir la nuit. Au bout de quinze jours, ça va mieux, je retrouve un peu le sommeil."

"Jeudi, je discutais avec le patron d'un café à Breil-sur-Roya. Il me disait: "je vais devoir partir, je vois des fissures qui s'agrandissent de jour en jour... Je ne peux pas prendre le risque de rester!". Vous vous rendez compte? On peut mettre la main dans ces fissures!"

Philippe évoque une "deuxième vague", celle de l'après. "C'est la grande angoisse des habitants: que vont-ils devenir?"

Le sexagénaire compte rester encore une semaine dans la Roya parce qu'il sait que plus le temps passe, moins les bénévoles seront nombreux. Même s'il insiste sur la solidarité exceptionnelle qui s'est mise en place dans les Alpes-Maritimes. 

"On se plaint de l'égoïsme des Français mais ce n'est pas ce que je vois. Encore ce matin, je travaillais avec Cédric, le conducteur d'un train. Il a monté des passagers, puis il est venu bosser avec moi, alors qu'il reprend son service à 16h. Si ça ce n'est pas de la solidarité!"

Philippe reçoit des centaines de messages d'inconnus sur Facebook, qui lui proposent de s'arrêter chez eux pour un repas ou une nuit de repos lorsqu'il retraversera la France pour rentrer chez lui. "Ils me disent que ça fait du bien de voir des gens comme moi. Mais pour moi, c'est normal!"

Maxime, restaurateur: "Une vraie leçon de vie"

• Maxime Léon
• 37 ans
• Habite à Aigues-Mortes, dans le Gard
• Restaurateur

Pendant ses deux jours à Breil-sur-Roya, Maxime Léon a surtout aidé à déblayer des chemins.
Pendant ses deux jours à Breil-sur-Roya, Maxime Léon a surtout aidé à déblayer des chemins. Capture d'écran Google Maps et photo DR

Quand Maxime a vu les images des vallées dévastées par la tempête Alex, il n'a "pas réfléchi". Sur un coup de tête, il est parti avec un ami sur ses jours de repos direction Breil-sur-Roya. 

Depuis Aigues-Mortes, où il réside, le trajet n'est "que" de 350km. "On est partis lundi après-midi mais on est arrivés à minuit au lieu de 21h! On s'est retrouvés coincés par une route barrée, le GPS n'arrivait pas à trouver une autre route, on a tourné, tourné... jusqu'à trouver quelqu'un du coin qui nous a fait passer par un petit chemin de montagne."

Maxime l'admet, ils sont partis "à l'aventure": "j'ai vu sur le groupe Facebook d'entraide de Nice-Matin qu'ils cherchaient des bénévoles. Pour l'hébergement, on ne savait pas trop sur quoi on allait tomber. Finalement, j'ai sympathisé avec une jeune fille de 17 ans, Thylan, qui a imposé à ses parents de nous loger alors qu'elle ne nous connaissait même pas, juste par solidarité!".

Une fois sur place, être efficace se révèle plus difficile que prévu. "Il y avait beaucoup de bénévoles et on n'avait pas encore de contacts, on a perdu deux heures le premier matin." 

Un temps précieux pour le restaurateur et son collègue, qui n'ont pu rester que deux jours sur place. 

À force de publications sur Facebook et d'allers-retours au gymnase de Breil-sur-Roya où les dons sont rassemblés, les deux amis enchaînent les actions: nettoyage, déblayage, rangement, tri, courses pour les personnes isolées... 

La grosse claque, pour Maxime, ça a été de voir l'ampleur de cette solidarité. "Voir autant de personnes se taper des centaines de kilomètres pour venir aider..."

"Il y avait un couple, avec deux bébés et deux chiens, en camping-car, qui ont fait 800km juste à l'aller pour être ici! Ce devait être leur lune de miel mais ils ont préféré passer une semaine à aider les sinistrés. Respect."

Ce qu'il retient de cette aventure? "Une vraie leçon de vie."

Gérard: "Il faut être sur le terrain"

• Gérard Bahuaud
• 59 ans
• Habite à Hénonville, dans l'Oise
• Intérimaire au chômage, chambres d'hôtes

Plus de 1.050 kilomètres relient Hénonville à Breil-sur-Roya.
Plus de 1.050 kilomètres relient Hénonville à Breil-sur-Roya. Capture d'écran Google Maps

"Vu l'ampleur de la catastrophe, je ne pouvais pas rester sans rien faire."

Gérard, un intérimaire au chômage à cause de la crise sanitaire, a fermé ses chambres d'hôtes pendant un mois pour aider dans la vallée de la Roya.

"Je pars dimanche! Et je peux rester jusqu'à fin novembre", indique le quinquagénaire qui habite à plus de 1.000 kilomètres de Breil-sur-Roya. 

Un long trajet en voiture qui va lui permettre d'apporter "des pelles, un groupe électrogène, du pétrole pour des chauffages d'appoint, des couches, de la nourriture pour animaux... Tout ce que les gens de mon réseau ont bien voulu donner".

Une partie des dons de personnes de la région de Méru, dans l'Oise, récoltés par Gérard Bahuaud.
Une partie des dons de personnes de la région de Méru, dans l'Oise, récoltés par Gérard Bahuaud. Photo DR

À deux jours du départ, Gérard n'a toujours pas trouvé d'hébergement près de Breil-sur-Roya, malgré un appel posté sur Facebook. 

"Peut-être que les premières nuits je devrais dormir dans ma voiture, ce n'est pas grave, une fois sur place je trouverais sûrement quelqu'un pour m'héberger", dit-il sereinement. 

En attendant, Gérard se prépare à des journées bien remplies. "Je peux aider à déblayer des maisons. J'amène une tronçonneuse aussi, pour aider à remettre en état des chemins. Je suis polyvalent, je m'adapte."

"J'avais déjà aidé à côté de chez moi quand il y avait eu des coulées de boue. Ce n'est pas pour me faire de la pub, c'est juste qu'il y a quelque chose qui se passe et il faut que j'intervienne. Il faut bouger, être solidaire, être sur le terrain!"

Pour le contacter: 07 70 36 43 72 et sa page Facebook.

Le point sur la situation, trois semaines après

Le bilan humain, encore provisoire, fait état de cinq personnes décédées identifiées. 

La prise en charge des dégâts assurés est estimée à au moins 210 millions d'euros par la Fédération française de l'assurance. 

Les travaux de reconstruction des routes, ponts, réseaux d'eau et d'électricité devraient coûter au moins un milliard d'euros dans les Alpes-Maritimes. 

Vallées de la Vésubie et de la Tinée

Dans les vallées de la Vésubie et de la Tinée, l'accès à tous les villages est désormais possible, même si les routes restent dégradées. 

Mercredi 21 octobre, 91% de la population était alimentée en eau potable, 8% en eau sanitaire et 1% en eau en bouteille (pour le haut de Saint-Martin Vésubie). 

L'électricité était rétablie sur la totalité du territoire sinistré de la métropole Nice Côte d'Azur grâce à des groupes électrogènes. 

Vallée de la Roya

Dans la vallée de la Roya, l'eau potable est presque entièrement rétablie à Breil-sur-Roya, Fontan, Saorge, La Brigue et Tende.

Pour l'assainissement, l'état des lieux était toujours en cours, ce mercredi. 

Concernant le transport, des liaisons en bus ont été mises en place entre Breil-sur-Roya et Menton via le col de Brouis, entre Fontan-Saorge et Tende-Saint-Dalmas-La Brigue. 

Vallée du Caïros

La quinzaine d'habitants de la vallée du Caïros, qui dépend de Saorge, est encore coupée du monde ce vendredi. Des travaux d’urgence sont en cours pour créer une piste provisoire qui traversera la rivière.

Un hélicoptère effectue des livraisons quotidiennes, l'eau a été rétablie et des groupes électrogènes permettent d'alimenter en électricité la vallée. 

Le réseau téléphonique étant toujours coupé, les habitants sont joignables par Internet ou l'application de messagerie instantanée WhatsApp. 

Offre numérique MM+

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