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Peter Murphy, le goût du large

Mis à jour le 08/10/2016 à 10:45 Publié le 08/10/2016 à 10:44
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Peter Murphy, le goût du large

Il a frappé à la porte d’un certain John Kennedy, s’est fait tirer dessus en Argentine,adiscuté avec des dissidents soviétiques… Et après 32 ans de diplomatie, l’Américain s’est installé à Monaco. Rencontre.

Un grand open space clair, qui donne sur l’avenue Princesse-Grace. Un ordinateur portable trône sur un petit bureau, installé face aux vitres qui donnent sur la rue. C’est celui de Peter Murphy. Il travaille dans ce cabinet d’avocats cossu «trois à quatre fois par semaine».

L’Américain fait du consulting dans le domaine de la fusion-acquisition. «Le reste du temps, je lis, et je passe du temps avec mes amis», poursuit-il, une pointe d’accent anglais presque indécelable dans la voix.

Des amis, il en a beaucoup, un peu partout dans le monde. Peter Murphy les a rencontrés au cours d’une longue, longue carrière pour le Department of State, le ministère des Affaires étrangères amé- ricain. Pendant 32 ans, il a été diplomate. Ses pas l’ont mené en Italie pendant les années de plomb, au Vatican en pleine guerre froide, en Argentine, en Allemagne…

«C’était intéressant, la carrière que j’ai eue», glisse l’homme qui va sur ses 80 ans. Et son histoire est la preuve que parfois, des trajectoires hors du commun naissent d’envies simples. Pour lui, c’était le goût d’ailleurs.

Au début des années 60, Peter Murphy finit son cursus en politique internationale à Harvard. «J’ai décidé d’entrer dans le service diplomatique, rembobine-t-il. Mais je ne savais pas comment faire. Alors, j’ai demandé à mon sénateur, John Kennedy.J’ai frappé à sa porte. À l’époque, c’était quelque chose qu’on pouvait faire».

Peter Murphy livre sa tirade sans enrobages, seulement avec un petit sourire. Il raconte le reste de son histoire sur le même ton. Après le concours, l’enquête de la sécurité, les examens, ça y est: il rentre dans le corps diplomatique. Et s’envole pour Paris. Joli, pour une première affectation.

Entre-temps, John Kennedy s’estinstallé dans le grand fauteuil en cuir du Bureau Ovale. Il prend sa plume et lui écrit. «Il m’a dit: “Comment tu as fait pour avoir Paris comme premier poste ?” », sourit Peter Murphy. Il est alors vice-consul. Celui qui aide les ressortissants américains en visite qui ont perdu leur passeport, qui sont en prison ou à l’hôpital.

À l’époque, 150.000 Américains vivent à Paris. Après un moment d’adaptation - «Juste pour donner un exemple, avant Paris, je n’avais jamais été dans un appartement», il se marie. Et puis les Murphy se préparent à partir, une constante dans la carrière de diplomate. Il doit être nommé au Nicaragua. Sauf que pendant un voyage au Portugal, le couple reçoit un autre coup de fil: il n’y aura pas de Nicaragua.

Direction Cordoba, au centre de l’Argentine. Un changement de cadre plutôt radical. Il plante le décor: «C’était difficile, spécialement pour ma femme. C’était un peu comme au Far West. On n’avait même pas le télé-phone».

C’est dangereux, aussi. Deux mois après son arrivée, Peter Murphy est installé sur le siège passager d’une décapotable. Le consul conduit. «Deux types avec des mitraillettes» surgissent. Ils arrosent la voiture. Le consul est touché. Dix-huit fois. Il tombe sur Peter Murphy. «Des représailles après que le président Johnson ait envoyé les Marines à Saint-Domingue», lâche le diplomate sans ciller.

Il aura à faire à beaucoup d’autres menaces. Au mitan des années 80, il est nommé consul général à Gênes. On est en pleines années de plomb. Les Brigate rossi signent des enlèvements, des assassinats ciblés ou des attentats. Pas le meilleur endroit ni le meilleur moment, pour être un diplomate américain. «J’ai toujours eu des gardes du corps, dit-il encore. C’était beaucoup de stress pour ma famille, sauf pour mes enfants».

Dans ses souvenirs, il yaaussi des missions moins dangereuses, mais qui font peser plus de responsabilités sur les épaules. L’ouverture d’une ambassade auprès du Vatican, par exemple. Il y est chargé d’affaires. De tous les postes qu’il a occupés, c’est «politiquement le plus important pour le bien de notre pays».

L’entremise du Vatican lui permet de rentrer en contact avec des dissidents polonais, ukrainiens ou cubains. Il n’en dira pas plus. Même chose pour beaucoup d’autres lignes de son C.V. Peter Murphy est peu disert sur son poste de chef d’une task force entre le Pentagone et le ministère des Affaires étrangères, en pleine guerre du Golfe, par exemple. «C’est un peu difficile de parler de ça», dit-il en croisant les mains.

Et puis il reprend: après la retraite et quelques années chez lui, à Boston, retour en Europe. Un poste lui a particulièrement plu: celui de consul général à Nice. Le job implique de se rendre régulièrement en Principauté. Il s’installe là, une fois revenu sur le Vieux Continent.

Murphy y devient ambassadeur de l’Ordre de Malte. Un «engagement humaniste» pour «aider nos frères», dit celui qui parle de la situation en Syrie avec un voile dans le regard.

Il quitte son poste cette année, après neuf ans.

Techniquement, la diplomatie a quitté sa vie. Sauf quand il travaille dans l’open space lumineux du cabinet d’avocats. Le Larousse définit la fusion acquisition comme l’«acquisition d’une ou plusieurs sociétés par une autre, aboutissant généralement à la création d’une nouvelle entité».

Il y est donc question de négociation, de rapports humains. Une autre forme de diplomatie, donc. Même s’il n’y a plus ni d’ambassade, ni de consulat, ni de missions spéciales. Seulement un bureau qui donne sur l’avenue Princesse-Grace.


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