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Pas à pas, pour un accueil digne des migrants

150 personnes ont marché hier dans les rues de Menton. Symboliquement. Dans l'espoir de faire passer leur message, celui du respect des réfugiés

Publié le 14/05/2016 à 05:13, mis à jour le 14/05/2016 à 05:13

Je suis institutrice et j'enseigne à des élèves sans-papiers. Jevorg a disparu de ma classe en laissant ses affaires. Tous les jours, les enfants voient sa chaise vide » ; « Je suis Christophe, j'ai 19 ans. Je suis arrivé seul à l'âge 14 ans. À mes 18 ans, ils m'ont mis à la rue. Sans papiers ni logement ni droit de travailler » ; « Je suis Saladin, l'Égyptien. On était 320 sur un petit bateau qui a fait naufrage. Puis un grand bateau est arrivé… »

Les mots résonnent sur les galets de la plage du Bastion. Les mots de ceux qui ne peuvent pas être là. Des migrants. Bloqués, à quelques dizaines de mètres, à la frontière italienne. Une frontière que Pascal, 25 ans, Guinéen, a malgré tout réussie à franchir, il y a six mois.

Des rameaux d'olivier pour les disparus

 

Dans le cortège de la marche solidaire, hier, il brandit, avec un autre protégé du Secours catholique de Nice, une affiche, sur laquelle s'égrènent des noms de pays. Albanie. Afghanistan. Pakistan. Pays de guerre. Pays à fuir. « Nous l'avons faite avec huit autres demandeurs d'asile », explique-t-il, fier. Il déroule son exil compliqué et long de six ans. De la Guinée au Mali puis l'Algérie, la Libye et enfin l'Italie. Où il a franchi la frontière, « avec un passeur. »

Les passeurs, Sylvain et Georges, deux retraités de la Roya, connaissent bien. Tous les jours, ils voient des migrants se faire arrêter dans la vallée. « Le système que la France a instauré est seulement bon pour les passeurs. Toute cette mise en scène, ce déploiement de forces de l'ordre coûte cher alors qu'on pourrait trouver des solutions d'accueil, comme on a su en trouver dans le passé », pestent-ils.

« So-so-solidarité avec les réfugiés ». De la gare SNCF à la mer, le slogan est repris en chœur par les associatifs. Tous ont répondu à l'invitation du Secours catholique qui célèbre cette année ses 70 ans au travers de marches fraternelles. Amnesty International, Réseau éducation sans frontière 06, Association pour la démocratie à Nice, Médecins du monde, Habitat et Citoyenneté, Forum réfugiés, CCFD Terre solidaire, la Pastorale des migrants, la Cimade… Les mêmes qui étaient aux côtés des migrants en juin dernier, sur les rochers. Près d'un an après, les choses ont peu évolué. « C'est même pire… Le respect de la dignité humaine recule partout », s'étrangle Martine Landry, d'Amnesty International.

Le défilé marque un arrêt devant le Palais de l'Europe. Piqûre de rappel de Gérard Vincent, responsable du centre d'accueil niçois Le Tremplin géré par le Secours catholique. Déclaration universelle des droits de l'Homme. 1948. Nations Unies. Liberté de circulation des personnes. Laurent Seux, directeur de l'action France-Europe du Secours catholique, prend le micro. Rappelle que nous sommes « une seule et même humanité ». Appelle à « construire une société juste et fraternelle ».

 

Kyra, 15 ans, et Sarah, 14 ans, en classe de 3e à Saint-Jo, écoutent. Engagées, comme leurs camarades qui sont aussi du défilé. Comme tous les Mentonnais, elles sont passées devant les rochers, l'an dernier. « Ça nous a choquées. C'est intolérable de traiter les gens ainsi. » Alors, elles sont venues marcher. Jeter, comme les 150 engagés, des rameaux d'oliviers à la surface de la Méditerranée. En mémoire des migrants disparus dans ses eaux. Et en espoir d'un "jamais plus"...

Aurore Harrouis

Offre numérique MM+

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