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On vous raconte l’exil des Rolling Stones à Villefranche-sur-Mer, il y a 50 ans

Mis à jour le 23/04/2021 à 06:35 Publié le 23/04/2021 à 10:00
Keith Richards entrant dans la villa avec sa guitare qu’il ne quitte jamais.

Keith Richards entrant dans la villa avec sa guitare qu’il ne quitte jamais. Photo D. Tarlé/DR

Monaco-matin, source d'infos de qualité

On vous raconte l’exil des Rolling Stones à Villefranche-sur-Mer, il y a 50 ans

Pour fuir le régime fiscal britannique, les membres du groupe mythique sont venus s’installer sur la Côte d’Azur. C’est dans la villa Nellcote que Keith Richards a posé ses valises au printemps 1971.

"Exilium vita est." Autrement dit "la vie est un exil". C’est la devise latine qu’avait fait placer Victor Hugo au-dessus de la porte de la salle à manger dans sa maison de l’île de Guernesey lorsqu’il quitta la France après le coup d’État de Napoléon III en 1851.

Cela pourrait aussi être la devise des Rolling Stones qui, à la suite de la mise en place d’un régime fiscal britannique écrasant à l’égard des gros revenus, décident, au printemps 1971, il y a tout juste cinquante ans, de quitter l’Angleterre pour s’installer sur la Côte d’Azur.

Si Mick Jagger jette son dévolu sur le village de Biot, Bill Wyman sur Saint-Paul-de-Vence, Mick Taylor sur le cap d’Antibes et Charlie Watts sur une ferme dans le Gard, pour le guitariste-compositeur Keith Richards, le lieu est plus difficile à trouver et sa secrétaire parcourt en vain la Côte d’Azur pour trouver la villa qui lui conviendrait.

La villa qui remplit toutes les cases

Il faut que la demeure soit assez grande et possède un terrain suffisamment important pour que le groupe puisse jouer sa musique sans (trop) nuire au voisinage. La tâche est difficile et, en l’absence de résultat, Charles Trénet propose même de lui prêter sa demeure antiboise.

Au bout de plusieurs semaines de recherche, Keith Richards reçoit enfin une proposition de location qui remplit toutes les cases: il s’agit de la villa Nellcote. Avec son parc d’un hectare qui surplombe la rade de Villefranche, sa dizaine de chambres et ses larges pièces de réception, la bâtisse permet de recevoir un grand nombre d’invités en toute tranquillité.

Le loyer n’est pas donné, 15.000 francs par semaine avec possibilité d’achat à 10 millions de francs, mais il comprend les services d’un couple de gardiens-cuisiniers ainsi que d’un jardinier.

Il faut dire que la demeure est exceptionnelle et a toute une histoire. Construite en 1899 par l’homme d’affaires Eugène Thomas qui fait édifier, en même temps, à Nice, l’Hôtel Impérial, elle est alors baptisée château Amicitia et son architecture est très inspirée de la voisine villa Tijuca.

Propriété d’un survivant du "Titanic"

La villa est ensuite acquise par Ernest Brulatour, secrétaire d’ambassade des États-Unis à Paris avant de passer aux mains de Samuel Goldenberg, l’un des rescapés du Titanic, qui la rebaptise Nellcote, contraction du prénom de son épouse, Nella, et de "cottage" (il n’y a donc jamais eu d’accent circonflexe sur le o de Nellcote).

La demeure possède des plafonds de 3,50m de hauteur, des moulures et des dorures sur les murs, une galerie à colonnes de marbre et, au fond du parc, un escalier qui donne accès à une petite plage avec jetée privée pour accoster un bateau.

Mais ce n’est pas le style ni l’histoire de la villa qui intéressent Keith Richards. Lorsqu’il pénètre pour la première fois dans la villa, il s’écrie: "Qui a engagé le décorateur, cette foutue Marie-Antoinette?".

Ce qui retient très vite l’attention du musicien, ce sont les vastes caves de la demeure qui offrent la possibilité de servir de lieu de répétition pour le prochain album du groupe. Mais la moiteur étouffante qui règne dans ces sous-sols ne facilite pas le travail, les cordes des guitares se détendent autant que les peaux de la batterie. Afin de travailler dans de bonnes conditions, un camion studio mobile est amené de Grande-Bretagne et est placé près de la maison.

De nombreuses stars du monde du rock viennent leur rendre visite comme John Lennon, Eric Clapton ou Gram Parsons. Le photographe Dominique Tarlé, qui avait déjà photographié les Stones à leur début en 1964, se rend à Nellcote, pour un ou deux jours, afin de faire des photos du groupe: il y reste six mois, vit sur place et réalise des centaines de clichés sur leur vie quotidienne. Ils seront publiés dans les magazines de rock de l’époque et donneront, bien plus tard, naissance à deux ouvrages de référence. Le luxueux ouvrage hors commerce Exile Editons Genesis 2001 et The Box Editions Galerie de l’Instant 2016.

Convocation devant la justice et condamnation

Dans la chaleur de l’été, on travaille lentement et la drogue circule de plus en plus. Cannabis mais aussi héroïne et cocaïne. Les allées et venues de dealers dans la villa sont de moins en moins discrètes. Un accrochage entre un touriste italien et la Jaguar type E de Keith Richards sur le port de Beaulieu-sur-Mer se termine en pugilat et nécessite l’intervention musclée du capitaine du port puis de la police.

Toutes ces affaires amènent à une convocation de plusieurs personnes, dont Keith Richards et sa compagne, Anita Pallenberg, devant la Ve Chambre correctionnelle de Nice. Ils seront condamnés à un an de prison avec sursis, 5.000 francs d’amende et une interdiction du sol français pendant deux ans. Lorsque le verdict tombe, les deux tourtereaux ont déjà quitté la France pour Los Angeles où le groupe termine son album Exile on Main Street qui sort en mai 1972.

Nellcote vue des hauteurs de Villefranche-sur-Mer. Ses vastes caves avaient convaincu le guitariste-compositeur des Rolling Stones.
Nellcote vue des hauteurs de Villefranche-sur-Mer. Ses vastes caves avaient convaincu le guitariste-compositeur des Rolling Stones. Photo D. G.
Rayonnement, drogue: "un souvenir mitigé" de la présence du groupe

Fan de musique rock, le maire de Villefranche Christophe Trojani n’avait que cinq ans en 1971 mais a beaucoup entendu parler de cette période par ses parents et des amis plus âgés: "Le fait que les Rolling Stones aient choisi d’enregistrer un album à Villefranche est bien sûr une fierté pour la commune. La villa Nellcote est devenue mythique dans le monde entier et, cinquante ans après, des centaines de fans viennent chaque année se faire prendre en photo devant ses superbes grilles . En même temps, le souvenir de la présence des Rolling Stones reste mitigé parmi la population qui a connu ces années. Par mimétisme, beaucoup de jeunes villefranchois se sont en effet mis à se droguer et mon père, qui était instituteur dans la commune, a dû créer l’association SOS drogue avec son ami Joe Thooris pour leur venir en aide car il y a eu des morts. En ce sens, la ville a payé un lourd tribut à leur passage mais les Rolling Stones restent toujours pour moi le plus grand groupe de rock du monde."

La villa, qui appartient aujourd’hui à un homme d’affaires russe, n’est pas visitable.

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