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On vous raconte le jour où le mont des Mules de Beausoleil a failli disparaître

Mis à jour le 13/03/2019 à 10:19 Publié le 13/03/2019 à 17:37
Le mont des Mules abrite un oppidum occupé par les Ligures, avant et pendant l’occupation romaine. Pourtant, ce site millénaire a failli être rasé en 1916 !

Le mont des Mules abrite un oppidum occupé par les Ligures, avant et pendant l’occupation romaine. Pourtant, ce site millénaire a failli être rasé en 1916 ! Photo archives municipales de Beausoleil

On vous raconte le jour où le mont des Mules de Beausoleil a failli disparaître

Dès le début du XXe, le site fait l’objet de menaces répétées. En juillet 1916, un membre du conseil municipal suggère même de le raser! Heureusement, des érudits et savants se sont fermement opposés à sa destruction.

L’anecdote paraît presque irréelle – voire surnaturelle – tant elle est farfelue. Et pourtant... le mont des Mules de Beausoleil – édifié par les populations celto-ligures et classé Monument historique en 1939 – a bien failli être rayé de la carte ! Coupé. Décapité. Rasé. Comme une erreur de la nature...

À l’origine de cette histoire rocambolesque, deux événements majeurs. Tout d’abord, une menace répétée de "décapage" du mont des Mules. En effet, au début du XXe siècle, la commune autorise, à titre onéreux, la location d’une carrière de pierres dans les terrains communaux des Mules. Mais surtout, en 1909, François Raffaelli, conseiller municipal de Beausoleil et directeur du service des eaux de la SBM, projette carrément de créer des logements sur la colline en demandant le lotissement et l’aliénation des terrains communaux des Mules.

Pourquoi cette volonté de saccager le site archéologique plutôt que de le préserver ? Rappelons qu’à cette époque, Beausoleil est une jeune commune, créée en 1904. Elle se construit et cherche des revenus.

"Ainsi, le mont des Mules permettait d’entreprendre de grands travaux sur Beausoleil, mais aussi sur la Principauté de Monaco en pleine expansion et de générer d’importantes recettes communales", détaille Catherine Veran, responsable du service Archives documentation de Beausoleil.

Une véritable opération de sauvetage du mont

Heureusement, à cette époque, se créent quatre sociétés savantes et qui s’appuient sur un réseau de passionnés. Parmi elles, la Société de Préhistoire de France (SPF) – créée en 1904 et toujours active aujourd’hui – laquelle a eu un rôle déterminant dans le sauvetage du mont des Mules.

À plusieurs reprises, les bulletins de la société attestent des projets réitérés de destruction du mont.

"Il n’est pas possible de soustraire, par le classement, ce monument, aux méfaits de la spéculation industrielle", peut-il lire dans l’une des interventions de la SPF. Cette dernière intervient même auprès des autorités compétentes: le préfet et le sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts.

De son côté, le chanoine Léonce de Villeneuve, premier directeur du musée anthropologie Préhistoire de Monaco, profite d’un congrès international pour se rendre aumont des Mules et obtenir le soutien du Prince Albert de Monaco pour la protection du site.

La pression est telle que le maire de l’époque – Camille Blanc – s’engage en 1909 à abandonner le projet de "décapitement". De plus, l’édile de Beausoleil s’engage à en assurer "la conservation et la mise en valeur".

En 1911, le Comité des sites et promenades de Monaco et Beausoleil commence une action de reboisement du site.

Mais très vite, un nouvel événement menace la "crête" de la discorde. Le 1er juillet 1916, lors du conseil municipal de Beausoleil, Paul Lajoie – architecte et conseiller communal – accuse alors le mont des Mules d’être une ombre disgracieuse sur Monaco et ses environs !

"Jeter à la merle mont des Mules estun projet d’amélioration pratique"

Ainsi, devant le conseil municipal, PaulLajoie livre des propos plutôt extravagants: "Cette crête est noyée dans l’ensemble et sa disparition ne gênerait pas l’aspect général (...) On pourrait tirer parti de ‘‘décapitement’’ de cette crête pour asseoir des jardins, routes et villas."

Et de conclure en apothéose: "En résumé, jeter à la mer la crête du mont des Mules est un projet d’amélioration pratique et artistique du sol de Beausoleil."

À l’issue de cette intervention, les membres du conseil s’associent au maire Camille Blanc pour féliciter Paul Lajoie « de la clarté de son rapport si lumineusement exposé ». Heureusement, le projet de Paul Lajoie est rejeté par le préfet.

Ce dernier considère que raser le mont irait à contre-courant de la ligue de protection des sites. Il est donc clair – qu’au début du XXe siècle – la ville de Beausoleil n’entend pas protéger la vénérable colline. En 1924, l’élu François Raffaelli réitère même sa proposition de logements sur la crête !

En 1938, les élus s’opposent même au classement du site, lequel représente "d’appréciables revenus, soit par la location soit par la vente de ces terrains".

Finalement, le mont des Mules sera classé Monument historique par décret le 28 janvier 1939. En 1990, un sentier botanique et des panneaux d’information pédagogiques sont installés à destination du public en 2006. D’ombre disgracieuse, le mont des Mules richement boisé trône aujourd’hui fièrement au-dessus de la Riviera.


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