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On a visité la mystérieuse tour Sarrasine à Cap-d'Ail

Visible depuis la Basse Corniche et la mer, ce vestige de temps anciens devenu le symbole de la commune est impossible à dater. La légende veut qu’un passage secret relie ce terrain privé au Palais princier de Monaco. Visite d’une tour… sans intérieur!

Olivier-Vincent Maréchal Publié le 05/01/2022 à 13:30, mis à jour le 05/01/2022 à 12:46
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Ce vestige crénelé de l’histoire de la région peut s’admirer depuis la Basse Corniche et depuis la mer. Photo JFO

Elle est presque à Cap-d’Ail ce que la Tour Eiffel est à Paris, monument emblématique de la ville repris sur les plaques de rue, le drapeau cap-d’aillois et sur les documents officiels ou touristiques. Elle, c’est la Tour Sarrasine, également appelée Tour aux Abeilles, relique de pierres d’un passé plus ou moins lointain.

Ce vestige crénelé de l’histoire de la région peut s’admirer depuis la Basse Corniche et depuis la mer. Surplombant la Pointe des Douaniers, elle est voisine du Cap-Fleuri et domine la petite église Notre-Dame-du Cap-Fleuri.

Depuis le sommet de la Tour Sarrasine, le panorama est somptueux.
Une vue qui, par beau temps, va des côtes de Bordighera en Italie… au Cap d’Antibes. Photo Monaco-Matin.

Sa taille plutôt modeste est compensée par une construction en haut d’un éperon rocheux qui domine le 49 de l’avenue du Trois-Septembre, où une plaque rappelant son histoire et ses origines de poste de garde de la Principauté de Monaco a d’ailleurs été apposée en 1997 en présence du prince Albert II, alors encore Prince Héréditaire, dans le cadre de la célébration des 700 ans des Grimaldi.

Avec ses créneaux, elle donne une impression d’ancienneté qui fait cependant tiquer certains spécialistes qui y voient plutôt un fantasme architectural d’époque lointaine reconstitué plus ou moins récemment.

Située sur une propriété privée, la Tour aux Abeilles ne se visite pas et n’appartient donc pas à la ville qui, cependant, a financé quelques travaux de réfection, sa mise en lumière et change régulièrement le drapeau de Cap-d’Ail qui flotte à son sommet.

 

De son sommet, la vue est magique, allant depuis Bordighera jusqu’au Cap d’Antibes.

Visible depuis la Basse Corniche, la Tour Sarrasine ne se visite pas car située sur une propriété privée. Photo Monaco-Matin.

Une représentation qui trompe énormément

La représentation qui est faite de la Tour Sarrasine sur le drapeau de Cap-d’Ail et qui est repris partout en ville, sauf sur les documents touristiques, donne une image totalement fausse de ce qu’elle est en réalité. Outre le fait qu’il donne à penser que Cap-d’Ail, érigée en 1908 seulement est une commune ancienne, le dessin représente une tour à la base ventrue avec porte, fenêtre et mâchicoulis sous les créneaux.

Une "enluminure" qui invite à imaginer un intérieur creusé par les siècles et les pas d’hommes en armes ou autres guetteurs d’armées oubliées. Les curieux se prennent alors à espérer pouvoir un jour avoir la chance de pousser la lourde porte cloutée et découvrir le ventre de ce monument à l’origine incertaine, qui pourrait remonter à l’époque romaine. Peut-être ses murs renferment-ils quelques mécanismes cachés découvrant des passages secrets…

Un passage secret jusqu’au Palais princier?

Bref, le dessin de la Tour fait naître beaucoup de fantasmes qui, hélas, ne supportent pas la confrontation avec une réalité bien moins séduisante que les palais rapidement construits par l’imagination. Car d’intérieur, sur la Tour Sarrasine, on n’en trouve pas. Pas plus que de porte ou même de meurtrières. Car la Tour est pleine, tas de pierres bien rangées en plateau posé sur un éperon rocheux.

Seuls des barreaux de fer forgé pris dans la paroi côté est permettent l’accès à la plateforme située entre les créneaux et sur laquelle flotte l’étendard de la ville… qui continue à faire croire que la Tour est creuse malgré l’évidence.

Quant à la légende d’un passage secret, elle est bien vivante et il continue à se murmurer que la Tour est reliée en souterrain… au Palais Princier de Monaco.

Pas plus que de mâchicoulis, contrairement à la représentation de la Tour Sarrasine sur les blasons de la commune. Photo Monaco-Matin.

Une origine incertaine

Difficile pour les historiens de déterminer avec précision la date de construction de cette tour située à un point d’observation stratégique sur un territoire disputé par les puissances locales ou européennes depuis l’Antiquité. Selon Thomas Fouilleron, directeur des Archives et de la Bibliothèque du Palais Princier de Monaco, il pourrait s’agir d’un "possible vestige d’une tour du XIIIe ou XIVe siècle qui devait avoir une utilité militaire".

Ce qui est certain, c’est que la toute première évocation connue d’une tour à Cap-d’Ail a été trouvée dans un Traité signé en 1301 par Charles II d’Anjou. Difficile toutefois d’être absolument certain qu’il s’agit de la même construction puisqu’il est attesté, d’une part que 3.000 "tours" maillaient le littoral du temps des Romains et que, d’autre part, les ruines d’une autre tour se trouvent encore à Cap-d’Ail, un peu plus haut que la Tour Sarrasine, dans le quartier du Bautugan.

Le traité de 1301 parlait-il du "symbole" de Cap-d’Ail? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude.

Ce n’est que trois siècles plus tard, en 1602, qu’on trouve dans un autre document une autre indication de l’existence d’une tour à Cap-d’Ail. Ce plan des territoires contestés entre Monaco et La Turbie mentionne en effet, juste au nord de la Pointe des Douaniers, une "Tour d’Abeglio" bien différente de celle d’aujourd’hui mais édifiée sur le double pain de sucre sur lequel se dresse aujourd’hui la Tour Sarrasine que l’on appelle également… Tour aux Abeilles.

Le ciel, les oiseaux et la mer, oui, mais les abeilles ? Photo Monaco-Matin.

Des abeilles à Cap-d’Ail?

Sur la carte de 1602, la Tour se nomme Tour d’Abeglio. Un nom qui, déformé par le temps, a été traduit par Tour aux Abeilles. Cependant, difficile de dire à quoi se rapporte vraiment cet "Abeglio".

Pour certains, il est à rapprocher de "abei" et "veglio" qui voulait dire en langue locale "roc" et "lieu de veille".

Une étymologie réelle ou supposée qui pourrait coller avec la fonction de poste de garde de la Principauté et la vue qu’elle offre à son sommet.

Pour d’autres, l’origine de ce nom remonterait aux Grecs et aux Phéniciens qui ont apporté avec eux dans la région le dieu Melkart, également connu sous son nom grec Hercule puis Apollon chez les Romains. Les Ligures, eux, l’appelaient… Abellio. Qui croire? Encore un mystère qui colle à la Tour...

Ne cherchez pas la porte d’entrée... il n’y en a pas. Photo Monaco-Matin.
Pas d’escalier intérieur non plus. Juste des barreaux pris dans la structure pour accéder au sommet. Photo Monaco-Matin.

Offre numérique MM+

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