"On a des creux de 3 mètres, il fait nuit": on vous raconte cet incroyable sauvetage en mer au large de Bordighera vendredi

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la SNSM a dû procéder à une opération de sauvetage plutôt hors-norme, au large de Bordighera, en Italie. Par une mer particulièrement déchaînée...

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Gaelle Belda Publié le 20/11/2022 à 10:05, mis à jour le 20/11/2022 à 15:41
Laurent, au port de Garavan, à Menton. Il achevait les réparations de son voilier. Photo Gaelle Belda

Un bilan météo correct, un navigateur aguerri et un Jeanneau de 9,20 mètres. Deux accompagnatrices, amoureuses des flots, la Corse en ligne de mire et cette puissante soif d’aventure.

Sous le soleil de Cannes, au moment d’embarquer, tous les ingrédients semblaient réunis. Pourtant, la traversée a viré au cauchemar.

Il est minuit et demi quand les sauveteurs de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) reçoivent l’alerte. Un bateau français est en difficulté au large de Bordighera (Italie).

"C’est le Cross (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) qui nous explique qu’un voilier est en perdition... Il y a trois mètres et demi de houle, trois passagers – de 53, 38 et 33 ans –, les Italiens disent ne pas parvenir à approcher." Fabrice Vassort, président de la SNSM Menton, mobilise une équipe de six personnes.

Des creux terribles

Pendant une heure et demie, la vedette fend une mer particulièrement déchaînée.

 

"On a des creux de 3 mètres, il fait nuit. On a mis un temps fou pour réussir à les atteindre. Mais on y est arrivés..." Le sauveteur a la voix cassée. "On ne s’entendait pas tellement il faisait mauvais. Il fallait hurler."

Laurent, Audrey et Julie, les trois occupants du voilier, sont toujours dedans. Leur pilote automatique a cassé puis ça a été au tour de leur barre franche. Ils ont affalé leurs voiles et géré la suite, tant bien que mal.

Il faut les remorquer. Mais impossible d’arrimer le voilier à la vedette. "Un des agents de bord a sauté dans l’eau. Il fallait trouver une solution pour accrocher la remorque." C’est un cordage qu’il faut installer solidement et qui doit permettre de tirer l’engin.

Il y est parvenu.

Trois heures encore et tout le monde était au port de Garavan. Enfin.

 

Un souci technique

"Cette tempête, on l’attendait dimanche", laisse tomber Laurent, le lendemain, alors qu’il est à quai, en train de réparer son navire. Il continue: "Il y avait du vent entre Cannes et Nice mais il devait se calmer au niveau de golfe de Gênes, que j’essayais d’atteindre."

Ce circuit, il le connaît bien. "Peut-être même trop bien", concède-t-il. Avec la mer, impossible de lâcher prise. "J’en ai vu tellement. Et des bien pires! C’est compliqué et ce n’est pas marrant. Mais on s’en tire. Là, j’ai eu un problème technique." Le pilote automatique qui lâche. "Obligé de barrer." Il lance l’alerte. Et puis il y a eu cette vague. Bien plus mauvaise que les autres.

Ils sont au niveau de Taggia, à 20 milles de la côte.

"Le bateau a été pris en sandwich et la barre s’est brisée. Bien sûr, j’en ai une seconde mais il fait nuit, ça bouge de tous les côtés, tout est en vrac..." Julie avait fait pas mal d’optimiste, alors elle a su aider. Pour Audrey, c’est plus difficile. La cabine n’est pas chauffée et même une fois le moteur lancé, le froid la paralyse.

Des sauveteurs salués

"Il est certain que nous avons eu affaire à des personnes expérimentées. Sinon, l’issue aurait été différente", souligne le président de la SNSM. L’hypothermie, c’est un moindre mal. Tous les trois ont été transportés à l’hôpital et ont pu en ressortir quelques heures plus tard.

Le sauveteur est fier du travail de son équipe. "Ce type d’intervention, c’est rarissime. Et ça a été l’occasion de valoriser les compétences d’un agent en formation."

L’adversité. C’est un révélateur puissant. Laurent acquiesce. "Tu mets un pied sur un voilier et tu sais qui tu es."

 

Une traversée solo

Il aurait voulu "offrir une autre expérience de navigation" à son équipage. Comme il aurait voulu ne pas, lui aussi, se retrouver figé. "J’étais tellement trempé, j’ai voulu me changer pour ne pas risquer l’hypothermie... et en le faisant, le froid m’a saisi. Je suis tombé dans la cabine." Les sauveteurs arrivaient. "J’ai levé le museau, on était presque au port..."

La fameuse règle des 5 F n’était pas respectée. Il sourit, les traits tirés: "Le Froid, la Faim, la Fatigue, la Frousse et la Foif."

Le voilier n’était pas tant amoché. Laurent a repris la mer, direction Bonifacio. Solo. Il regrette: "Pas sûr que Julie et Audrey aient envie de remonter un jour sur un bateau".


Le président de la SNSM tient à féliciter Laurent, pour sa conduite dans une mer plus qu’agitée. Pascal – qui a été validé en tant que sauveteur embarqué à l’issue de cette intervention par Eric et Fabrice –, pour la gestion du pont avec Anne et Rémy. Florian, pour son sang-froid au moment de se jeter à l’eau.

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