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"Nous sommes des cibles": en immersion avec les policiers de Cagnes et Saint-Laurent-du-Var

Mis à jour le 09/05/2021 à 23:25 Publié le 10/05/2021 à 07:00
Une rixe a eu lieu, mardi 4 mai, devant le collège des Bréguières à Cagnes-sur-Mer.

Une rixe a eu lieu, mardi 4 mai, devant le collège des Bréguières à Cagnes-sur-Mer. Photo Dylan Meiffret

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"Nous sommes des cibles": en immersion avec les policiers de Cagnes et Saint-Laurent-du-Var

Évolutions, difficultés, enjeux : quel est le ressenti de la police nationale ? Quel est son quotidien ? Immersion avec les forces de l’ordre en charge de Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var.

Treize jours après l’attentat de Rambouillet qui a coûté la vie à une agent administrative de la police nationale, Stéphanie Monfermé, ils viennent de nouveau, de perdre un des leurs.

Le brigadier Eric Masson, 36 ans, a été tué par balle sur un point de deal, dans le centre d’Avignon, mercredi.

"Nous ferons, malheureusement, comme d’habitude, un hommage le jour des obsèques (1). Il y a de la tristesse, de la colère. Mais avant tout: le recueillement et le soutien pour nos collègues", lâche Vincent Leblond. Il est à la tête du commissariat de Cagnes-sur-Mer en charge également du secteur de Saint-Laurent-du-Var.

Une institution qui compte plus de cent trente professionnels. "Un commissariat, ce n’est pas juste pour déposer une plainte. Le public doit ressortir avec une réponse et pas nécessairement avec un papier en main", appuie le commissaire.

Le commissariat cagnois, une fourmilière à tous les étages.

Ici, le pôle psychosocial chapoté par une intervenante sociale, en convention avec le Département. "Le cœur de mon travail est axé sur les violences intrafamiliales. Des conflits de couple, des violences physiques, psychologiques. J’accueille, j’écoute, j’oriente", explique la professionnelle qui affiche 15 ans de carrière.

Là, le bureau des dépôts de plaintes. "Le public est parfois agressif, vindicatif parce qu’il est en attente. Nous sommes aussi là pour les guider. Il y a énormément de personnes qui pensent aussi que ça se passe comme dans les séries américaines... Certains nous tendent un bout de papier et disent “vous allez pouvoir le passer au scanner" », sourient deux fonctionnaires de police. Deux femmes. L’une est arrivée à Cagnes-sur-Mer en 1993, "l’époque où il n’y avait pas de vestiaires pour les femmes." L’autre en 2002. "Nous avons gagné en confort, en équipement et c’est aussi très important", glisse, à l’unisson, le duo qui a, également vu, de nouveaux outils se développer.

La digitalisation pour décharger le 17

La dématérialisation pour les procédures pénales, le dispositif gouvernemental Perceval qui permet de signaler une fraude à la carte bancaire, en ligne. La plateforme "Moncommissariat.fr" pour s’informer, signaler, par exemple, des comportements pouvant être liés à un trafic de drogues etc.

"Tout cela permet de ne pas encombrer nos lignes d’urgence. L’appel au 17, c’est 10 millions d’appels en France par an. Et 75% d’entre eux sont, non urgents ou malveillants, détaille Vincent Leblond. Donc, c’est à nous de trouver des moyens pour optimiser les réponses apportées au public".


1. L’ensemble des organisations syndicales ont décidé d’une marche des policiers prévue le mercredi 19 mai à Paris.

Photo Dylan Meiffret
Contrôles, rixe, sensibilisation: au cour d'une patrouille

Ils partent du commissariat de Cagnes-sur-Mer et montent en voiture pour sillonner la cité de Renoir et Saint-Laurent-du-Var.

Mathias a 22 ans. Il a choisi ce métier parce qu’il a "toujours protégé ses amis. Et cette profession, c’est la protection des biens, des personnes".

Thierry, lui, (1) vient de fêter ses 30 ans de maison. Il ne compte plus les fois où il a été victime de caillassage.

"Le sentiment d’insécurité existe chez la population. Il existe aussi chez les policiers." Aujourd’hui, sa passion se mêle à de l’amertume. Il a le "sentiment d’être moins soutenu, qu’au début, par nos responsables politiques".

Alors que la route défile, il interroge: "Quand un policier va commettre des violences, alors c’est toute la police qui est violente. Il n’y a pas d’amalgame à faire quand il y a un attentat commis. Pourquoi le faire avec nous?".

Le véhicule se dirige vers le centre-ville de Saint-Laurent-du-Var.

Les policiers se font arrêter par un couple paniqué près de la gare SNCF. Le duo vient de perdre son chien. Les forces de l’ordre prennent le temps, notent toutes les informations. Ce n’est, pourtant, pas de leur ressort.

"Vous vous rendez compte si on ne s’arrête pas? Quelle image nous renvoyons ? Ces gens sont paniqués, il faut les écouter", confie le commissaire. "Nous allons transmettre à nos collègues de la police municipale en charge de l’errance animale."

Sur la route, ils zieutent, sont attentifs au moindre détail. Un jeune homme se gare sur une place de livraison au niveau de l’avenue Leclerc.

"La conduite est brusque et la voiture en mauvais état", commente Thierry. Les policiers décident de réaliser un contrôle routier. Le conducteur est en règle.

Direction, ensuite, le quartier Point du Jour. Un scooter attire l’œil. Il est flambant neuf et n’a pas de plaque d’immatriculation. "Il s’agit, peut-être d’un véhicule volé." Contrôle à nouveau, sous le regard des "choufs", les yeux de la cité. RAS.

Nouveau tour à Cagnes-sur-Mer. Près du collège des Bréguières: un attroupement. Thierry ralentit. Et, les coups partent entre deux mineurs. Frein à main. Descente. Séparation entre les deux jeunes. Interpellation.

Palpation pour un contrôle d’identité. RAS. Et, au fil des minutes, la tension redescend.

D’autres élèves sortent de leurs cours. Les regards se tournent vers la scène et les caméras des smartphones s’enclenchent.

"C’est notre quotidien aujourd’hui. C’est ça qui a particulièrement changé depuis mes débuts: on est toujours filmé", réagit Thierry.

Un second véhicule de la police nationale vient d’arriver ainsi que les pompiers. L’un des collégiens saigne à l’arcade sourcilière.

Avec les deux jeunes bagarreurs, après la pression, c’est un nouvel échange qui se tisse. "Vous avez un projet professionnel?", demande à l’un, Vincent Leblond.

" - Oui Monsieur, je veux être carrossier".
- "Alors continuez là-dedans au lieu de vous battre. Soyez prudent", lui lance le commissaire alors que ses collègues prennent le relais. Il fera remonter cette affaire, sans gravité, au proviseur de l’établissement cagnois. "Nous sommes en lien constant avec les représentants de l’Éducation nationale".


1. Son prénom a été modifié à sa demande pour préserver son anonymat.

"C'est un métier difficile"

"Régulièrement, on se dit: “Est-ce que les prochains, ce sera nous ?""

Il vient saluer ses équipes. "Bonjour patron", répond chacun de ses collègues, à chaque fois qu’il passe la tête par l’entrebâillement des portes des bureaux du commissariat de Cagnes-sur-Mer.

Ici, le patron c’est lui depuis 2019. La carrière de Vincent Leblond a commencé en 1998 dans le cadre de son service national, puis en tant que gardien de la paix.

"Gardien avec un grand G", aime à dire ce natif d’Orléans qui a intégré les rangs de la police de proximité (1) dans les années 2000 et qui a décroché, dans la foulée, le concours d’officier.

Direction, ensuite, la brigade des stups à Créteil (Val-de-Marne), puis la brigade de nuit dans le 8e arrondissement de Paris avant de rejoindre la BAC de Paris.

Un homme de terrain qui a décidé de passer le concours de commissaire en 2017 "pour faire bénéficier de mon expérience, pour encadrer des équipes. Je me sentais prêt pour un nouveau départ".

Une nouvelle ère s’ouvre, une fois de plus, pour lui. Vincent Leblond est sur le départ pour rejoindre la direction départementale de la police nationale à Nice. Il sera remplacé par Audrey Basquin. La nouvelle commissaire doit prendre ses fonctions le 1er juillet.

Entretien, quelques jours avant la mort d’Eric Masson, brigadier, tué, mercredi, lors d’une intervention sur un point de deal à Avignon.

Quel regard portez-vous sur votre métier? Ses évolutions?

Avant d’être commissaire, je suis policier. Et policier, c’est un métier difficile. Physiquement, nous sommes des cibles, nous le voyons trop souvent avec les attentats. Le risque terroriste est constant mais ce n’est pas nouveau: Action directe à la fin des années 1970, le Groupe islamique armé dans les années 1990, etc. C’est un risque que l’on prend en compte au quotidien. Nous restons vigilants, nous faisons attention.

Ce qui a changé avec la crise sanitaire?

Nous avons su mettre en place des nouveaux outils pour garder le lien [lire ci-contre]. La période actuelle est assez anxiogène. Pour nous, fonctionnaires. Et pour toute la population qui, dans son ensemble, a su s’adapter. Dans cette crise sanitaire, nous sommes souvent critiqués, mis sous les projecteurs, mais nous avons beaucoup de soutien.

La majeure partie de la société aime sa police. La population, sur l’ensemble du département est satisfaite, nous remercie. Et, nous avons des contacts privilégiés avec la sous-préfète, la procureure, les élus. Nous avons des discussions sincères. Nous sommes tous des garants du service public.

Vous dites "mis sous les projecteurs", notamment avec la question des violences policières?

Je réfute ce terme. Il n’y a pas de violences policières, mais des violences illégitimes. Pour les personnes que l’on doit interpeller, l’acte de contrainte est légitimé par les règlements. Il peut y avoir des policiers qui font un usage illégitime de la force, et ils doivent être sanctionnés.

Je ne le nie pas. Il peut y en avoir, à la marge - il faut savoir qu’il y a, en France, une intervention police secours toutes les dix secondes - et tout débordement doit être poursuivi. Avec la force de frappe des réseaux sociaux, il y a aussi, quelquefois, des images parcellaires, hors contexte.

Quand un drame touche votre corporation: quelle gestion en interne?

Sur l’attaque à Rambouillet, par exemple, nous en avons parlé entre nous. Régulièrement, on se dit: “Est-ce que les prochains, ce sera nous?” Moi, je me dois de protéger un maximum chaque fonctionnaire, alors, on passe des consignes strictes, notamment sur les dispositifs de sécurité. Il n’y a pas un mois qui passe sans que l’on se réunisse pour une minute de silence. C’est important de rendre hommage à nos collègues, pour la mémoire, pour le deuil collectif.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a sollicité des écoles de mode afin de dessiner le futur uniforme de la police nationale dans le but "de lui donner une apparence plus moderne". Aujourd’hui, certains (2) parlent de "militarisation" en évoquant les tenues...

Je ne partage pas ce sentiment de "militarisation". Il y a 20 ans, après le double meurtre de policiers au Plessis-Trévise [Val-de-Marne, NDLR], je suis descendu, pour la première fois, dans la rue. Nous réclamions des gilets pare-balles pour notre protection. Effectivement, aujourd’hui, notre équipement est plus conséquent, nous sommes dotés d’armes pour graduer notre réponse. Nous sommes aussi équipés, depuis les attentats de 2015, d’une trousse de secours individuelle. Aujourd’hui, nous sommes tous capables de s’occuper de personnes blessées pour des premiers soins d’urgence. La société évolue et notre apparence aussi.

Pour des policiers qui patrouillent dans des quartiers difficiles, c’est normal de prévoir des protections. La police n’a jamais eu vocation à faire peur à la population.

En revanche, nous sommes là pour insécuriser et faire peur aux délinquants... 

Votre plus grande fierté?

La reconnaissance de mes effectifs.


(1) Dispositif supprimé en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur.

(2). C’est le cas, notamment, de Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique, spécialiste des questions de sécurité. "Du côté des policiers, les arguments sont purement ergonomiques : avoir plus de confort sur le terrain (...) Du côté du public cependant, il y a l’impression que la police se militarise. L’ancien uniforme pouvait être considéré comme ringard avec les grandes casquettes, les blousons moches, mais il donnait l’image d’une force civile. L’image actuelle est plus celle d’une police d’intervention, suréquipée en matériel, et qui arbore un style qui, il y a 20 ans, était destiné au RAID ou à la BRI", a développé le coauteur de Vis ma vie de flic auprès de nos confrères de Society.

Photo Dylan Meiffret
Et le commissariat à Saint-Laurent-du-Var?

C’est l’une des volontés phares de Joseph Segura, maire de Saint-Laurent-du-Var : la création d’un nouveau commissariat mutualisé avec la police municipale.

Un projet qui doit naître dans le quartier actuel Point du Jour, futur Porte de France. Si à Nice, le projet du futur hôtel des polices, doit être opérationnel en 2023-2024, où en est le projet laurentin?

"Les discussions multipartenariales sont en cours. Cela a pris du retard. Ce projet se conçoit dans le cadre de la réhabilitation du quartier qui va permettre une sécurisation. Le volet social, avec notamment le relogement des familles, est très important", commente le commissaire, Vincent Leblond.

Il explique: "À Saint-Laurent, c’est un commissariat de secteur, qui fonctionne la journée du lundi au vendredi. Si quelqu’un se présente aux heures de fermeture, une plateforme est disponible, avec toutes les informations essentielles."

Les avantages de cette mutualisation pour le commissaire?

"Une économie d’échelles, une meilleure visibilité pour le public."

Offre numérique MM+

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