"Ne pas laisser des êtres humains mourir en mer": le discours poignant de la princesse Caroline lors de la journée de la Méditerranée à Monaco

Ce lundi, à l’occasion de la journée de la Méditerranée et d’un colloque sur l’emploi des jeunes et des femmes à Monaco, la princesse Caroline a prononcé un discours poignant sur la question migratoire.

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Thibaut Parat Publié le 29/11/2022 à 06:35, mis à jour le 29/11/2022 à 10:39
Devant le prince Albert II, la princesse Caroline puis Isabelle Berro-Amadeï, conseiller de gouvernement-ministre des Relations extérieures et de la Coopération, ont prononcé les discours d’ouverture. Photos Michel Dagnino

Jadis, les Romains l’avaient fièrement baptisé Mare Nostrum. Deux millénaires après cette conquête militaire de la Méditerranée, ce terme latin revêt un tout autre sens et fait désormais davantage référence à une identité commune, promue et valorisée par l’Union pour la Méditerranée, une organisation intergouvernementale fédérant plus de 40 pays.

Secoué par plusieurs conflits et théâtre récurrent de drames humains et migratoires, le pourtour méditerranéen doit faire montre d’unité à l’aune de défis majeurs pressants: le changement climatique ainsi que l’emploi des jeunes et des femmes.

Ce lundi au Musée océanographique de Monaco, pour la journée dédiée à cette immensité bleue de 2 millions de km², c’est ce second thème qui était au cœur d’un colloque. "C’est LA préoccupation principale de tous nos pays, qu’ils soient du Nord, du Sud ou de l’Est de la Méditerranée", a martelé Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée.

"Ils font la richesse de la Méditerranée"

Selon un récent rapport de la Banque mondiale, plus de 250 millions de personnes ont moins de 30 ans dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MOAN). Un capital humain massif, certes, mais sous-utilisé dans une région où le taux de chômage des jeunes oscille entre 26 et 30%. Cela atteint même 40% dans certaines régions de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce.

"Ces taux augmentent lorsqu’il s’agit des jeunes femmes. La région MOAN présente, par exemple, la plus grande disparité entrepreneuriale entre les hommes et les femmes au monde (...) Les défis de l’emploi sont étroitement liés à ceux de la formation."

La journée a ainsi été l’occasion de mettre en exergue les nombreux projets en faveur de la formation professionnelle qualifiante et de la création d’emplois, destinés à inverser ces statistiques. " Il est essentiel que les jeunes puissent acquérir des compétences afin de construire leur avenir (...) C’est aussi par l’égalité salariale entre femmes et hommes, la protection sociale pour tous et l’accès des femmes aux mécanismes de financement, que pourront se développer la créativité, l’entrepreneuriat et l’innovation", a soutenu Isabelle Berro-Amadeï, conseiller de gouvernement- ministre des Relations extérieures et de la Coopération. L’action de Monaco se déploie auprès de 11 pays partenaires sur les sujets de la santé, la sécurité alimentaire, l’insertion socio-économique et l’éducation. Ces 4 dernières années, plus d’un million de femmes et de filles en ont bénéficié.

En 2020, un accord de coopération trilatéral a été signé entre l’Union pour la Méditerranée, l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel et le gouvernement princier pour soutenir un projet pilote en Tunisie dans la filière des cosmétiques naturels et bios. Une façon de "promouvoir l’autonomisation économique des femmes".

"L’avenir de notre région dépend du bien-être de son important capital humain. Ce sont ces jeunes et ces femmes qui font la richesse de la Méditerranée et leur offrir des opportunités d’avenir n’est pas seulement une question économique mais un devoir", soutient Nasser Kamel.

"Contribuer à l’effort commun"

Pour la princesse Caroline, qui a tenu un discours fort, "l’absence de travail" est l’une des "causes multiples des migrations".

"L’instabilité économique, ajoutée aux crises énergétiques et au changement climatique, ne fait qu’accroître les flux migratoires et endeuiller les eaux méditerranéennes."

Le Haut-commissariat aux réfugiés a estimé que, sur ces huit dernières années, 2 millions de réfugiés et migrants avaient tenté de traverser la Méditerranée en quête d’une vie meilleure.

"Plus de 20.000 personnes, dont un millier d’enfants, y ont perdu la vie, souvent dans l’indifférence. Combien de drames devons-nous encore déplorer sur les routes migratoires? Ne pas laisser des êtres humains mourir en mer est un préalable à toute réforme de la politique sur l’immigration (...) Elle doit prendre acte de ce que sont et seront les migrations au XXI siècle plutôt que de s’arranger avec un déni massif de la réalité et un mépris généralisé de nos valeurs les plus fondamentales. Est-ce la banalisation des naufrages et la déshumanisation de la société qui s’ensuit que nous voulons ?"

Face à cette tragédie, a rappelé la Princesse de Hanovre, "la Principauté entend contribuer à l’effort commun".

Un dispositif d’accueil

L’État monégasque soutient financièrement différents programmes en faveur des déplacés et réfugiés, que ce soit à travers l’ONU, le Conseil de l’Europe ou encore l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

La Principauté collabore, aussi, activement avec la communauté de Sant’Egidio en Italie, une ONG qui a établi des corridors humanitaires pour accueillir les plus vulnérables en Europe.

"Monaco a développé ces dernières années un dispositif d’accueil complet qui permet d’assurer la prise en charge de familles dans le cadre de leur réinstallation pérenne", a ajouté celle qui est aussi présidente de l’AMADE, laquelle agit en faveur des migrants non accompagnés.

"Si le monde se fracture, la Méditerranée doit nous unir. C’est en progressant ensemble que nous rendrons notre région plus forte, plus inclusive et plus prospère"

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