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Menton est-elle toujours une station climatique?

Son microclimat spécifique qui a provoqué l’afflux des Britanniques existe-t-il toujours ?

Yann Delanoë Publié le 16/06/2021 à 10:11, mis à jour le 16/06/2021 à 15:16
Garavan, lové entre montagne et mer, a bien un climat particulier. Photos Jean-François Ottonello
Au Val Rahmeh, les espèces de l’hémisphère Sud s’épanouissent... (Photo archives J.-F.O.).

Menton a-t-elle encore les spécificités qui ont fait d’elle une station climatique depuis 1919? Si l’ensoleillement y est de 316 jours par an, et qu’elle est connue pour son hygrométrie particulière, le changement climatique, et la météo particulièrement pluvieuse du mois dernier, posent question. Le microclimat mentonnais, et en particulier de Garavan, existe-t-il toujours?

Selon Anthony Brunain, de l’association Nice Météo 06, composée de passionnés de météo et d’orages et qui compte 13 stations météorologiques sur le département des Alpes-Maritimes, il y a bien un microclimat à Menton. Qui ne se concentre pas forcément sur le quartier même de Garavan mais qui reste très localisé. "La première raison est liée à la topographie, au relief de la ville. Entre Villefranche et Menton, on trouve très près de la mer des collines, un relief d’environ 500m d’altitude. Mais à menton il y a surtout le Mont Agel et ses plus de 1100m d’altitude à moins d’un kilomètre du bord de mer. Cette configuration fait qu’il y a des différences de température très grandes sur une distance très courte. Plus on est en altitude plus les températures sont basses. Sur ce secteur on a un phénomène très accéléré, du fait de ce dénivelé exceptionnel. Ce qui crée une forte condensation, car il y a beaucoup d’humidité du fait de la présence de la mer. C’est ce qui forme le brouillard que l’on connaît au-dessus de Menton, en particulier du côté de la Turbie, et qui impacte la ville, avec ses entrées maritimes..."

Plus frais le jour, plus chaud la nuit

Mais ce n’est pas la seule particularité météorologique du secteur: "Deuxième particularité, l’influence d’un vent dominant d’Est, qui fait qu’il y a toujours un air moins chaud à Menton en journée. Il y a une dépression qui se forme régulièrement entre Menton et la Corse dans le golfe de Gênes. C’est ce qui crée ce vent d’Est sur la ville, qui provient de la mer donc qui est plus frais, et amène une température plus régulée, plus tempérée à Menton. Alors que le vent d’Est, quand il arrive jusqu’à Cannes, vient de terre, et est donc beaucoup plus chaud. Ce qui fait qu’en journée il fait plus frais à Menton qu’à Cannes. À l’inverse, la nuit, on a à Menton les températures qui descendent le moins. Les nuits y sont plus chaudes qu’ailleurs dans le département".

Et Anthony Brunain de rappeler: "Menton a longtemps détenu le record national de la nuit la plus chaude, avec une température qui n’est pas descendue en dessous de 30,3°C une nuit lors de la canicule de l’été 2003. Un record battu le 1er août 2017 en Corse avec une nuit pendant laquelle la température n’a pas été inférieure à 30,5°C."

 

C’est donc le secteur où il y a le moins d’amplitude de température. "Celle de la mer se situe, au plus haut, à 26 - 27°C et tempère les environs et comme le relief est important et très proche, entourant la ville, l’air est moins brassé et les températures restent assez stables. Alors que du côté de Cannes, du fait qu’il y ait une grande plaine avant le relief et la présence de la Siagne, les nuits sont beaucoup plus fraîches. Et les phénomènes de gel sont plus présents alors qu’à Menton et même à La Turbie à 400 ou 500m d’altitude ils se font de plus en plus rares, au fil des années".

Ressentis différents

Un climat donc, que les Britanniques de l’époque adouberaient toujours? Qui serait toujours loué pour ses propriétés médicales?

"Il faut aussi parler de températures ressenties..." tempère Anthony Brunain. "28°C avec une humidité à 75%, on peut avoir un ressenti au-delà de 40°C. Or à Menton, il y a beaucoup d’humidité. Avec ces fameux « retours d’Est" qui provoquent des averses très localisées souvent au-dessus de la ville. C’est pour ça qu’on y trouve une hygrométrie très importante. Parfois il vaut mieux 40° sans humidité que 30 avec beaucoup d’humidité...» Une humidité bien présente, avec des températures plus fortes: "Sur les mesures des 20 dernières années le réchauffement climatique est constaté. Avec une certaine accélération des canicules. Et des chaleurs de plus en plus précoces. Le seuil de chaleur est fixé à 25°C. Un seuil qui est de plus en plus fréquemment atteint en mars, alors qu’il y a 20 ans il était atteint seulement fin avril voire en mai..." Ce qui peut conduire à un temps lourd, à la moiteur ressentie ces derniers jours. Supportable, Mais pas forcément agréable. Que connaissaient déjà les gens de l’époque? Le docteur Bennett n’est plus là pour le dire... mais les agrumes, eux, ont toujours adoré.

 

 

Tout a commencé avec l’arrivée du docteur James Henry Bennett à Menton. En 1859, devenu tuberculeux, il décide de quitter son Angleterre natale afin de "mourir dans un endroit tranquille".

Son lieu de prédilection: Menton, où finalement, de manière surprenante, son état de santé s’améliore considérablement.

Deux ans plus tard, guéri, il installe un cabinet médical à Menton, ouvert tout l’hiver. L’été, il retourne voir ses malades en Angleterre.

En 1861, il publie un ouvrage dans lequel il fait la promotion de la ville dont il met en exergue la vocation à devenir une station climatique. Grâce à son impulsion, Menton s’équipe pour recevoir des malades venus du monde entier et devenir une station climatique médicale de renom. En 1868, le rail met Menton à 23 heures de Paris et l’année suivante, la jonction avec le réseau italien est faite, ce qui facilite la venue des Italiens, des Autrichiens, des Allemands et des Russes.

 

En 1873, sur les conseils de James Henry Bennett qui vante les bienfaits du climat mentonnais, l’écrivain R.L. Stevenson vient se soigner à Menton. Comme lui, d’autres personnalités viendront dans la cité des citrons pour son climat "guérisseur": William Webb Ellis, inventeur du rugby, Thomas Carlisle, John Richard Green, James Andrews...

Essor des médecins

L’afflux des malades venus du monde entier, et notamment d’Europe du Nord, atteint le chiffre de 600 familles en moyenne dans les années 1880. Ils

arrivaient à Menton pour la dernière semaine du mois d’octobre et y séjournaient tout l’hiver jusqu’à la fin d’avril ou mai.

"Dès 1861 la clientèle des patients était suffisante pour occuper, outre les deux Mentonnais Bottini et Farina, deux médecins britanniques et un français, Bonnet de Malherbes. Les Britanniques sont cependant si nombreux que dés 1867 si l’on en croit Yriarte dans Le Monde illustré: « le village est devenu « un bourg anglais". Et à Menton la liste des médecins ne cesse de s’allonger; en 1877 on en recense 15: 5 Français, 5 Britanniques, 2 Allemands, 1 italien, et 2 mentonnais naturalisés français. Parmi

ces praticiens, une bonne trentaine ont publié des ouvrages faisant état des possibilités d’accueil de la station, de conseils pour les malades, des prix de l’hôtellerie, des curiosités à

 

visiter, des promenades à envisager selon l’état des malades; ce sont de vrais guides touristiques, publiés en français, italien, anglais, hollandais et allemand » écrit Rolland Ghersi, de la Société d’art et d’histoire du mentonnais, dans James Henry Bennet, créateur de la station climatique de Menton, disponible dans les recherches régionales du Département06.

Menton devient officiellement, en 1919, station climatique.

Au jardin du Val Rahmeh à Garavan, pas de doute pour Christophe Joulin, responsable du site: "Il y a bien, toujours, un climat particulier ici, avec des spécificités très locales. Garavan, ça fait comme un amphithéâtre avec la montagne derrière... Il y a toujours ici 1 ou deux degrés de plus qu’à Nice. Et plus près vers la frontière, il fait même un peu plus chaud: au jardin Maria Serena, il doit y avoir un degré de plus, du fait de la présence de la falaise, qui renvoie, la nuit, la chaleur..." Et d’illustrer concrètement: "On a, dans le jardin, des Dendrocalamus Asper, les plus grands bambous du règne végétal... Ici, ils passent l’hiver sans encombre. Or à Nice, ils ne tiennent pas..." Un climat qu’il voit évoluer, en fonction des espèces: "Il y a 20 ans on avait essayé les litchis. Ça ne prenait pas. Aujourd’hui, on a des litchis qui, depuis l’an dernier, font même les fruits... En termes de mesures, en 20 ans, on voit que les températures ont augmenté d’un degré et demi. Mais les plantes s’adaptent..."

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