Malgré la crise énergétique, les commerçants de Menton ne manquent pas d'idées pour réaliser des vitrines de Noël féeriques

Fin d’année oblige, beaucoup de commerces mentonnais se mettent aux couleurs de Noël. Parmi eux, quelques-uns dépassent la simple féerie pour proposer de véritables œuvres d’art.

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A. R. et Y.D. Publié le 01/12/2022 à 11:51, mis à jour le 01/12/2022 à 11:50
Si de nécessaires économies d’énergies doivent être réalisées, commerçants et artistes de Menton ne manquent pas d’idées pour écarquiller les yeux des petits et des grands en confectionnant des tableaux féeriques. Photo Jean-François Ottonello

En ce premier jour du mois de décembre, les pères Noël, Nutcrackers, bonshommes de neige, rênes et autres bestioles féeriques ont investi la plupart des magasins mentonnais. Parallèlement aux décors mis en place par la Ville. Une manière d’attirer les clients – ou, tout simplement, de leur faire plaisir – en magnifiant les fêtes de fin d’année dans leur vitrine.

La tradition, surtout associée aux grands magasins parisiens et à leur déluge d’automates, serait née en 1874 chez Macy’s – à New York. Avant que le grand magasin Au Bon marché ne donne le la, en France, en 1909.

Depuis, rares sont les boutiques à échapper à ce folklore. Même à l’heure de "l’abondance c’est fini" et des contraintes énergétiques.

Dans la cité des citrons, quelques-unes vont plus loin qu’une simple évocation de Noël en proposant à leurs clients (ou futurs) une véritable expérience. Qui se poursuit bien souvent à l’intérieur de l’échoppe. Aperçu.

Philippe Gruez a pris pour habitude de changer sa vitrine toutes les trois semaines. Photo Jean-François Ottonello.

Décoration (Maison) haute voltige

Responsable de la boutique Maison haute, ouverte le 1er octobre 2021 rue de la République, Philippe Gruez a toujours voulu créer des vitrines. Lui qui gérait pourtant un portefeuille immobilier jusqu’alors. "C’est le métier que je voulais faire au départ quand j’étais jeune. Décorer les vitrines des grands magasins, faire les décors de théâtre. J’aime ce qui est éphémère, ce qui est théâtral… Une vitrine, ça doit être un conte de fées. Là, en l’occurrence, un conte de Noël… Une vitrine, c’est pour attirer le regard, attirer les gens, se faire remarquer, faire en sorte que les gens entrent", explique-t-il.

"Surprendre"

Comme les lettres d’or apposées sur la devanture l’indiquent, Philippe Gruez est un véritable artisan décorateur. Sa vitrine, il la change toutes les trois semaines.

"Du coup, on a des clients qui passent souvent rien que pour la voir." Celle qui est actuellement visible – dans les tons rouge et vert – changera donc avant Noël. Pour une autre vitrine de Noël. "On essaye toujours de surprendre un petit peu, de montrer aux gens ce qu’ils peuvent faire chez eux avec ses objets… Là, par exemple, on a présenté des boules de Noël sur un vieux chandelier. J’ai des clients qui ont aimé l’idée et qui m’ont acheté exprès des chandeliers… La prochaine fois, on va partir sur une vitrine blanc et or, un peu plus axée sur les arts de la table…"

Philippe Gruez indique avoir toujours plusieurs vitrines d’avance en tête… Parce qu’il s’inspire dans les magazines, et plus largement des choses qu’il voit un peu partout. "Une fois, par exemple, je suis tombé sur un tissu d’ameublement avec des montgolfières dessus que j’ai trouvé magnifique, et ça m’a donné l’idée d’une vitrine."

Quant au sapin que les visiteurs peuvent voir à ce jour, il en est déjà à sa deuxième version: "J’ai fait un premier sapin avec notamment des motifs animaliers. Puis j’ai eu une autre idée, et, il y a quelques jours, j’ai tout enlevé et tout refait… Sur un tout autre style!"

Toutes les trois semaines, l’artisan décorateur change également tout dans son magasin: la disposition, les objets, les thèmes. Il se renouvelle sans cesse.

Ambiance barock’n’roll

L’intérieur de sa boutique est à l’image de la vitrine: un peu barock’n’roll, entre traditionnel et transgressif. Scintillante et feutrée, surprenante et rassurante, électrique et chaleureuse. Folle. Éclectique. Philippe y reçoit comme dans son salon. Et sa vitrine est une véritable fenêtre sur son univers. Ou plutôt sur son jardin, avec des senteurs qui évoluent selon la saison, le chant des oiseaux en fond sonore…

Ce n’est pas la première fois que Philippe se fait remarquer avec sa vitrine il a gagné le concours organisé par la Ville de Menton pendant la fête du citron. Avec un superbe décor sur le thème de Joséphine Baker. "C’était chouette de gagner mais ça nous a surtout fait connaître. Et ce bien au-delà de Menton puisque la vitrine a été repérée par des gens de Monaco. Luis, le fils de Joséphine Baker, y a été sensible. Et les gens en ont beaucoup parlé…"

Chaque année, les équipes du fleuriste Stanislas Ducreux s’investissent pour proposer l’une des plus belles vitrines de la ville. Photo Y.D..

Stanislas Ducreux: l’incontournable

Pour qui aime les fêtes et vit à Menton depuis suffisamment longtemps pour le connaître, la vitrine du fleuriste Stanislas Ducreux est un passage obligé à l’approche de Noël. Car c’est un fait: le commerce de l’avenue Carnot en envoie toujours plein la vue. Au point que les passants s’arrêtent volontiers sur le chemin. "L’an dernier, on avait plus fait la vitrine pour nous, avec nos goûts. Cette fois-ci, elle est davantage tournée vers la magie de Noël. Et plus orientée vers les enfants, notamment avec le carrousel", indique Amélie Rabisse. En extérieur, deux fresques très colorées – réalisée par une société varoise – attirent le chaland. D’un côté, un cheval à bascule. De l’autre, une voluptueuse boule de Noël. Et, émanant de l’intérieur, un entêtant fumet orange-cannelle. "Beaucoup de gens rentrent rien qu’à l’odeur!"

"Attendus au tournant"

"Noël représente une réelle manne financière, c’est une grosse partie de notre chiffre d’affaires. Alors on ne peut pas se louper. Et comme Stanislas a une certaine renommée, il est attendu au tournant", souligne la fleuriste pour justifier l’ampleur des décorations offertes à la vue. "Une telle vitrine, cela se pense dès le mois de janvier. On se rend dans des salons spécifiques tels que celui de Francfort. On fait des achats en conséquence", poursuit-elle, désignant des petits motifs rigolos.

L’installation demande deux semaines pleines aux équipes – neuf personnes à l’année, auxquelles s’ajoutent des contrats en extra pour cette période exceptionnelle. "Nous avons un peu laissé tomber la Toussaint, de plus en plus investie par la grande distribution. Alors dès le 1er novembre, on a déjà la tête dans Noël", glisse Amélie Rabisse.

La hausse des prix de l’énergie a-t-elle poussé à réduire la voilure? Pas vraiment. "Le magasin est équipé de LEDs depuis un moment. Cela étant, on a encore plus joué le jeu. Nous avons mis une horloge sur la vitrine pour qu’à 22h tout s’éteigne."

Les images de la devanture, partagées sur les réseaux sociaux, ont déjà tapé dans l’œil de nombreux internautes. "Stan, quand je vois tes décors, je crois encore au Père Noël", plaisante à moitié l’une d’entre eux. Rejointe par une autre Mentonnaise résolument séduite:

"Votre vitrine est magnifique! Nous sommes passés devant il y a quelques jours et avons retrouvé notre âme d’enfants…"

Sébastien Sanz s’est fait connaître des commerçants grâce au bouche-à-oreille. Photos A.R..

Des peintures à l’acrylique signées Sanz

Il signe discrètement Sanz, avec les barres des lettres S et Z qui se rejoignent sur le haut. Et n’oublie jamais d’ajouter son numéro de téléphone dans le prolongement de sa griffe. C’est que Sébastien Sanz travaille principalement grâce au bouche-à-oreille. Misant sur la satisfaction de ceux qui lui ont passé commande pour séduire de nouveaux commerçants à l’affût.

Arrivé à Menton en 2013, l’artiste ne se destinait pas forcément à ce métier – devenu tardivement son activité principale. "Je n’ai pas trop de diplômes mais j’avais un don pour le dessin. Un jour, je suis allé proposer mes services au culot pour une vitrine. Voyant le résultat, un autre commerçant a voulu que je lui décore aussi la sienne."

"On me fait confiance"

Cette règle simple de transmission s’applique dans la cité des citrons. Et grâce aux bons conseils des uns et des autres, ses œuvres se multiplient dans la ville au gré des saisons. Principalement pour la Fête du citron, pour Pâques. Et pour Noël, bien sûr.

En cette fin d’année, on retrouve ainsi ses motifs au U express de la rue Partouneaux (fidèle depuis plus de cinq ans), à la saladerie Iceberg, au restaurant La Table d’oc, ou encore sur les vitrines d’une série de magasins dans le Careï – un garage, une boulangerie, une épicerie, un restaurant portugais…

La plupart du temps, Sébastien Sanz a carte blanche. "Les commerçants me connaissent et me laissent choisir. On me fait confiance." Dans les rues de Menton, ce sont avant tout ses petits motifs mignons ainsi que ses animaux qui marquent les esprits. Mais l’artiste assure ne pas avoir de thème de prédilection. Dessinant volontiers des paysages, des trucs enfantins, des animaux…

"J’essaie surtout de varier selon les années pour ne pas me répéter. J’ai un book, je pioche dans un dessin, je le modifie. Parfois, passer simplement d’une vitrine en couleurs à quelque chose de seulement bicolore, ça change tout. Un des dessins que j’ai fait cette année avait été pensé, à l’origine, pour l’automne. Je l’ai repris en mode hiver en rajoutant quelques personnages."

D’un point de vue technique, Sébastien Sanz utilise de la peinture à l’eau – acrylique. Et esquisse depuis l’intérieur ou à l’extérieur de la vitrine, selon l’effet attendu. "Quand c’est fait de l’intérieur, cela me demande de dessiner à l’envers mais j’ai l’habitude. Il s’agit de savoir mettre les couleurs. Je fais d’abord un croquis en noir, puis du coloriage", résume-t-il. Précisant qu’une vitrine simple représente environ trois heures de travail.

Les retours? "On m’appelle parfois. Des commerçants me disent que des gens ont aimé et me donnent leurs coordonnées. Des fois on m’aborde quand je peins, aussi." Et c’est ainsi que peu à peu, Sébastien Sanz parvient à conquérir de nouveaux espaces. Et à faire davantage régner son univers onirique.

Au marché, la boucherie Caveriviere s’est mué en atelier du père Noël. Photo A.R..

La magie de Noël s’invite aussi au marché des halles

Pas besoin d’avoir une vitrine au sens propre du terme pour se mettre aux couleurs de Noël. Au marché des halles, le stand de la boucherie Caveriviere en est le parfait exemple. Faute de vitres, c’est sur le toit de la boutique que les festivités se sont invitées. Avec ses pères Noël à foison, sa papardelle de cadeaux, sa tribu d’ours et sa forêt de sapins enneigés, impossible de la manquer. "On faisait déjà une décoration sur l’ancien stand mais depuis qu’on est ici, on se concentre davantage dessus. La boutique proposant du haut de gamme, la décoration doit suivre", justifie le responsable, Yoann Caveriviere.

Dix heures de travail

Cela fait depuis le mois de septembre que son épouse, Marine, y réfléchit. Entre autres parce qu’il faut commander des éléments, et étudier l’implantation des divers motifs. Pour certains réalisés à la main. "C’est elle qui a fait la cheminée. Quant aux sapins, c’est son petit frère, Louis, qui les a fabriqués en palettes."

Quand les délais le permettent, l’équipe de la boucherie se cale sur le thème suggéré par la Ville pour les fêtes de fin d’année. Cette fois-ci: l’atelier du père Noël. "Les années précédentes, avec le Covid, ça avait été plus compliqué, alors on avait surtout misé sur les couleurs de Noël. L’essentiel c’est que tous les ans on décline un thème différent."

Le montage a été réalisé lundi dernier, jour le plus calme à la boucherie. Un timelapse de l’installation sera d’ailleurs posté sur les réseaux sociaux prochainement. "Avant cela, il a fallu aller tout chercher dans les entrepôts. On a, heureusement, tout reçu dans les temps mais cela demande une sacrée logistique…"

S’il fallait retenir deux chiffres clés? Il aura fallu dix heures, à quatre. Et, bien sûr, un investissement financier.

"Les gens attendent ça impatiemment parce qu’ils savent que la décoration vaut la peine. C’est sympa de faire un effort pour les clients. D’autant que ce n’est pas un véritable effort. Je vois plus cela comme une forme de récompense pour eux, dans l’esprit de Noël", poursuit Yoann Caveriviere. Lui qui aime retrouver cette ambiance quand il se rend chez un autre commerçant, et s’attache donc à la réciprocité.

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