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Leur jeune maison de couture est menacée par la crise sanitaire à Nice, ils se réinventent pour résister

Mis à jour le 04/08/2020 à 11:42 Publié le 04/08/2020 à 11:11
Alexandre Yao et Serge Oponou, papes de la sape niçoise, « patrons » de couture.

Alexandre Yao et Serge Oponou, papes de la sape niçoise, « patrons » de couture. Photo DR

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Leur jeune maison de couture est menacée par la crise sanitaire à Nice, ils se réinventent pour résister

Serge Oponou est fashion designer. Alexandre Yao ingénieur. Le duo a créé une maison de couture: "Le Point français". Une success story made in Nice bousculée par la crise du Covid.

C’est au 131, boulevard de La Madeleine, à Nice-Ouest, un atelier en enfilade, couturières appliquées penchées sur des machines, surjeteuses ultramodernes ou vieilles Singer, étoffes et bobines colorées. On est ici, entre portants, piques et repiques, au cœur du "Point français", une toute jeune maison de couture made in Nice.

Elle a été créée fin 2018 par Serge Oponou et Alexandre Yao. Le premier, 40 ans, est un ancien sportif de haut niveau, créatif à fleur de peau, un inventif qui a raccroché l’art martial pour l’art de la sape. Le second, 33 ans, est l’intello du duo, homme de chiffres, ingénieur des Arts et métiers et diplômé de HEC.

Une modéliste à l’ouvrage, dans les ateliers.
Une modéliste à l’ouvrage, dans les ateliers. Photo DR

Une robe pour Nicole Kidman

Il y a une quinzaine d’années, Serge Oponou a arrêté le taekwondo qu’il pratiquait à l’AS Monaco et s’est mis à peindre ses émotions.

Une amie galeriste trouve son travail intéressant et organise un vernissage qui connaît un franc succès. ça l’inspire: il se lance dans l’impression de tee-shirts avec "100 euros en poche", sourit-il rétrospectivement comme on s’amuse d’une tocade d’enfance.

D’abord, à la boutique Jean-Charles, avenue de Verdun à Nice, puis au 55 Croisette à Cannes et à Monte Carlo for ever à Monaco, ses créations font fureur.

Il se met alors à dessiner des robes, qui font craquer Nicole Kidman ou Estelle Hallyday. De fil en aiguille, la marque Oponou devient incontournable des fashionistas et des bien fringués de la Côte d’Azur. Et puis, arrive une invitation pour Who’s Next, un salon de prêt-à-porter de renom qui se déroule pendant la fashion week à Paris. Consécration. Les commandes affluent.

Entré dans la cour des grands, Serge Oponou doit se professionnaliser. II fait appel à un ami d’enfance, pro du business: c’est là que débarque Alexandre Yao. Les deux hommes s’associent.

Dans les deux ateliers de La Madeleine, pas moins de vingt-cinq employées.
Dans les deux ateliers de La Madeleine, pas moins de vingt-cinq employées. Photo DR

25 salariés et 25.000 masques

"On avait la marque, on a d’abord voulu faire produire par d’autres. Mais, à Nice, qui était autrefois un bastion de la couture: personne. Dans la région, personne non plus pour répondre sur la qualité et les délais. Il fallait qu’on ait notre propre outil de production", raconte Alexandre Yao.

Ils ouvrent un premier atelier à Sainte-Marguerite, puis, très vite à l’étroit, s’installent boulevard de La Madeleine en septembre 2019.

Ils passent d’une employée à vingt-cinq: un responsable image, une modéliste, des cheffes d’ateliers, des couturières et de fines aiguilles. Ils honorent leurs commandes et peuvent même se permettre de fabriquer pour d’autres marques locales: Chacok, ELOAB etc. Sucess Story.

Jusqu’au Covid. "Là, patatras, nos clients ne nous paient plus, les boutiques sont fermées…", se souvient Alexandre Yao.

Ils baissent le rideau trois semaines le temps de se réinventer. "Le seul truc qu’on pouvait faire, c’était des masques". Ils en produisent. À la chaîne. 25.000.

Savoir-faire sur mesure.
Savoir-faire sur mesure. Photo DR

Sur un fil

Ça leur permet de préserver les emplois. Celui de Violetta, une mère de famille lituanienne, venue frapper à la porte de l’atelier il y a quelques mois. Celui de Gladys, la cheffe d’atelier qui a trois gamins à nourrir.

Mais, très vite, la demande de masques retombe. Il faut à nouveau imaginer, créer.

À ce moment-là, l’Agence régionale de Santé (ARS) leur commande 12.000 surblouses pour les hôpitaux de la région. Un marché comme tombé du ciel. Pour tenir les cadences, ils ouvrent un atelier qui a des allures d’usine sur le trottoir d’en face.

La machine est repartie. Mais elle ne tient qu’à un fil.

Serge Oponou et Alexandre Yao en ont douloureusement conscience: "Le prêt-à-porter a du mal à redémarrer. Nous, on produit en France, en circuit court, c’est un vrai défi. on est en concurrence avec des gens qui produisent à bas coût à l’étranger. On est éligibles au prêt garanti par l’État mais on n’a pas encore reçu un centime. Il faut une prise de conscience des collectivités."


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