"L’État est neutre": le sous-préfet de Draguignan fait un bilan d'étape sur les nouvelles hélistations dans le Golfe 

Le sous-préfet de Draguignan, Eric de Wispelaere, dresse un bilan d’étape de la problématique liée aux survols d’hélico, à la lueur de l’avis rendu récemment par l’Autorité environnementale.

Propos recueillis par Emeric Charpentier Publié le 28/04/2020 à 22:30, mis à jour le 04/05/2020 à 10:15
Le sous-préfet de Draguignan, Eric de Wispelaere. Photo A. Lebel

La question n’en finit pas de faire débat: celle des survols d’hélicoptères au-dessus du Golfe de Saint-Tropez et plus précisément des nouvelles hélistations qui pourraient y voir le jour à plus ou moins long terme.

Sur ce point, l’avis que vient de rendre la Mission régionale d’autorité environnementale est pour le moins critique (voir notre édition du 24 avril) et a du reste été salué par les associations de riverains.

Mais pour autant, il ne vient pas "balayer un projet porté par l’État" comme tient aujourd’hui à le préciser le sous-préfet de Draguignan Eric de Wispelaere. Dans ce dossier "très compliqué et technique" dit-il, il dresse un bilan d’étape.

Pour vous, représentant de l’État, qu’en est-il donc de cet avis rendu par la Mission régionale?
Il faut d’abord replacer cette question des survols d’hélicoptères dans son contexte. Dans notre société moderne, on est de plus en plus souvent confronté à des conflits d’usage, d’occupation de terrain, de l’espace aérien, de nuisances de toutes sorties, etc. Ces conflits prennent une dimension particulière dans certains lieux et le Golfe de Saint-Tropez en est un, unique sur le territoire national en termes notamment de prix du foncier, de densité de population et d’occupation épisodique de l’espace par des personnes qui ont des résidences secondaires ou louent des villas de luxe, dans un territoire à l’origine rural. Au milieu de tout cela, on a des gens qui vivent ici et veulent le calme, d’autres qui y viennent en vacances. On a également des acteurs économiques très divers et il y a une évidence: les hélicoptères font partie du modèle économique du Golfe de Saint-Tropez, au même titre que les sociétés de taxis et de transport, de par sa situation géographique et ses moyens d’accès. Ce modèle, il est ce qu’il est, avec ses avantages et ses inconvénients. Maintenant, il est vrai que depuis une douzaine d’années, on est confronté sur le Golfe à une multitude de mouvements d’hélicoptères qui, par le passé rappelons-le, atterrissaient et décollaient d’à peu près partout! C’est le cas au regard de la réglementation nationale de 1995 pour les hélisurfaces en milieu rural à la différence des hélistations qui, comme à Grimaud, sont des aéroports organisés. La recherche de solutions qui a été initiée fin 2018 a été de considérer que la vingtaine d’hélisurfaces (et non onze) existant sur le Golfe multiplie les pollutions sonores sur un territoire somme toute assez petit. Des sociétés privées ont donc déposé des dossiers d’hélistation, quatre à ce jour. Ce n’est donc pas un projet de l’État. L’État est neutre et chargé qu’appliquer une réglementation qui est extrêmement transparente et protectrice de l’environnement.

 

"Il y a des projets très sérieux de barges en mer dans le Golfe”

Où en est-on à ce jour?
Compte-tenu des conséquences environnementales, la DREAL a pris en date du 28 novembre 2018 quatre arrêtés pour que ces dossiers fassent l’objet d’une étude au cas par cas. C’est dans ce cadre-là que l’État a demandé à ces sociétés d’engager des études environnementales, qui ont été rendues en ce début d’année. L’Autorité environnementale qui est un service d’État mais qui produit des avis indépendants, a formulé un certain nombre de recommandations, d’invitations à améliorer les dossiers. Mais ces avis ne sont pas une fin en soi, ils ne sont qu’une étape de la procédure. Une fois que les observations de la Mission régionale seront prises en compte, d’ici quelques mois en sachant que l’épisode épidémique ne facilite pas les choses et pour peu que les sociétés ne laissent pas tomber entre-temps, il y aura des études d’impact et des enquêtes publiques qui permettront à chaque citoyen d’apporter ses observations, ses contributions aux dossiers, avant un avis favorable ou non du commissaire enquêteur désigné par le tribunal administratif. C’est le préalable à la rédaction de projets d’arrêtés par le préfet autorisant la création de telle ou telle hélistation. On est donc loin du terme de la procédure, c’est un véritable parcours d’obstacles. Sans parler des juridictions administratives qui peuvent très bien être saisies sur la légalité des arrêtés de créations qui pourraient être pris par le préfet.

L’Autorité environnementale évoquait également une absence de solutions de substitution. Mais existent-elles?
Avec les évolutions technologiques, qui sont très rapides, un jour ou l’autre, les hélicoptères seront électriques, plus silencieux et respectueux de l’environnement. Plus près de nous, il y a des projets de création de barges en mer dans le Golfe. Il va falloir attendre la fin des élections municipales pour qu’on puisse en parler sans polémique mais je sais qu’il y a des projets très sérieux qui vont éloigner le problème des nuisances sonores sur terre. Ils ne répondront pas à la totalité des besoins mais ils permettront de repousser une partie de ces nuisances.

" L’idée serait d’installer un radar sur la presqu’île”

Dernier point, on parle de 12.000 mouvements par an sur le Golfe. Est-ce un chiffre fiable?
Quand j’ai été affecté ici en octobre 2018, je me suis aperçu que les statistiques évoquées sur le nombre de mouvements d’aéronefs par notre observatoire en haute saison étaient totalement insatisfaisantes. Faute de moyens de comptage, j’ai arrêté de donner des chiffres et d’ailleurs l’avis de l’Autorité environnementale prend en compte le fait que les mouvements étaient sous-estimés. Tout simplement parce qu’en dehors des sociétés d’hélicoptères qui interviennent sur le Golfe et travaillent comme des taxis aériens, il y a un certain nombre d’engins strictement privés. Il est probable que 25 à 30 % de l’activité aéronautique sur le Golfe résultent de ce parc privé, qui appartient à des propriétaires de villas, de yachts. Il est donc probable qu’une bonne partie des nuisances sonores ne vient pas des sociétés d’hélicoptères mais de ces gens-là. On a réfléchi à la question avec les services de la Direction générale de l’aviation civile et de la gendarmerie des transports aériens qui a procédé à de nombreuses verbalisations. L’idée qui est en cours d’examen serait d’installer un radar sur la presqu’île de Saint-Tropez car les radars existant sont trop lointains et avec le relief distinguent assez mal ce qui se passe sur le Golfe. On pourrait ainsi identifier à la fois tous les mouvements et les propriétaires des hélicoptères. Tant que je n’aurai pas un système de comptage fiable, je reste prudent sur les chiffres mais on peut considérer puisque cela est avancé dans l’avis de l’Autorité environnementale que les 12.000 mouvements sont une base sérieuse de réflexion.

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