Les trois solutions d'Escota pour son chantier pilote décarbonné sur la future bretelle de l'A8 de Beausoleil

Depuis 2019, Vinci Autoroutes s’est engagé à réduire ses émissions de CO2. Dans les Alpes-Maritimes, la future bretelle de l’A8 fait figure de "chantier pilote" de cette politique de décarbonation.

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Marie Cardona Publié le 17/01/2023 à 08:31, mis à jour le 17/01/2023 à 19:40
L’enrobé est le plus gros poste d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle des réseaux de Vinci Autoroutes. Photo J.-P. Moulet

La future bretelle de sortie de l’A8, dite communément "de Beausoleil", est un chantier aussi attendu que scruté.

D’abord pour s’assurer que cette opération remplira bien sa mission première: désengorger l’accès à la Principauté pour les pendulaires arrivants de Nice.

Mais aussi pour maîtriser au maximum l’impact de cette nouvelle infrastructure sur l’environnement. Une précaution que la direction de la maîtrise d’ouvrage de Vinci Autoroutes n’a plus l’option d’ignorer à l’heure des grands bouleversements dus au changement climatique. Avec sa politique environnementale "Ambition Environnementale 2030", le concessionnaire autoroutier s’est engagé à réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre de ses chantiers d’ici à 2030.

Et les travaux de la bretelle de sortie de Beausoleil font figure d’opération "pilote" pour le réseau Escota* dans les Alpes-Maritimes. Principalement parce qu’il s’agit de la construction d’une nouvelle infrastructure à part entière et non de l’entretien d’ouvrage existant, comme c’est le cas de la plupart des chantiers du département.

"C’est le premier projet pour lequel nous avons pu mettre en place la majorité des paramètres que nous avons identifiés afin de maîtriser les émissions de gaz à effet de serre sur quatre postes d’émission principaux associés à nos chantiers: les enrobés, le béton, l’acier et les opérations de terrassement. En cela, le chantier de la bretelle de Beausoleil est particulièrement représentatif de notre engagement de décarbonation", explique Guillaume Lefebvre de Laboulaye, responsable environnement à la direction de la maîtrise d’ouvrage sur le réseau Escota.

Tour d’horizon des solutions mises en place.

*Pour rappel, Escota est une société du groupe Vinci Autoroutes qui gère 471 km d’autoroutes entre l’Esterel, la Côte d’Azur, la Provence et les Alpes.

Les enrobés composés d’un mélange de gravier, de sable et de bitumes sont les premiers postes d'émissions de CO2 Photo J.-P. Moulet.

1. Enrobés: un gain de 60 T de CO2

En amont des travaux, la phase d’analyse du chantier est primordiale. Elle permet de travailler sur l’optimisation des matériaux qui seront utilisés, le fret ainsi que la durée de vie de l’infrastructure.
Premier poste d’émissions de CO2: les enrobés.

Composés d’un mélange de gravier, de sable et de bitumes (mélange d’hydrocarbures issus de la distillation du pétrole), ils correspondent au revêtement de sol utilisé pour constituer la chaussée des routes.

De la fabrication au transport puis à la mise en œuvre sur les chantiers, "ils représentent un tiers de nos émissions de gaz à effet de serre [environ 34%, ndlr]", estime Guillaume Lefebvre de Laboulaye.

Plusieurs leviers ont été actionnés pour limiter cet impact, d’abord en optimisant les distances de transport entre les usines et le chantier.

"Dans le cas du chantier de Beausoleil, l’usine la plus proche est à Nice." Le choix des usines de fabrication en fonction du type d’énergie qu’elles utilisent pour la fabrication des enrobés est aussi central.

"Une tonne d’enrobés produite dans une usine au fioul lourd émet 23 kg de CO2. Quand une usine au gaz naturel en émet 16. On coupe environ un tiers de nos émissions."

Enfin, le recyclage du bitume d’anciennes chaussées est une solution tout aussi environnementale que financière. 

"45% des enrobés qu’on rabote sont réutilisés sur nos chantiers pour refaire nos propres revêtements." Le reste étant recyclé sur d’autres chantiers extérieurs au groupe.

Ainsi, sur les 600 tonnes d’enrobés posés sur le chantier de la bretelle de Beausoleil, 30% des sous-couches et 10% de la couche de roulement ont été composées à partir d’enrobés recyclés.

Mises bout à bout, toutes ses mesures ont permis "une économie d’environ 60 tonnes de CO2" sur ce poste d’émissions.

2. Des bétons moins carbonés

Deuxième poste d’émissions: le béton (25% des gaz à effet de serre du groupe). Nécessaire à la construction de diverses infrastructures comme les ponts, le béton est fabriqué à partir de ciment qui est traditionnellement composé de clinker (à 95%).

Il s’agit d’un mélange d’argile et de calcaire calcinés à très haute température.

"C’est précisément cette étape qui produit une forte émission de CO2": environ 970 kgCO2/tonne, selon les chiffres avancés par le groupe Vinci Autoroutes.

Solution: "On a privilégié des ciments moins carbonés type CEM III, qui n’altèrent en rien la qualité du matériau, assure le responsable environnement. Cela nous a permis un gain d’environ 150 tonnes de CO2 sur ce poste d’émissions".

Et d’ajouter: "Désormais, on creuse la question des ciments alternatifs. C’est un travail expérimental que nous menons sur des chantiers bien identifiés et sans risques".

3. Acier et terrassement

Troisième gros poste d’émissions sur les chantiers du réseau Escota: l’acier, pour 20%.

Là aussi, la réduction du volume de ciment et de béton, les alternatives moins carbonées ou les innovations sont autant de leviers à actionner pour faire des économies.

Pour autant, ils n’ont pu être testés sur le chantier qui nous intéresse "non pas en raison d’une problématique technique mais plutôt d’approvisionnement", confie Guillaume Lefebvre de Laboulaye.

Les opérations de terrassement, en revanche, ont été particulièrement importantes pour préparer un terrain aussi contraint que celui de ce nouvel échangeur.

Le nivellement du sol (en ajoutant ou retirant de la terre) implique l’intervention d’engins consommateurs d’énergie ainsi que l’utilisation de liants hydrauliques comme la chaux ou le ciment pour réaliser certaines couches de terrassement.

"L’objectif ici était de trouver l’équilibre. Sur le chantier de la bretelle de Beausoleil, nous n’avons pas eu besoin d’utiliser de la chaux. Quant aux 10.000 m3 de déblais produits par les travaux, nous n’en avons évacués que 20%. Pour le reste, 4.000 m3 ont été réutilisés sur la structure du chantier et 4.000 autres m3 ont servi au modelage paysager. Cela nous a permis un gain de quelques dizaines de tonnes de CO2."

Le chiffre

300. Grâce à ce bouquet de solution, "les émissions de CO2 ont pu être réduites de 300 tonnes sur ce chantier". "C’est environ 15% des émissions de gaz à effet de serre du projet."

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