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Les petites crevettes de la Sainte-Dévote

Mis à jour le 23/01/2016 à 05:06 Publié le 23/01/2016 à 05:06
La pêche au feu pour attraper les crevettes, une tradition monégasque qui se déroulait à la période de la Sainte-Dévote.
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Les petites crevettes de la Sainte-Dévote

Retrouvez chaque mois la chronique monégasque, réalisée et traduite par le Comité national des traditions monégasques

Autrefois, en janvier, vers la Sainte-Dévote, quand la nouvelle lune était de sortie, les pêcheurs à la ligne commençaient à s'inquiéter…

« Ils monteront, cette année ? S'ils font comme l'année dernière, on est beau… La lune, on est d'accord, il la faut, mais aussi un petit mistral ne ferait pas de mal… Moi j'ai demandé quelques jours de congé au chef, qui m'a fait promettre un loup ou une belle daurade… » Et ainsi de suite.

La tradition orale n'a pas gardé le souvenir des coups de marteau sur les doigts d'un menuisier, des coups de pinceau incontrôlés d'un peintre, des pesées approximatives d'un boutiquier ou des coups de râteau d'un croupier qui aurait donné gagnant une couleur au lieu d'une autre, tellement leurs pensées se perdaient du côté des digues…

Mais allez savoir combien de boules ratées, combien d'atouts, de tierces, de manilles gaspillés à cause de distractions intempestives au moment décisif… Cela pour tenter de faire comprendre l'état d'esprit de ces braves gens

Ils n'étaient pas tous pêcheurs mais beaucoup, d'une façon ou d'une autre, se tenaient informés de cet événement, pas national mais presque…

Une tradition, une culture…

Qui pouvait, descendait le soir se rouler une cigarette ou mâchonner la moitié d'un toscan sur les blocs de la digue du phare rouge - présumée meilleure - à examiner, à consulter la mer et le ciel comme pour deviner leurs intentions, chercher une alliance, voler une promesse, et les yeux se mettaient à clignoter par l'effort d'attendre que surgisse la manne annuelle des fonds du mystère.

Tout était prêt : la lampe à carbure, les seaux, le panier, la grosse épuisette, la canne à pêche et son scion, le moulinet bien graissé, le bas et les corps de ligne, les hameçons, les bouchons… Enfin, tout ce dont a besoin un bon pêcheur.

Tout était prêt. Chacun était impatient comme un jouvenceau à un rendez-vous amoureux.

Tout était prêt. Il ne manquait plus qu'elles…

Elles ? Qui elles ?

Les petites crevettes. Ces petites crevettes (leur nom en latin est « Meganyctiphanes norvegica »), originaires de l'Atlantique boréal et qui, avec le nom de « Krill », sont les éléments de base de la chaîne alimentaire des petits et grands cétacés, prolifèrent sur la côte ligure et en particulier dans les eaux monégasques.

Cette pêche traditionnelle était pratiquée depuis des générations à Monaco. Par une coïncidence saisonnière, on a pu y voir un miraculeux lien avec Sainte-Dévote, patronne de Monaco et protectrice de la ville et de la mer.

Pour attirer ces petites crevettes, on utilisait autrefois des techniques rudimentaires comme la pêche au feu. À partir de 1870, la technique s'améliore grâce à l'invention de la lampe à carbure et on pêche désormais au lamparo. On ne les consommait pas : on s'en servait pour appâter avec des crevettes bien écrasées et du sable, une mixture parfaite pour rendre fou les poissons et pour servir d'amorce, deux crevettes tête-bêche.

On comprend l'engouement pour cette manne providentielle car, autrefois, la pêche constituait pour les foyers une ressource alimentaire non négligeable. De nos jours, les pêcheurs se font plus rares et c'est tant mieux car la prolifération du Krill permet de sauvegarder et de développer les populations de cétacés en Méditerranée.

Laissons la conclusion à René Stefanelli : « Les grands-pères se sentent désorientés par la disparition des paysages de leur mémoire et laissent le présent se tourner vers la poésie des temps anciens, car, comme a dit Paul Valéry, "la mémoire est l'avenir du passé". »

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