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Les gardes médicales en grande souffrance à Menton

C'est un mal chronique qui ronge depuis plus de quinze ans le système des gardes médicales. Elles ne sont désormais plus assurées en semaine, seulement le week-end et les jours fériés

Rachel dordor Publié le 09/06/2018 à 05:15, mis à jour le 09/06/2018 à 05:15
Les gardes médicales se sont réduites comme une peau de chagrin au fil des ans. Aujourd'hui, une solution s'avère urgente...
Les gardes médicales se sont réduites comme une peau de chagrin au fil des ans. Aujourd'hui, une solution s'avère urgente... J-F Ottonello

Les gardes médicales malades de la pénurie de médecins à l'est du département… Le problème est récurrent depuis de trop nombreuses années, et aujourd'hui, le mal progresse de manière irrémédiable !

Depuis son cabinet du centre-ville, le président de l'association « Médecins de Garde du Mentonnais », le docteur Jacques Chassery, tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme - sans doute l'ultime - et pointe du doigt l'indifférence générale tant de ses confrères que des collectivités territoriales, du conseil de l'Ordre…

Car depuis quelques jours, il faut le savoir, les gardes médicales ne sont plus assurées en semaine à Menton, Roquebrune-Cap-Martin, Sainte-Agnès, Gorbio et Castellar ; elles le sont seulement le week-end et les jours fériés. Et pour cause, ils ne seront bientôt plus que deux médecins à les assurer sur ce large territoire, (d'ici à la fin du mois), les docteurs Jacques Chassery et Cathijean Suf !

 

Les conséquences logiques d'un long et éprouvant diagnostic. « C'est pourtant inscrit dans le code déontologique. Mais ce n'est pas moins respecté ici qu'ailleurs… Certaines préfectures sont allées jusqu'à réquisitionner les médecins… »

Des praticiens vieillissants

Vieillissement des praticiens généralistes, absence d'investissement, mais aussi raréfaction des médecins libéraux à l'est du département… les gardes médicales sont dans un état critique, et les tentatives pour les réanimer paraissent inopérantes, tant l'effectif de médecins est à flux tendu. « Il devrait d'ailleurs atteindre un point de non retour d'ici à quatre ans au maximum », compte le docteur Chassery, étant donné l'âge avancé de certains d'entre eux.

« Cela fait vingt ans que j'exerce à Menton, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : d'une quarantaine de médecins généralistes entre Menton et Roquebrune en 1997, il ne reste que la moitié en activité et la majorité a plus de 60 ans, c'est d'ailleurs mon cas ! » confie le docteur Chassery. « Ceux qui sont partis n'ont parfois pas trouvé de successeur, et aujourd'hui, les plus de 60 ans - certains approchent même les 70 ans ou les ont dépassés et sont sur le départ - ne souhaitent pas assumer de garde après une journée de travail. Le médecin à l'ancienne est en voie d'extinction ».

À ce problème de vieillissement, ajoutez que « depuis une dizaine d'années - et cela n'est pas propre à Menton - 70 % des femmes formées préfèrent un poste à mi-temps ou salarié, plutôt qu'en libéral, afin de pouvoir élever leurs enfants ».

 

Les constats sont clairs et les cas compliqués, alors quelle solution ?

Le docteur Chassery est sceptique, mais garde encore un infime espoir.

« Si chaque médecin participait, cela ferait seulement quelques gardes par an… » Et la venue de nouveaux collègues ? « A l'heure des 35 heures, comment motiver les jeunes médecins à venir s'installer et à faire des gardes en plus de leur journée au cabinet ? D'autant que le foncier, les loyers et la vie sont bien plus chers qu'ailleurs sur notre secteur. Et puis, on nous accable de charges administratives et de responsabilités, qui nous prennent du temps » fait encore remarquer le docteur Chassery.

« Je partirai dans quatre ans à la retraite et ne chercherai pas à tout prix de successeur », finit-il par avouer.

Vers une maison médicale ?

Et si le chemin de la guérison empruntait celui d'une maison médicale ? Le projet n'est pas nouveau, il était déjà évoqué il y a quelques années pour palier cette pénurie de gardes (lire par ailleurs). Un lieu avait même été trouvé à côté de l'hôpital de Menton, l'ancienne clinique de l'Hermitage, qui n'existe plus aujourd'hui.

Jeudi dernier, lors de l'inauguration du service des Soins de suite et de réadaptation à La Palmosa, le maire Jean-Claude Guibal a annoncé à l'ensemble des professionnels de la santé présents, y compris le représentant de l'A.R.S. (Agence régionale de Santé) que la ville travaillait sur un projet de maison médicale : « Alors que l'hôpital se renforce, on ne peut pas voir notre territoire se désertifier sur le plan médical… Il faut motiver des partenaires privés à venir s'installer ici, à Menton et Roquebrune… »

Offre numérique MM+

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