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Les cent quarante ans de la Salle Garnier Falstaff vendredi avec un baryton-star

Mis à jour le 22/01/2019 à 05:16 Publié le 22/01/2019 à 05:15
Sarah Bernhardt à Monaco.	(DR)
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Les cent quarante ans de la Salle Garnier Falstaff vendredi avec un baryton-star

L’opéra de Monte-Carlo a été inauguré le 25 janvier 1879. Il y aura 140 ans vendredi prochain. « Falstaff » sera représenté pour la célébration de cet anniversaire

En cette soirée du 25 janvier 1879, des artistes, personnalités, hommes politiques sont venus de toute la Côte d’Azur et même de Paris. Parmi eux se trouvent Hippolyte de Villemessant, directeur du Figaro en personne, l’écrivain Stéphen Liégeard, inventeur du nom de « Côte d’Azur », le duc de Rivoli Victor Masséna, le baron Robert de Nervo, président de la Société des chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée, le maire de Nice François Malausséna. Les femmes arborent leurs bijoux, les hommes rivalisent d’élégance.

Dans la salle débordant de fleurs, tout le monde admire la splendeur du décor, l’abondance des dorures, des sculptures, des peintures, des stucs, des velours, des cristaux, des candélabres. On n’a jamais vu décor aussi opulent. Dans la loge princière prend place le prince Charles III. Âgé de 69 ans, le glorieux souverain créateur du quartier de Monte-Carlo semble bien vieilli. Il est veuf, presque aveugle. À ses côtés se trouve sa sœur, la belle princesse Florestine, mariée au duc de Wurtemberg.

L’événement est d’importance : on va inaugurer le nouvel opéra de Monaco. Il deviendra l’une des grandes salles d’art lyrique du monde.

L’architecte de la salle est le même que celui de l’opéra de Paris, Charles Garnier. C’est, d’ailleurs, pour remercier la principauté de Monaco d’avoir largement financé la construction de l’Opéra de Paris au moment où la France était ruinée par la guerre de 1870 que Charles Garnier a accepté de construire l’opéra monégasque.

Temps record

Les ouvriers ont travaillé jour et nuit - et cela grâce à une invention récente : l’électricité. Une locomotive à vapeur, installée en bas du chantier, actionnait une dynamo.

En ce soir du 25 janvier 1879, la salle sent encore la peinture fraîche. Les dernières couches ont été passées dans l’après-midi. Le journal de Monaco rapporte : « A 14 heures, alors que l’orchestre prenait place pour la répétition, la scène était encore tout encombrée d’échelles aux dimensions invraisemblables où les peintres étaient juchés pour achever les frises. »

Tout le monde retient son souffle. Et voilà qu’apparaît sur scène une comédienne que le tout-Paris a surnommée « la Divine » : Sarah Bernhardt. Elle a 35 ans, un corps de rêve.

Elle s’avance, pieds nus, chevelure en cascade, sur un décor de rocher surplombant la mer. Enveloppée dans les voiles de sa robe, elle brandit des deux bras des bouquets de palmes, telle une naïade surgie de la Méditerranée. Elle récite la longue tirade que le poète toulonnais Jean Aicard, membre de l’Académie française, a écrite pour elle. Le long enchaînement frémissant des alexandrins s’achève ainsi : « Et vous, peintres, sculpteurs, musiciens et poètes/ Et toi, le bâtisseur du palais merveilleux/ Artistes, j’ai cueilli ces palmes pour vos têtes !/Soyez loués, vous tous qui réveillez les dieux ! »

Alors le public, débout, éclate en applaudissements. Stéphen Liégeard racontera : « Par-dessus l’ouragan des bravos d’où grêlaient des fleurs, retentit encore à notre mémoire le bruit des applaudissements que deux fois l’assistance, debout, décerna à celui dont elle acclamait l’œuvre : Charles Garnier. »

Après un concert au cours duquel se produira la cantatrice vedette Caroline Miolhan-Carvalho, créatrice des rôles de Marguerite, Juliette et Mireille dans les opéras « Faust », « Roméo et Juliette » et « Mireille » de Gounod, Charles Garnier est appelé par la princesse Florestine. Elle noue autour de son cou le ruban de Commandeur de l’ordre de Saint-Charles. Dans un discours, Charles Garnier rappela qu’au temps de la jeunesse, il déclarait « vouloir être Dieu ou architecte ».

Ce soir-là, il avait exaucé la moitié de son vœu…

Pour la célébration de la Salle Garnier sera représenté l’opéra de Verdi, « Falstaff ». Composé à l’âge de 81 ans, en 1894, c’est le seul opéra-comique de Verdi.

« Falstaff » a été représenté pour la première fois à l’Opéra de Monte-Carlo en 1919, c’est-à-dire il y a cent ans, sous la direction du grand chef Vittorio de Sabata.

La mise en scène du spectacle de vendredi prochain sera celle, extraordinaire, créée il y a neuf ans par Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, qui situait l’action dans un… poulailler. Tous les personnages avaient été transformés en poules et coq - le coq étant, bien sûr, le personnage de Falstaff.

À l’époque, Jean-Louis Grinda avait eu l’audace de faire apparaître le célèbre baryton Brynn Terfel dans un habit couvert de plumes. C’était la première fois de sa carrière que cela lui arrivait !

Cette mise en scène, louée par la critique internationale, a été par la suite reprise sur plusieurs scènes du monde. Vendredi prochain, ce n’est plus Brynn Terfel qui incarnera le personnage principal mais une nouveau baryton-star, Nicola Alaimo, qui a chanté ce rôle à l’opéra de New York.

Quant au chef d’orchestre, Maurizio Benini, il appartient un peu, lui aussi, à l’histoire de la Salle Garnier. C’est lui, en effet, qui dirigea en 2005 l’opéra le « Voyage à Reims » de Rossini, pour la réouverture de cette salle lorsqu’elle fut restaurée. Deux ans de travaux et 26 millions d’euros avaient été nécessaires.

Cette seconde inauguration, après celle de 1879, eut lieu lors de l’intronisation du prince Albert II.

L’intérieur du Monte Carlo Casino théâtre en 1878-1879.	(DR)
Falstaff à l’opéra de Monte-Carlo.	(DR)

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