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Les anecdotes du Festival

Mis à jour le 26/07/2019 à 10:08 Publié le 26/07/2019 à 10:07

Les anecdotes du Festival

La balade dans l’Histoire du Festival évoque cette fois les petites histoires - souvent incroyables ! - qu’ont vécues les organisateurs et des musiciens légendaires du parvis

Le vendredi 30 août 1991, Rostropovitch devait clôturer le Festival de Menton. Des sonates de Bach étaient au programme - celles qu’il avait jouées deux ans plus tôt devant le Mur de Berlin en train d’être abattu.

Mais les choses continuaient à bouger du côté de l’URSS. Boris Eltsine venait de prendre le pouvoir. Des tanks, à Moscou, préparaient la contre-révolution. Rostropovitch, qui avait été banni de son pays, ne voulait manquer pour rien au monde ce retournement de l’Histoire. Il avait pris de Paris le premier avion pour la Russie afin d’être présent au cœur des événements. Le 29 août, il était au milieu des émeutes à Moscou.

Inquiétude d’André Böröcz : jamais Rostro ne serait le lendemain soir à Menton !

Il finit par joindre le violoncelliste. « Ne t’inquiète pas, je serai chez toi demain, lui affirme-t-il ! Mais que quelqu’un vienne me chercher à Turin où j’atterrirai demain en provenance de Francfort ! »

Branle-bas de combat à Menton pour aller chercher à temps Rostropovitch à Turin. André Böröcz et son administrateur Jean-Marie Tomasi ne voient qu’une solution : louer un hélicoptère.

Une tornade au-dessus du Mercantour

En un jour, on récolte l’argent pour financer le voyage, et on obtient du maire Jean-Claude Guibal l’autorisation d’un atterrissage sur le port. Le lendemain, on a beau être à la mi-août, il fait un temps affreux. André Böröcz et Jean-Marie Tomasi partent à bord de l’hélicoptère. À Turin, ils trouvent Rostropovitch sous la pluie agitant son imperméable pour signaler sa présence sur le tarmac. Ouf, Rostropovitch est dans l’hélicoptère ! Mais les ennuis ne sont pas finis. Sur le retour, l’appareil est pris dans une tornade au-dessus du Mercantour. Chacun croit sa dernière heure arrivée. Une fois à Menton, Rostropovitch, qui n’a pas dormi depuis deux jours, prend quelques heures de repos avant le concert.

Le soir, on le voit arriver sur scène comme si rien n’était. Il attaque une suite de Bach. La salle est figée d’admiration. C’est alors que survient une panne d’électricité.

Le parvis est plongé dans le noir. Sans se démonter, Rostropovitch continue à jouer, à l’aveugle.

Le public est aux anges.

Pendant l’entracte, André Böröcz et Jean-Marie Tomasi rassemblent tout ce qu’ils peuvent trouver comme bougies et de lumignons pour éclairer la scène. Le concert s’achèvera magnifiquement à la lueur des flammes… Et il y aura des gens, à la fin, pour féliciter les organisateurs d’avoir imaginé une aussi belle mise en scène pour le concert final du Festival !

Si l’on devait hiérarchiser les anecdotes du Festival de Menton, celle de cette journée de Rostropovitch arriverait en tête.

Mais il y en a eu d’autres, bien sûr. Qui ont été rassemblées dans un opuscule par Jacques Ridès, mélomane « historique » mentonnais, qui est l’un des rares à avoir assisté à tous les festivals depuis le premier. Il a également été le directeur de l’hôtel Le Dauphin, qui a accueilli beaucoup d’artistes pendant le Festival - et a même mis à leur disposition une salle de répétition dans laquelle il n’hésitait pas à faire traîner ses oreilles.

Passager clandestin

Parmi les anecdotes, il en est une dont il a été lui-même l’un des protagonistes et qui concerne l’un des artistes légendaires du Festival, Sviatoslav Richter. Lorsqu’il venait à Menton, cet immense pianiste russe avait un visa l’autorisant à une seule entrée en France. Or, cette année-là, André Böröcz organisa pour lui un concert supplémentaire à Cervo en Italie. Comment faire pour repasser la frontière une seconde fois pour revenir à Menton une fois le concert donné en Italie ? Jacques Ridès proposa à l’illustre pianiste… de s’allonger sur la banquette arrière de sa voiture et d’être recouvert d’une couverture.

« Avez-vous quelque chose à déclarer ?

- Absolument rien, monsieur le douanier ! »

Sur la banquette arrière de sa voiture, l’une des plus grandes gloires du piano international retenait son souffle. Et c’est ainsi que Jacques Ridès lui fit passer clandestinement la frontière.

La frontière à nouveau. Cette année-là, en 1979, André Böröcz avait imaginé d’organiser un concert du grand pianiste de jazz Ray Charles sur une scène installée à la frontière franco-italienne. Le piano serait moitié en France et moitié en Italie. Beau symbole du caractère international de la musique ! Des réunions préparatoires avaient eu lieu avec le Préfet des Alpes-Maritimes et les autorités de la Province d’Imperia. Mais l’autorisation définitive de l’Italie n’était pas arrivée à temps. Avec la complicité de la douane locale, André Böröcz décida de… faire reculer de cent mètres la frontière italienne, afin que la totalité du concert se déroule en France. Quels hommes peuvent ainsi, en un tournemain, déplacer les limites d’une frontière ? André Böröcz, visiblement, est de ceux-là. Le lendemain, le ministère des Affaires étrangères envoya une note sévère à la mairie de Menton. Mais Ray Charles avait donné un concert mémorable…

Menton, pas moins que les autres festivals, n’est à l’abri d’incidents de parcours. Est-ce un hasard si à Menton, ils prennent une importance considérable. ? Après, on en rit beaucoup !


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