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Les abominables trésors du Musée océanographique

Mis à jour le 17/08/2018 à 05:14 Publié le 17/08/2018 à 05:13

Les abominables trésors du Musée océanographique

Les tréfonds du musée sont comme les fonds marins : ils abritent une réserve d'animaux tous plus surprenants ou effrayants les uns que les autres. On vous emmène en visite

Il n'y a pas qu'un cabinet de curiosité au Musée océanographique de Monaco. Il y a bien sûr celui que l'on peut visiter au premier étage. Mais ce n'est pas de celui-ci que je veux vous parler aujourd'hui.

Les cabinets de curiosité sont apparus à la Renaissance, à l'époque où la science commençait à prendre de l'importance. C'était alors des meubles avec des vitrines, ou carrément des pièces, dans lesquels on exposait des pierres, des fossiles, des animaux en bocaux, séchés ou empaillés, ou des plantes.

Dans les entrailles du musée

Or, au Musée océanographique, il y a un tout autre cabinet de curiosité. Un endroit où l'on peut trouver des choses que même votre esprit aurait bien du mal à concevoir : c'est la réserve des collections scientifiques.

Il est discrètement installé dans une pièce à l'un des niveaux inférieurs du musée. Les larges fenêtres, placées entre les poteaux de pierre, ouvrent sur l'immensité bleue. La mer qu'on voit danser, et dont les merveilles sont aussi là, à l'intérieur, dans des bocaux remplis d'alcool ou de formol, soigneusement étiquetés et dont Michèle Bruni, la responsable des collections scientifiques, prend grand soin. C'est la gardienne du temple.

Des milliers d'animaux

En actionnant les manivelles, elle fait défiler des dizaines de milliers d'espèces animales, sèches ou en bocal, dont certaines ramenées des premières expéditions du prince Albert Ier. « Il y a environ 30 000 lots ici », explique-t-elle en s'engouffrant dans une allée.

Un lot, c'est un bocal. Parfois, il y a plusieurs animaux à l'intérieur. À l'instar de ce bocal dont le bain a pris une teinte orange : « Ça, c'est l'espèce originelle des poissons rouges », dit-elle en sortant la bestiole à l'aide d'une pince. Il est plus gros, et son orange est passé depuis longtemps. Mais la forme est clairement la même.

Il y a encore plus original. Sur une table, une sorte de tube gris translucide, comme la trame d'un tuyau d'arrosage : « C'est une éponge de mer constituée quasi exclusivement de silice. Bref, c'est du verre synthétisé à basse température, ce que l'homme est incapable de faire. » Ce verre fonctionne comme de la fibre optique. Attirées par la lumière, des crevettes viennent s'installer à l'intérieur, et reste piégées. Toujours un mâle et une femelle. Leur descendance pourra se glisser à travers les fines mailles, mais pas eux, qui y resteront pour l'éternité, jusque dans les réserves d'un musée. « Au Japon, on offre ça aux jeunes mariés. » Charmant cadeau.

Là, un fœtus de tortue, blanc comme un œuf, dont il a été extrait, gît dans un bocal.

Dans un autre, dont l'étiquette a été écrite à la plume, et probablement à la lueur d'une chandelle, un poisson longiligne aux dents acérées : un poisson vipère.

Plus bas, un bocal m'intrigue : « C'est quoi cette grosse boule blanche ? » Je n'ai pas pu m'empêcher, je suis curieux. « Ah ça ? C'est un œil de baleine bleue », répond Michèle Bruni, toute à sa recherche. Qu'on se rassure, c'est un très vieil élément, ramené au début du XXe siècle. À peu près en même temps qu'un gigantesque os emballé dans du papier kraft. « C'est une omoplate de Rhytine de Steller. L'espèce est éteinte aujourd'hui. » L'os couvre quasiment la table sur laquelle nous sommes. Il appartenait à une sorte de grosse otarie, qui mesurait une dizaine de mètres et pesait environ 8 tonnes. Une grosse bête lente, placide, herbivore, qui a été exterminée en l'espace de 27 ans, car très facile à chasser.

Des bocaux très demandés

Tous ces lots, ces trésors qui dorment sur les étagères n'ont pas pour seul objet de meubler le musée. Ils sont régulièrement examinés par des chercheurs du monde entier. Il ne se passe pas une quinzaine sans qu'un scientifique étranger se rende au musée pour examiner ces animaux, particulièrement les disparus.

Pour faire avancer la science, et pour identifier les espèces. Pour comprendre. Parce qu'on protège mieux ce que l'on connaît.


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