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L’eau de Monaco est-elle toujours aussi souveraine?

Mis à jour le 24/10/2016 à 11:12 Publié le 24/10/2016 à 11:07
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L’eau de Monaco est-elle toujours aussi souveraine?

C’est l’une des seules ressources naturelles de la Principauté. Une richesse et une fierté préservées savamment de bisbilles entre opérateurs français. Check-up avec le président de la SMEaux

Peu après la rentrée, le Syndicat Intercommunal des Eaux des Corniches et du Littoral (SIECL)et son délégataire de service public Orfeo - Eaux de la Riviera (marque de Veolia Eau) s’attablaient à Nice pour signer des avenants à leurs contrats d’achat d’eau.Une mise à jour deux ans après la signature de nouveaux contrats, fin 2014, précipités par le passage en régie (Métropole Nice Côte d’Azur) du service de l’eau.

Créée en juin 2013, cette Régie Eau d’Azur a depuis repris le service de l’eau des communes de Beaulieu, Cap-d’Ail, Eze et Villefranche-sur-Mer [jusque-là quatre plus grosses communes membres du SIECL, N.D.L.R.] en septembre 2014 et celui de 28 communes du Moyen et du Haut Pays au 1er janvier 2015. Nice suivra avec son lot de contentieux administratif, notamment quant à l’exploitation de l’usine de traitement Jean Favre, dite du “ Vinaigrier ”, à Villefranche-sur-Mer pour laquelle le SIECL avait toujours négocié avec la ville de Nice et se refuse aujourd’hui à accepter les volontés de la Métropole.

Le décor planté. Revenons sur ces avenants et plus précisément celui mentionnant le «déplafonnement des volumes d’eaux vendus à Monaco», comprenez un réajustement des volumes d’eau.Pourquoi?La Principauté consommerait-elle plus d’eau que prévu?Si oui, une répercussion sur les usagers serait-elle à craindre?Rien de tout cela en fait, puisque le problème est extérieur à Monaco.

"Pas d’impact sur le consommateur"

«Le fait générateur de cet avenant, c’est que par rapport aux hypothèses établies fin 2014, il y a une variation des volumes de plus de 30 %», résume Olivier Moulinas, directeur des services d’Orfeo en charge des relations avec le SIECL sur cet avenant.

Effectivement, Monaco a bien acheté 30 % de plus d’eau à la France cette année (lire page suivante) mais cela n’a rien d’exceptionnel puisque la Principauté n’est pas autosuffisante.

Quant à l’avenant, Manuel Nardi, directeur de la Société Monégasque des Eaux, confirme qu’il n’a aucune incidence directe sur Monaco. «Le SIECLet Orfeo ont signé un avenant pour dire que les achats d’eau qui devaient être à la charge du délégataire (Orfeo) sont remis à la charge du syndicat (SIECL)».

L’enjeu est résumé par Olivier Moulinas: «La différence entre le contrat de septembre 2014 et aujourd’hui, c’est que la Régie a statué sur le prix de vente de l’eau et réclame 0,56 euro/m3 au SIECL contre 0,30 euro auparavant; alors qu’Orfeo paye toujours 0,30 euro au SIECL. Il y a donc un litige entre la Régie et le SIECL sur la partie restante mais pas d’impact sur le consommateur. Pour ne pas qu’Orfeo soit pris en otage entre le SIECLet la Régie, le SIECL a donc repris l’achat d’eau à la Régie par avenant.»

Bref, personne ne souhaite s’immiscer dans le conflit latent - en cours en justice - entre SIECL et Régie et ces avenants ont été signés pour laisser les deux parties gérer leurs affaires.

«De toute façon, il fallait un nouveau contrat pour modifier ces volumes de référence qui avaient été un peu improvisés, précise tout de même Jean-Marc Amourdedieu, responsable technico-administratif au SIECL. ça permet au délégataire d’équilibrer ses comptes car les charges sont toujours les mêmes donc, si on modifie les volumes, on modifie les recettes.»

"Que les engagements traversent les contrats"

Un avenant de bon sens donc, mais quid de Monaco? Un État «complètement atypique, puisque l’équivalent de Menton sur un périmètre réduit», selon Jean-Marc Amourdedieu, et dont Manuel Nardi détaille la stratégie d’achat d’eau.

«Monaco a choisi de ne pas seulement être acheteur mais de se rendre “ propriétaire ”, en tout cas d’acquérir des droits de dérivation des eaux à son propre profit, sans acquérir les sources en tant que telles qui sont françaises – ou françaises en secteur italien –. La Principauté de Monaco, via des versements en capital, a acheté historiquement pour des dizaines de millions de Francs, des droits d’eau à son profit à hauteur de 215 l/sec pour la partie Ouest et 100 l/sec. pour la partie Est [Roya, ville de Menton qui détient les droits]»

Jusqu’en 2014, Monaco traitait donc pour la partie Ouest avec Nice et le SIECL et, comme à l’Est, jouissait d’un interlocuteur unique: la Compagnie générale des Eaux, éclatée depuis en sous-entités à sa reprise par Veolia.

Sentant le litige monté, Manuel Nardi avait alors «fait écrire au ministre d’État [Michel Roger], qu’à l’occasion de ces périodes brouillées en France, il convenait qu’ils se souviennent que Monaco était titulaire de droits d’eau et qu’il était capital que les engagements pris à l’époque traversent les exigences contractuelles nouvelles et de périmètre.» Limpide.

Côté Est, les conventions de fourniture ont depuis été clairement renégociées ou prorogées [qui règlent les droits d’eau, le débit, la pointe, les conditions et endroits de livraison, les volumes mensuels et horaires, les conditions de participation au financement des ouvrages et renouvellement des canalisations (lire ci-dessous)…, N.D.L.R.]

"Nice n’a jamais imaginé couper les robinets"

Côté ouest, la répartition relève en revanche du folklore. Une dizaine de frontières hydrauliques – et autant de débitmètres – parsèment le réseau depuis Peille jusqu’à Cap-d’Ail. «De l’eau estampillée Régie Eau d’Azur devient de l’eau SIECL au passage de débitmètre, en vertu de quoi le SIECL doit rémunérer la Régie…», résume Manuel Nardi. «Ce découpage-là, pour des raisons qui échappent à Monaco, a placé Monaco – pour quelques centaines de mètres – en point de piquage intégralement du côté SIECL. Le dernier débitmètre étant en limite de Cap-d’Ail…»

Les collectivités françaises ne pouvant pas contractualiser avec l’État souverain, ce dernier a donné délégation à la SMEaux pour signer des conventions de fourniture, ce qui est chose faite côté Est, mais à l’ouest?

«J’attends avec impatience de le faire avec la Régie Eaux d’Azur ou le SIECL pour la partie Vinaigrier, déplore Manuel Nardi, Nice n’a jamais imaginé couper les robinets à Monaco mais, en attendant, Monaco paye le SIECL, qui refuse de reverser le moindre sou à la Métropole…»

Et si la Principauté payait des tergiversations françaises?

Si ça casse autour de Monaco.Qui payera quoi?
Si ça casse autour de Monaco.Qui payera quoi? Photo E. Ottino

«On fait valoir nos droits d’eau, mais on veut et doit rester neutre», rappelle Manuel Nardi au sujet du conflit entre le SIECL – que paye la SMEaux – et la Régie Eaux d’Azur.

«On ne risque rien de prime abord puisque l’eau coule toujours et on est d’équerre avec notre fournisseur, on paye nos factures. Mais si il y avait une remise en cause des droits du SIECL et que ceux de Monaco sont rattachés à eux ? M.Estrosi avait répondu au Ministre d’État que, bien entendu, nos droits étaient garantis.»

Il n’empêche que le différend entre les deux entités pourrait avoir des répercussions sur Monaco en cas d’accident sur le réseau de distribution commun.

"Aucun texte défini"

«Si une grosse infrastructure casse ou qu’il y a une grosse insuffisance et des canalisations à renouveler pour plusieurs millions d’euros, qui paye? La SMEaux peut faire un prêt, via l’État qui peut apporter une participation. Mais à quelle hauteur?», s’interroge Manuel Nardi.

«Côté Est, plus ça casse près de Monaco, plus le pourcentage d’intervention de Monaco est important. C’est normal et il y a des tronçons définis avec des taux de 25 50 et 75 %. Mais côté ouest, c’est le flou total, aucun texte n’a été accepté par tout le monde concernant la fourniture d’eau…» Concrètement, si une canalisation majeure «pétait» demain, la facture des réparations serait bien compliquée à édicter. Et le temps de réparation?

Pluviométrie en Principauté: "Cette année sera très mauvaise, on est vraiment sec"

Étroitement liée aux eaux de pluie, la production d’eau monégasque a été divisée par deux en un an.Les pluies d’octobre et la fin d’année combleront-elles les mois précédents?
Étroitement liée aux eaux de pluie, la production d’eau monégasque a été divisée par deux en un an.Les pluies d’octobre et la fin d’année combleront-elles les mois précédents? Photo J.-F.O.

Les fortes pluies de ces derniers jours sont vraiment tombées du ciel pour Manuel Nardi. Car à Monaco, «c’est du Pagnol», aime à dire le président de la SMEaux. «C’est un milieu karstique ici. Dès qu’il pleut, j’ai de l’eau; dès qu’il ne pleut pas, je n’en ai pas. Il n’y a pas du tout de rémanences ou d’atténuation par des interactions directes entre eaux précipitées en surface et sources souterraines.»

Et, pour l’heure, l’année 2016 était particulièrement sèche. «Avant ces pluies d’octobre, il y avait un étiage maximum des sources car il n’avait pas plu depuis longtemps. Il peut arriver qu’on soit autosuffisant mais, là, nous étions quasiment intégralement dépendants de la France».

Et donc des achats d’eau. Pas terrible en terme d’équilibre des contrats, même si la balance se calcule au long terme et que, les saisons ne se ressemblant pas, le cahier des charges est plus que respecté.

"Des achats très fluctuants"

«Les achats d’eau sont très fluctuants. L’année dernière avait été relativement pluvieuse et j’avais acheté beaucoup moins. Cette année, j’ai explosé de 36 % les achats d’eau à fin septembre, par à rapport septembre 2015.»

Alors qu’en moyenne, la SMEaux achète 3,5 à 4 millions de m3 par an, contre une production de 1,5 à 2 millions, les volumes achetés en août culminaient déjà à 2.523.000 m3.

Le tout dans un contexte de léger recul de la consommation relatif au «contrecoup de la SBM», gros client dont la démolition du Sporting d’hiver et la réfection de l’Hôtel de Paris ont considérablement réduit la consommation. Sans oublier la composante «attentat» en terme de fréquentation et de consommation pendulaire.
Mais le point noir de 2016 reste à mettre à l’actif de la pluviométrie.

À même époque en 2015, la production atteignait 1.485.000 m3. Cette année: 703.000 m3. Divisée par deux! «Cette année sera très mauvaise, concède volontiers Manuel Nardi, on est vraiment sec.» «Alors qu’il y a deux ans, l’été 2013-2014 avait été pourri, et c’était pléthore!»

Une eau de robinet de qualité extra

L’eau de votre robinet affiche une qualité que certaines régions de France nous envient.

«Nous n’avons pas d’agriculture intensive ou d’industries lourdes, à Monaco ou ailleurs, donc pas de problèmes de nitrate, pesticides, métaux lourds, etc. Il n’y a pas de pollution récurrente comme en Bretagne par exemple et l’eau d’origine, même si elle est non potable, est d’excellente qualité», assure un Manuel Nardi au fait de ces problèmes de pollution des sols après avoir fait ses armes dans un milieu rural.

En provenance de sept sources (Ingram, Testimonio, Marie, Vaulabelle, Puits nord, Alice, Font Divine) – qui assurent 30 à 50 % de la consommation annuelle, l’eau est collectée dans une usine de potabilisation (sous l’avenue Princesse-Grace) et traitée par une filtration sur sable, afin de retenir les impuretés, complétée par une désinfection au bioxyde de chlore, afin de garantir la qualité bactériologique de l’eau distribuée.

Une grande réactivité

Une fois potable, cette eau rejoint des réservoirs, d’une capacité maximale de 25000 m3, pour un stockage n’excédant pas les 72 heures.

Assez pour faire sereinement face à une composante saisonnière très forte, où de grands événements, type Grand Prix de Formule 1, imposent une grande réactivité.

La synergie avec les communes alentours permettant, de plus, d’augmenter considérablement le débit grâce, notamment, au surpresseur de Cap-d’Ail.

Monaco peut également s’enorgueillir d’un taux de rendement de son réseau de distribution supérieur à 90 %.


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