Le scénographe de la Collection de voitures du Prince de Monaco révèle l'envers du décor

Inaugurée début juillet, la nouvelle Collection de voitures de S.A.S le Prince de Monaco a trouvé son public en Principauté. Son scénographe, Pascal Payeur, nous révèle les secrets qui ont permis de la rendre vivante.

Thomas Michel Publié le 10/08/2022 à 05:04, mis à jour le 10/08/2022 à 10:24
Le scénographe Pascal Payeur lors de l’inauguration en juillet auprès du prince Albert II. Les grandes plages lumineuses qui sillonnent la Collection forment la clé de voûte du projet audiovisuel né dans cet espace modulable du 54, route de la Piscine. Photo Cyril Dodergny

Inaugurée le 7 juillet dernier, la nouvelle Collection de voitures de S.A.S le Prince de Monaco a déjà trouvé son public grâce, notamment, à un procédé narratif moderne imaginé par le scénographe Pascal Payeur (cabinet Espositif).

Déjà auteur d’une mise en scène pour le Musée des 24 Heures du Mans dans les années 90 - mais pas fondu d’autos pour autant - le cinévore s’est régalé à donner une identité visuelle aux lieux, pour prendre le visiteur par la main à grand renfort de sons et lumières.

Un passionné de 7e art chargé d’optimiser un bien public nourri d’une histoire privée, celle de la famille princière. Un parcours à la croisée des chemins.

L’œil du scénographe

"Je ne suis pas un passionné mais l’automobile est un objet social extrêmement intéressant. Cette dimension historique et sociale m’intéresse."

L’automobile étant par ailleurs un véritable marqueur de l’évolution du 7e art, le cinéphile Pascal Payeur a plongé allègrement dans les archives audiovisuelles notamment pour bâtir le tableau dédié à la Riviera. L’occasion de revoir la Sunbeam Alpine de la princesse Grace, alors Grace Kelly, sillonner la Moyenne corniche avec Cary Grant dans La Main au Collet d’Alfred Hitchcock sorti en 1955. "C’est la rencontre du cinéma avec une dynastie."

 

Le procédé narratif

"Le concept de départ est celui d’une collection privée d’un collectionneur, en l’occurrence Rainier III, qui avait une approche de l’automobile qui était celle d’un esthète plutôt que celle d’un mécanicien", décrit Pascal Payeur.

Les grandes plages lumineuses qui sillonnent la Collection forment la clé de voûte du projet audiovisuel né dans cet espace modulable du 54, route de la Piscine Photo Cyril Dodergny.

Un bien public et pudique

À travers la Collection, c’est l’histoire intime de la famille Grimaldi qui est contée. Pascal Payeur a donc côtoyé le prince Albert II directement pour satisfaire la curiosité du grand public sans être trop intrusif pour la famille du souverain. "Le premier garde-fou était l’interlocuteur. Et ce sont les Archives du Palais qui ont géré cette question. J’ai aussi eu plusieurs rendez-vous avec le prince Albert pour lui montrer des images. Puis j’ai rassemblé la totalité dans un cahier pour qu’il puisse arbitrer. En fait, il n’y a eu aucune retenue. Notamment car beaucoup d’images étaient déjà sorties."

Mais ravivées car gommées des souvenirs avec le temps. "Pour incarner cette figure du prince collectionneur il fallait exploiter les archives du Palais et de l’Institut audiovisuel avec l’idée d’une sorte d’album de famille numérique."

Déjouer la complexité

On le sait, à Monaco chaque projet immobilier d’envergure est un défi. Et dans le mille-feuille de béton du port Hercule, entre terre et mer, Pascal Payeur a du optimiser les espaces créés par le cabinet d’architectes Notari (*) pour l’État monégasque, maître d’œuvre du projet.

 

"La première chose à faire était de mettre en valeur les automobiles comme des joyaux. Et leur écrin devait être le plus neutre possible pour que toutes les voitures, dans leur diversité formelle et colorée, prennent les devants de la scène", résume Pascal Payeur, avant de révéler comment il a donné vie et mouvement à une Collection, engoncée sous 3 mètres de hauteur de plafond, grâce à un "simple" faux plafond de 10 cm d’épaisseur cachant la climatisation, les gaines électriques, les organes de sécurité, etc.

"On a ainsi fait disparaître la totalité de la technologie nécessaire à l’espace qui reçoit du public." Permettant de décaisser des "plages centrales" et ainsi créer des "surfaces lumineuses qui vont se refléter dans les automobiles".

Des sillons dans les plafonds dont les courbes mettent le public sur des rails. "Ces courbes sont ontologiques à l’automobile, c’est pour cela que cela fonctionne. Ce sont deux objets en osmose."

"La première chose à faire était de mettre en valeur les automobiles comme des joyaux.", explique Pascal Payeur, scénographoe Photo Cyril Dodergny.

Et la lumière fut

"On ne peut pas éclairer une automobile avec des spots ponctuels, rappelle Pascal Payeur. Vous ne voyez que l’impact sur la carrosserie mais ça n’éclaire rien."

Là encore la subtilité était de mise pour sublimer la lumière en souterrain. Et les fameuses plages lumineuses, ces plafonds décaissés, changent tout. "L’éclairage, totalement issu du plafond, dessine la carrosserie grâce à ses formes blanches."

Une Collection vivante
et ouverte

À l’image du garage de la Collection, que les visiteurs peuvent scruter à travers des vitres, les lieux ont été pensés pour être ouverts et évolutifs. La mezzanine peut ainsi être vidée d’une partie de ces voitures en quelques heures pour devenir lieu de réception. Un espace modulable tout comme les expositions. « Il reste quelques espaces et il y aura des expositions à thème », nous confiait le prince Albert II lors de l’inauguration.

 

Des ajustements seront aussi opérés au fil des mois pour optimiser la bande-son en fond. "Elle enveloppe et crée du hors-champ, pour briser le côté statique", précise Pascal Payeur. De l’art vivant.

Le chiffre

1.000. Après deux étés ternis par la pandémie, le cru touristique 2022 en Principauté est assez remarquable et la Collection de voitures de S.A.S le Prince de Monaco draine des visiteurs comme nous le confirmait ce mardi sa directrice, Valérie Closier.

"Nous recevons beaucoup de monde. Plus de 1.000 visiteurs par jour. Est-ce l’effet "nouvel écrin", le nouvel emplacement au coeur de Monaco ou le fait qu’il y a plus de visiteurs étrangers post-Covid ? Difficile à dire mais nous sommes ravis de cette affluence."

Et les touristes ne sont pas les seuls à pousser les portes du 54, route de la Piscine. Les locaux aussi ont voulu découvrir ce nouvel espace et sa scénographie.

"On nous dit que les voitures sont mises en valeur", se réjouit Valérie Closier.

Quant à Charles Leclerc, actuellement en vacances il a publié une vidéo sur YouTube racontant son quotidien à Monaco avec un crochet par la Collection, où certaines de ses anciennes monoplaces sont en tête de gondole.

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