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Le prince des tapis persans tire sa révérence, retour sur 60 ans de carrière d'Alexander Moghadam

Après quatre décennies à faire prospérer sa galerie homonyme du boulevard des Moulins, le prince des tapis persans tire sa révérence. Retour sur la success story d’un passionné prédestiné.

Marie Cardona Publié le 24/11/2021 à 12:06, mis à jour le 24/11/2021 à 12:06
Alexander Moghadam, 85 ans, prend sa retraite. Il conservera un bureau dans sa galerie du 23 boulevard des Moulins pour poursuivre des missions de consul honoraire du Népal. Photo Jean-François Ottonello

C’est une page de l’histoire du 23 boulevard des Moulins qui se tourne. À 85 ans, "bientôt 86", Alexander Moghadam prend sa retraite. "Mon âge et la crise que nous connaissons depuis près de deux ans m’ont poussé à réfléchir." Il est temps de passer la main.

Enfin pas tout à fait. "Mes enfants vont prendre la relève et faire de la galerie un grand magasin de design. Mais on gardera une activité de restauration, d’expertise et de nettoyage de tapis persans pour nos clients. Je vais rester pour superviser", confie l’octogénaire, presque un peu coupable de ne pas réussir totalement à raccrocher. "J’essaie d’arrêter, mais c’est toute ma vie."

Car bien avant la réussite qu’on lui connaît à Monaco, Alexander Moghadam a fait ses premiers pas dans la vente de tapis il y a plus de 60 ans. Au sein d’une entreprise qui, pourtant, le vouait à un tout autre destin.

 
Quelque 2 000 tapis sont en vente à l’occasion de la grande opération de déstockage lancée pour la fermeture. Photo Jean-François Ottonello.

Des débuts avec les pilotes de Lufthansa

Nous sommes en 1957. Le jeune iranien, 21 ans à peine, officie en tant que "responsable formalité légalité et administrative" auprès des autorités de son pays pour la compagnie aérienne Lufthansa.

"Les pilotes, copilotes, stewards et hôtesses allemands venaient me demander conseil pour acheter des tapis persans. Je les accompagnais dans les bazars pour faire l’intermédiaire", se souvient Alexander Moghadam.

Une mission qu’il accomplit avec conviction. "Je voulais présenter la beauté de cet art artisanal entièrement fait à la main au monde entier. À l’époque, 7 millions de personnes travaillaient dans ce secteur. Les plus beaux tapis viennent de Ghom, Isfahan, Tabriz, Kashan ou encore Nain."

Très vite, il se met à acheter des pièces lui-même auprès des commerçants. "On les transportait dans une valise pour que les pilotes puissent les vendre en Allemagne. On partageait les bénéfices. Avec cette activité, j’étais mieux rémunéré qu’avec mon salaire. Alors, j’ai quitté mon emploi et je me suis lancé."

Il part s’installer à Francfort (Allemagne) en 1962 et ouvre la toute première « galerie Moghadam » où il vend des tapis 100 % tissés à la main. Le succès est immédiat. En trois ans à peine, quatre autres boutiques voient le jour à Offenbach, Hanau, Kassel et Göttingen.

Sa rencontre décisive avec Grace Kelly

Sa carrière prend un tournant un soir de juillet 1976, alors qu’il séjourne pour la première fois en famille à Monaco. Lors d’un dîner au Meridien Beach Plaza, Alexander Moghadam croise le chemin de la famille princière.

 
Dans son Livre d’or datant de 1977, la signature de la princesse Grace Kelly lors de l’inauguration de la galerie. Photo Jean-François Ottonello.

"Nous nous sommes approchés pour que ma femme, Mitra, puisse prendre une photo", se souvient-il en mimant la forme d’un vieil appareil. C’est alors qu’il échange quelques mots avec la princesse Grace. « Elle me demande d’où je viens, ce que je fais dans la vie et pourquoi je suis là. » Le commerçant chante les louanges de la Principauté, "un magnifique paradis".

"La Princesse me demande pourquoi je ne viens pas m’installer à Monaco. Elle me donne les coordonnées de sa secrétaire en cas de besoin et m’assure de son soutien. C’était la chance de ma vie."

Dès le lendemain, il fait le tour des agences immobilières en quête de sa nouvelle vitrine monégasque. Il lui faut de la place. Beaucoup de place. « Les tapis ont besoin de surface. »

Il jette son dévolu sur une ancienne galerie d’art du 23 boulevard des Moulins et engage un architecte pour transformer, agrandir et rénover le local sur 300 m². "On a poussé les murs."

La boutique est inaugurée le 29 octobre 1977. Parmi les 150 personnalités invitées figure la Princesse Grace Kelly. "Elle est venue, sourit le détaillant, le regard pétillant de nostalgie. C’est la première qui a signé mon Livre d’or. Tout ça, c’est grâce à elle."

Au cours des 40 années suivantes, ce temple des belles pièces a vu passer des décorateurs de renom, des collectionneurs éclairés ainsi que de nombreuses têtes couronnées.

Une grande opération de déstockage est en cours jusqu’à la fermeture de la boutique fin janvier. Quelque 2.000 tapis sont en vente. Un pourcentage de ces ventes sera reversé à l’association pour le Népal, pays dont Alexander Moghadam est consul honoraire à Monaco.

 

Les fonds lui permettront de poursuivre son action auprès de la population en difficulté (construction et rénovation de logements, d’écoles…).

Une autre partie de la somme ira à la Fondation Prince Albert II en reconnaissance du soutien de la famille princière à la famille Moghadam. "Monaco nous a donné beaucoup et j’essaie de remercier la famille et le gouvernement en continuant à servir la population monégasque."


Savoir+
Galerie Moghadam - 23, boulevard des Moulins.
Tel : 00377.93.25.67.68. www.moghadam.mc

Offre numérique MM+

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