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Le partage est une urgence, une nécessité Le pays va de plus en plus mal

Mis à jour le 22/07/2018 à 05:24 Publié le 22/07/2018 à 05:24
Le père Pedro : « Le partage est une urgence, une nécessité. »

Le père Pedro : « Le partage est une urgence, une nécessité. » Jean-François Ottonello

Le partage est une urgence, une nécessité Le pays va de plus en plus mal

Soutenu depuis 23 ans par Monaco Aide et Présence, le père Pedro poursuit son œuvre. Une ville de 25 000 habitants est née sur une décharge de Madagascar. Il y pousse aujourd'hui des fleurs

Il a été reçu par Brigitte Macron l'année dernière. Il sera aux côtés du président d'Argentine, son pays natal, ce mois-ci, où il va recevoir un titre de doctor honoris causa. Il était en audience avec le pape François et le prince Albert II, il y a quelques semaines, pour expliquer son combat…

Un combat né en 1970 dans les décharges de Madagascar. Le père Pedro avait 22 ans quand il est arrivé dans la capitale, Antananarivo. « C'est plus qu'un combat. C'est une mission impossible ! »

Mais l'impossible ne saurait faire oublier la misère des familles. La ville qu'il a construite pierre par pierre, pour que les plus miséreux aient une maison, un espoir, un avenir, aura trente ans l'année prochaine.

« Aider ceux qui n'ont rien »

« Nous avons bâti la ville des pauvres. C'est à nous de créer leur avenir. Nous sommes élus pour aider ceux qui n'ont rien. Le partage est une urgence, une nécessité. On doit le faire en respectant les gens du pays, la culture. »

Alors le père Pedro dessine les plans, tel un architecte. Les fondamentaux du bâtiment, il les a appris sur le terrain et auprès de son père contremaître. « J'ai fait une maison, puis deux, puis dix, puis cent. Ça a fait une ville : Akamasoa ! »

« La cité de l'espérance », comme il l'appelle dans son dernier livre qui sera publié en novembre prochain aux éditions du Rocher. Akamasoa abrite 25 000 habitants et autant de personnes qui y séjournent « quelque temps ». La ville dispose d'écoles, de réseaux d'assainissement, de salles de sport, de cimetières.

« Les premières années, nous avons eu un incendie qui a brûlé les toits de 150 maisons qui venaient tout juste d'être construites. J'ai dit : " Plus jamais de chaume ! " Quelques années plus tard, ce fut un cyclone. Les briques qui avaient séché au soleil étaient comme des éponges et les maisons se sont toutes affaissées. J'ai dit : " Maintenant, les briques seront en argile cuite ! " C'est aussi comme cela qu'on apprend… »

10 000 personnes à la messe

Chaque semaine, il célèbre la messe. « C'est une fête. Même le Guide du Routard conseille aux touristes d'y aller (rires). Je vois 10 000 personnes devant moi. Je leur parle dans leur langue. Ce n'est pas un blanc qui parle, c'est un frère. » Quand il s'absente quelques semaines d'Akamasoa, c'est pour rencontrer les donateurs qui soutiennent son œuvre.

C'est dans le petit bureau de Monaco Aide et Présence qu'il retrouve la présidente Donatella Campione et plusieurs des administrateurs de l'association. Eux donnent et récoltent des fonds pour venir en aide au père Pedro. Depuis 38 ans, l'association, dont le prince Albert II est président d'honneur, finance des écoles, des dispensaires, des maternités à travers le monde. Ce sont ainsi des centaines de milliers d'euros qui sont partis à Madagascar. Et des dizaines de bénévoles se rendent sur place, à Akamasoa, pour suivre les projets.

« Parmi les enfants miséreux que j'ai recueillis au début, la plupart sont aujourd'hui mariés, explique le père Pedro. 250 sont enseignants, médecins, dentistes, sages-femmes, infirmiers… Je préfère que ces gens-là reviennent à Akamasoa après leurs études pour devenir des agents de vérité et d'honnêteté. »

Une réussite formidable qui n'est pas la prouesse de quelques-uns uniquement. « Nous avons 14 000 enfants scolarisés et avons de meilleurs résultats au baccalauréat que dans une école classique. » Le secret ? Le père Pedro le résume en trois mots : « Travail, école, discipline. » Ceux qui acceptent cela, quelle que soit leur religion, ont leur place à Akamasoa.

Et maintenant ?

« Je ne peux pas croire que j'ai 70 ans ! » Le père Pedro est bien décidé à « vivre 200 ans au moins ». Le temps qu'il faudra peut-être pour venir à bout de la corruption qui ronge le pays. « Je crois en la nature humaine. Chaque être humain a une étincelle qu'il faut illuminer. »

Aujourd'hui, le père Pedro a la fougue d'un jeune homme de 20 ans. Invincible. « C'est un don que Dieu m'a donné. J'ai pourtant été très malade, nous avons été attaqués trois fois par des malfaiteurs en kalachnikov. Nous avons eu le choléra il y a vingt ans. Au début de cette année, ce fut une épidémie de peste qui a fait plus de deux cents morts à Madagascar. Il n'y a pas d'hygiène. Quand je suis arrivé dans le pays, il y avait six millions d'habitants. Nous sommes aujourd'hui vingt-cinq millions… C'est l'insécurité et l'incertitude totale. Toute la corruption de la classe dirigeante est aberrante. C'est inacceptable. Le pays va de plus en plus mal. »

En marge de ce « chaos », le peuple malgache, l'un des plus pauvres du monde, n'a pour seul soutien que l'aide apportée par les religieux, les associations humanitaires et les ONG. « Je voudrais rendre hommage aux religieuses, prêtres, pasteurs protestants qui, jusqu'au fond de la brousse, là où vous pensez que plus personne ne peut vivre, tiennent un dispensaire, encouragent les gens à tenir la tête hors de l'eau. Ils sont peut-être un millier éparpillés dans toute l'île. C'est eux qui maintiennent l'espérance de Madagascar. »

Il n'y a, malgré tout cela, aucun désespoir. Mais de la colère, oui. De la colère. « Pourquoi les politiciens se moquent de leur peuple ? Pourquoi tant de cynisme ? J'ai même écrit un livre, " Insurgez-vous " aux éditions du Rocher. C'est un cri. Je suis venu à Madagascar proclamer l'amour, envoyer un message de fraternité, de partage qui me vient de l'évangile. Seule la vérité nous fait libre. »

Au total, MAP a financé une vingtaine d'établissements scolaires, un dispensaire, une maternité. En 1995, le père Pedro est à Monaco. « Il y avait le prince Rainier. Une vente aux enchères a été organisée. Les pilotes de Formule 1 avaient donné un casque, une montre… 50 000 francs ont été récoltés. On a fait comme cela la première école avec MAP. »

« Le prince est venu trois fois là-bas ; c'est important. »

«Prince Jacques et Princesse Gabriella de Monaco» sont les noms des deux dernières écoles financées par Monaco. Une maternité Princesse Charlène de Monaco a été livrée également en 2017. Le prince Albert II et son épouse sont venus inaugurer les bâtiments avec quelques bénévoles de MAP.

Une école coûte, au bas mot, 200 000 euros. Il s'agit maintenant de créer un lycée de cinq ou six étages d'ici un an et demi. « Donatella Campione a fait un lycée à elle toute seule ! »

Donatella Campione, présidente de Monaco Aide et Présence, et le père Pedro.
Donatella Campione, présidente de Monaco Aide et Présence, et le père Pedro. J.D.

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