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Le magasin "Bazar Picco", 116 ans, patient témoin du temps qui passe à Monaco

Le 1er octobre, la plus ancienne droguerie de Monaco fêtera ses 116 ans. Une existence au cours de laquelle se sont succédé les générations de Picco. Plongée dans plus d’un siècle de souvenirs.

Marie Cardona Publié le 13/09/2021 à 11:02, mis à jour le 13/09/2021 à 13:49
A 71 et 73 ans, les deux frères Picco veillent au grain. Et c'est en Carole, fille de Dominique, qu'ils ont trouvé la relève. Photo Jean-François Ottonello

Au 22 de l’avenue Saint-Charles, face au boulevard du général Leclerc qui marque l’impalpable frontière entre Monaco et la France, se dresse un témoin pas comme les autres. Car le Bazar Picco a traversé les époques.

Son histoire remonte à l’orée du XXe siècle. À cette époque, François Picco exerce son métier de vanier dans le Piémont, en Italie. Pour développer son activité, il quitte sa région natale et se sédentarise en 1900 du côté de Beausoleil, où, aidé par son fils, Nicanore, ils proposent leur savoir-faire autour du tressage de l’osier.

Le Bazar Picco voit le jour quelques années plus tard, en 1905, dans une petite boutique judicieusement placée entre les marchés de Monaco et Beausoleil. La famille Picco y propose des produits de vannerie, bien sûr, mais aussi de la porcelaine, de la faïence, de la poterie, entre autres.

Quatre générations de Picco

En 1912, Nicanore prend la succession de son père. "À l’époque, nos grands-parents vivaient pratiquement dans le magasin. Ils ouvraient de 6 heures du matin à 21 heures le soir, tous les jours de l’année. Notre grand-mère a pratiquement élevé les deux derniers de ses cinq enfants dans la boutique. Le benjamin avait même un berceau intégré dans les rayons", raconte Dominique Picco.

 
Les fondateurs du Bazar Picco, François Picco et son fils Nicanore. DR.

Avec son frère Georges, ils sont la quatrième génération à la tête de l’affaire familiale. "Nous avons repris en 1986, au décès de notre père, se souvient Dominique avec émotion. A ce moment-là, on avait la tête dans le guidon. On ne voulait pas louper la transition."

Avec les nouvelles offres développées par leur père et leur oncle quelques années auparavant, le Bazar Picco connaît un nouvel essor. "Dans les années 70, le magasin fournissait la vaisselle pour les grands hôtels-restaurants de la Principauté."

Au fil des années, ils font envoyer leurs articles un peu partout dans le monde. "Nous avions des clients de Monaco qui faisaient expédier leur marchandise en Suisse, en Angleterre, en Italie. Ou jusqu’en Nouvelle-Calédonie, pour l’un d’eux qui avait ouvert un restaurant là-bas", énumère Dominique.

Et d’assurer: "On trouve de tout chez nous. Et si nous n’avons pas le produit que le client recherche, nous nous plions en quatre pour le trouver".

 

Une dévotion et un large éventail d’offres qui ont sans doute permis à la plus vieille droguerie de Monaco de traverser les décennies et avec elles, la concurrence des grandes surfaces qui se sont installées dans le pays.

"Nous avons réduit les rayons où la concurrence est trop forte pour se réorienter sur des produits plus haut de gamme et des marques que l’on ne trouve pas ailleurs. Pour le reste, nous axons surtout sur le service, la disponibilité et le conseil. Le contact humain, c’est l’essentiel", rappelle Dominique.

"Plus qu’un métier, une religion"

Il y a trois ans, le Bazar Picco s’est offert une cure de jouvence, troquant les rayonnages un peu froids pour des meubles en bois plus chaleureux. "Nous avons réorganisé le sens de circulation de la boutique. Ça donne l’impression d’un magasin plus aéré. Les clients ont trouvé ça positif."

Plus récemment, la droguerie est même partie à la conquête des réseaux sociaux en se lançant sur Instagram.

 

À 71 et 73 ans, les deux frères veillent encore au grain. Et lorsqu’on leur demande s’ils raccrocheront un jour, Georges et Dominique Picco esquissent un sourire coupable. "On se retire peu à peu mais on reste là pour superviser. Ce magasin, c’est toute notre vie. Lorsque l’on vient on ne se pose pas la question de savoir si l’on vient travailler."

Et Carole Picco, la fille de Dominique, de s’amuser: "Ils ne raccrocheront jamais. C’est plus qu’un métier, c’est une religion. Ce magasin fait partie de nous". C’est en elle que les deux frères ont trouvé la relève. Une cinquième génération de Picco, incarnée par une femme cette fois, pour écrire la suite de cette belle histoire familiale.

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