Le gouvernement de Monaco lance une grande campagne pour changer l'histoire des femmes

Avec la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le gouvernement lance une grande opération de communication avec les associations locales.

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J.D. Publié le 23/11/2022 à 09:04, mis à jour le 23/11/2022 à 16:54
Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour les Droits des Femmes. Photo Direction de la communication - Michael Alesi

"Vous pouvez changer l’histoire": c’est le slogan d’une nouvelle campagne interactive qui démarre le 25 novembre prochain alors que sera célébrée la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Le Comité pour la Promotion et la Protection des Droits des Femmes a présenté, au sein des locaux d’Extented Monaco conduit par Frédéric Genta, son tout nouveau plan destiné à impliquer tout un chacun dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Car, si les victimes se confient difficilement, l’entourage professionnel et amical, ainsi que le voisinage, peuvent se mobiliser.

Céline Cottalorda, déléguée interministérielle pour les Droits des Femmes, a indiqué que "notre responsabilité est d’être vigilants, bien informés et matures sur le sujet. D’où, cette année, notre souhait d’impliquer encore plus les hommes et de les inciter à s’engager concrètement contre les violences".

Monaco n’échappe pas à la réalité des chiffres. "En 2021, le pays dénombre 21 faits de violence et 33 depuis le 1er janvier 2022."

Ne plus ignorer les victimes

Un décompte qui ne révèle pas nécessairement une augmentation, la libération de la parole des femmes devant être largement prise en compte, selon Céline Cottalorda et Vibeke Brask Thomsen, directrice de SheCanHeCan, qui a monté un projet de sensibilisation avec Fight Aids Monaco et en soutien à la campagne du gouvernement.

 

En effet, cette campagne mobilise de nombreux acteurs du tissu associatif et institutionnel, dont l’association des victimes d’infractions pénales dirigée avec expertise par Valérie Campora, la Mairie de Monaco, Femmes Leaders Mondiales Monaco et le Zonta Club.

Des rubans blancs pourront être retirés gratuitement sur des stands d’information installés aujourd’hui de 9 à 14 h au marché de La Condamine et demain de 9 à 17 h dans la galerie commerciale de Fontvieille et le 25 novembre dans les boulangeries (Epi d’or, Costa et Mullot). L’objectif est d’aller à la rencontre du public et de communiquer sur les dispositifs qui existent à Monaco pour aider les victimes de violences intrafamiliales.

Le gouvernement va diffuser des vidéos et sollicite chacun sur sa propre capacité à agir. "En partant de trois situations de la vie quotidienne, nous voulons montrer qu’il y a des gestes simples qui sont à notre portée pour aider une victime et rappeler qu’agir contre les violences commence déjà par ne plus les ignorer", précise Céline Cottalorda.

Questions à Céline Cottalorda, déléguée pour la promotion et la protection des droits de femmes

Vous qui êtes depuis quatre ans déléguée pour la promotion et la protection des droits de femmes, considérez-vous que les inégalités et les violences sont véritablement prises en compte à Monaco au-delà des déclarations de bonnes intentions?
Les lignes bougent. Les perceptions et les discours liés aux inégalités et aux violences ont évolué. Mais il y a eu des évolutions concrètes. Tout d’abord la création d’un Comité pour la promotion et la protection des droits des femmes avec la désignation d’une déléguée interministérielle est un signal fort pour montrer que Monaco voulait aller encore plus loin sur la question des droits des femmes. Il y a également eu des actes.

Lesquels?
Les études statistiques de l’IMSEE sur les violences faites aux femmes ou sur les écarts de salaires démontrent une volonté de transparence et de connaissance de la situation pour prendre les mesures adaptées. Il y a également le travail législatif qui a donné lieu au vote de plusieurs lois par le Conseil National. La loi visant à abroger ou modifier les textes obsolètes du droit monégasque, la loi sur l’incrimination des agressions sexuelles ou encore sur le harcèlement scolaire pour citer les plus récentes. Enfin le volet pédagogique est primordial que ce soit la formation des professionnels ayant à traiter des violences (plus de 300 personnes formées depuis 2020) ou la sensibilisation du grand public avec les campagnes annuelles réalisées pour le 8 mars ou le 25 novembre.

Comment se décline la campagne de communication que vous lancez le 25 novembre?
La campagne se veut interactive, numérique et pédagogique. Elle se décline à travers un site internet interactif (www.changezlhistoire.com) où le spectateur est mis en position de faire des choix et d’agir face à une situation de violence. Il y a ensuite un film pédagogique de trois minutes qui sera diffusé sur les réseaux sociaux et sur Monaco info à partir du 25 novembre. Enfin, l’action de terrain pour présenter les dispositifs d’aide et d’urgence qui existent à Monaco. Le public pourra trouver des informations, des conseils et récupérer un ruban blanc pour s’associer à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ces actions sont menées en étroite collaboration avec les entités institutionnelles et associatives dont la participation active est indispensable.

Pensez-vous que le regard porté sur les violences conjugales a évolué. Si oui, avez-vous des éléments tangibles pour estimer cette évolution?
Rendre le sujet visible dans l’espace public, faire des campagnes ou des formations sur les violences conjugales contribuent à faire évoluer le regard de la société et à libérer la parole. J’ai senti une évolution réelle depuis 2018. Il y a moins de tabous qu’avant. Par exemple, dans l’exercice de mes fonctions, des femmes sont venues se confier sur leur passé vécu dans la violence. Ou bien, quand nous organisons des sessions de formation, nous nous apercevons qu’il y a fréquemment une ou deux personnes sur la douzaine présente qui a été victime directement ou indirectement de violences conjugales. C’est beaucoup.

Aujourd’hui, parlez des violences conjugales n’est plus un tabou?
La différence, c’est qu’aujourd’hui les femmes osent parler alors qu’il y a quelques années, elles auraient peut-être préféré se taire. Je crois que la honte est en train de changer de camp et j’espère que les actions du comité contribuent à créer un espace de liberté de parole et d’espoir aussi.

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