Le Covid-19 bouscule les habitudes des moines à Roquebrune

Le confinement n'épargne pas les frères du monastère du Saint-Désert. Sur les hauteurs de Roquebrune-sur-Argens, les religieux ont dû adapter...

Lionel Paoli Publié le 09/04/2020 à 16:50, mis à jour le 09/04/2020 à 18:34
"Depuis la mi-mars, explique frère Jean-Marie Joseph, je suis le seul habilité à quitter le monastère." Photo Philippe Arnassan

Derrière les montures fines, le regard noisette est chaleureux.

Aussi calme et paisible que le sourire. C’est cet homme, pourtant, qui a été confondu il y a deux ans, avec… Xavier Dupont de Ligonès (1).

Le prieur du monastère du Saint-Désert Notre-Dame-de-Pitié hausse les épaules en balayant ce souvenir désagréable.

Assis au pied d’un chêne-liège, devant la bastide dédiée à la méditation, le frère Jean-Marie Joseph évoque une actualité plus immédiate.

Et douloureuse.

Pour vous, qui menez une existence érémitique, le confinement change quelque chose?
Sans doute moins que pour le reste de la population, dans la mesure où nous menons une vie déjà "confinée". Mais ne croyez pas que cela soit sans incidence! Même pour nous, la situation est assez pesante. Notre monastère est un lieu d’accueil et de retraite pour nos frères Carmes. Nous pouvons accueillir, ici, jusqu’à huit ou dix personnes. Il va de soi qu’il n’en est pas question aujourd’hui.

 

Combien êtes-vous actuellement?
Quatre. Dont deux frères assez âgés, qui font donc partie de la population la plus exposée.

Vous êtes tous en bonne santé?
Grâce à Dieu! L’un de nos frères a subi récemment une opération qui nécessite un suivi. Cela se fait à distance. Tous les actes médicaux non urgents ont été reportés.

Le confinement a-t-il modifié vos habitudes?
Oui. En temps normal, nous allons à tour de rôle faire les courses en ville. Mais depuis la mi-mars, je suis le seul habilité à quitter le monastère. Ceci est valable aussi pour certaines "corvées" comme… descendre les poubelles. [Il sourit] Nous devons le faire une fois par semaine, en voiture, car le camion des éboueurs ne monte pas jusqu’à la bastide.

Vous êtes donc amené à croiser du monde…
Forcément. Mais je respecte les gestes barrières. Et lorsque je rentre dans mon ermitage, je me déshabille aussitôt et je lave tous mes vêtements.

Quid de vos pratiques liturgiques?
Nous suivons à la lettre les consignes du diocèse de Toulon. Les gestes de paix, que nous échangions jadis, sont désormais proscrits. Lorsque nous communions, nous trempons l’hostie à tour de rôle dans le calice ; seul le dernier boit et purifie. De même, nous ne concélébrons plus les messes.

 

Vous accueillez toujours le public pendant les offices?
Oui. Les fidèles restent les bienvenus à 6 heures, 8 h 30, midi, 18 heures et 20 heures. Mais pour être franc, les croyants qui montent jusqu’à nous sont assez rares – même en temps normal. [Il rit] Notre chapelle reste ouverte tous les jours de 9 h 30 à 19 h 30, sauf le dimanche où nous fermons à 17 h 45. Par mesure de précaution, nous avons interdit l’accès à la nef ; ceux qui viennent prier à nos côtés restent dans le narthex (2).

Avez-vous dû restreindre certaines de vos activités?
À titre personnel, j’avais l’habitude de faire du sport dans notre parc de 62 hectares. Désormais, je reste à l’intérieur.

Quels sont les besoins de votre communauté?
Aujourd’hui, ils sont très faibles. Mais nous serions comblés si quelqu’un pouvait nous fournir des gants. Je n’en ai plus. Une dizaine de paires nous suffirait!


1. En janvier 2018, plusieurs fidèles affirment avoir vu Xavier Dupont de Ligonnès à un office religieux au monastère. Le frère prieur a été confondu avec l’homme soupçonné du meurtre de cinq membres de sa famille, introuvable depuis 2011.
2. Le narthex est un portique interne aménagé à l’entrée de certaines églises. C’est un espace intermédiaire entre le profane et le sacré, avant d’accéder à la nef proprement dite.

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