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Le célèbre architecte d'intérieur Jacques Garcia va réinterpréter l'hôtel Métropole de Monaco

Mis à jour le 25/11/2019 à 09:51 Publié le 25/11/2019 à 10:00
Jacques Garcia dans le décor de la suite Carré d’Or de l’hôtel Métropole Monte-Carlo, qu’il vient de raviver.

Jacques Garcia dans le décor de la suite Carré d’Or de l’hôtel Métropole Monte-Carlo, qu’il vient de raviver. Photo Jean-François Ottonello

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Le célèbre architecte d'intérieur Jacques Garcia va réinterpréter l'hôtel Métropole de Monaco

L’architecte d’intérieur et décorateur a imaginé l’atmosphère du palace d’il y a quinze ans, qu’il va réinstaurer l’an prochain. Il explique son métier et sa manière de travailler

Son nom sonne comme une référence. Rimant d’emblée avec des ambiances chics ou extravagantes qu’il signe partout dans le monde.
L’architecte d’intérieur et décorateur Jacques Garcia a commencé sa carrière dans les années 70.

En quatre décennies, il a créé ou ravivé de nombreux lieux mythiques : l’hôtel Costes à Paris, le Danieli à Venise, la Mamounia à Marrakech, le NoMad à New York.

"Au cours de ma carrière, j’ai refait aussi bien des salons de Versailles et du Louvre que l’hôtel Wynn à Las Vegas. Il y a un grand écart que je trouve très bien", sourit-il.

En 2004, il est choisi par le propriétaire de l’hôtel Métropole Monte-Carlo pour imaginer l’atmosphère de l’établissement et le décorer. Il en fait un palace au décor cossu et confortable qui a bien traversé les années. Pour autant, un rafraîchissement s’impose aujourd’hui, entamé ces derniers mois par le lobby et les salons de l’hôtel.

Ces jours-ci, Jacques Garcia a rafraîchi l’atmosphère de la suite Carré d’or, la plus chic de l’hôtel. Un appartement privé qui surplombe l’hôtel et domine Monte-Carlo dans une atmosphère chaleureuse et douce, appuyée par de nouveaux canapés de velours aubergine.

L’étape suivante se fera en 2020 dans toutes les chambres du palace. Dans le même style. "L’esprit reste le même mais les goûts changent, nous allons réactualiser les tissus, les remettre en parfait état", promet-il. Avant d’en dire plus sur son métier…

Quel regard portez-vous sur cet hôtel que vous avez fait renaître en 2004?
J’ai un regard particulier parce que c’était un challenge au départ assez difficile. Vous arriviez à Monaco à l’époque, vous trouviez un hôtel prestigieux, l’Hôtel de Paris que l’on ne peut pas nier. L’ancien Métropole avait été fait façon "faux Hôtel de Paris". Évidemment, le faux est toujours moins bien que le vrai par principe. Mon idée était de faire totalement différent, en évoquant un thème méditerranéen, l’esprit de la Riviera. Ce mot rappelle Agnelli, Maria Callas, les Noailles, les Riva en acajou, un monde absolument extravagant qui nous fait encore rêver même si le monde est aujourd’hui vulgarisé. Mais dans notre inconscient collectif, nous gardons cette belle idée. C’est ce qui m’a inspiré et ce n’est pas rentré en concurrence avec l’hôtel de Paris. C’est un autre monde. Et le Métropole est devenu une entité aussi forte que l’Hôtel de Paris, c’est ça la réussite. Imaginez que l’on construise Versailles à côté de Versailles, c’est dur de faire bien. Au Métropole, on a fait un deuxième Versailles, autrement.

Le challenge était aussi en extérieur?
En effet, c’était très compliqué car l’entrée de l’hôtel se faisait par un centre commercial. Personne n’a envie de pénétrer dans un palace en entrant dans un supermarché (rires). Alors, j’ai remonté les végétaux, créé l’arc de triomphe et cette grande descente comme un jardin florentin pour que le centre commercial ne soit plus partie intégrante de la vision immédiate que l’on a de l’hôtel. Le propriétaire craignait pour l’attractivité du centre commercial. Mais je pensais qu’à la fois l’hôtel et le centre commercial fonctionneraient séparément. Et ce fut le cas.

Créer des hôtels, c’est ce qui vous amuse le plus dans votre métier?
Disons que c’est un paradoxe car je ne suis pas un homme de lieux publics. Pourquoi? Parce que j’ai la chance d’avoir sûrement une des plus belles maisons de France (le château du Champ-de-Bataille en Normandie, ndlr) et de connaître des gens qui ont d’aussi belles maisons. Mon plaisir c’est d’inviter chez moi et d’être invité chez eux. Je ne vais dans un lieu public que si mon maître d’hôtel et mon chef cuisinier sont en vacances, sinon je reste chez moi (rires). Pourquoi irais-je me vulgariser dans un lieu moins bien ? Sauf quand il me vient à l’idée de faire des rencontres, je ne vais pas faire des rencontres dans mon salon. Donc je sors…

Ce qui explique votre goût pour les hôtels que vous concevez avec des lobbys attractifs et animés?
Je l’ai fait dans le monde entier, en effet. J’ai sacrifié souvent aux chambres pour les lobbys. Comme pour une maison, si votre salon n’est pas bien, vos invités auront du mal à juger de votre chambre. Je pense que les lobbys donnent une dynamique au lieu. C’est l’endroit où l’on fait des rencontres. On vient dans un hôtel de luxe pour quoi au fond ? Pour être vu et voir. Et mieux encore, pour draguer et être dragué. Alors si la lumière est laide, si vous êtes mal assis, si vous voyez moche celui qui est en face de vous, lui aussi vous voit moche. J’ai voulu faire des lieux attractifs, où les gens se mélangent. Car j’aime les mélanges. Je suis un homme de strates autant dans les décors que dans les êtres humains. C’est mon goût profond. C’est ce que j’ai fait d’ailleurs à l’hôtel Costes, le premier que j’ai réalisé à Paris où j’ai mélangé l’aristocratie française avec des rockeurs et des comédiens. Et c’est ce qui a fait le succès de cet endroit !

Le secret du style Garcia, c’est donc un mélange des genres?
En partie oui, mais davantage encore. C’est le rapport à l’espace. Je ne peux pas mettre une couleur dans un espace qui ne me convient pas. Il faut que l’énergie soit bonne dans un endroit pour le décorer. Ensuite, je n’ai aucun goût particulier. J’ai le goût de tout ! C’est ça au fond le style Garcia. Je me refuse au goût unique. Le seul interdit, c’est quand je ne ressens pas un lieu.

Vous exercez un métier devenu très tendance ces dix dernières années. Quel est votre regard sur la profession?
Dans ce métier, il y a deux branches: il y a des concepteurs d’espaces et d’atmosphère dont je fais partie. Et puis il y a des accrocheurs de rideaux ! Certains exercent car ils ont besoin de travailler et que « décorateur », mondainement, ça marche. Mais ce n’est pas le même métier.

La légende dit que lorsque vous avez été approché pour rénover la Mamounia à Marrakech, vous avez dit au roi du Maroc: "J’accepte si je peux tout détruire"…
L’histoire est que j’ai connu la Mamounia à 18 ans avec ma grand-mère. C’était le plus bel endroit du monde, j’y ai attrapé le goût de l’Orient, alors que je suis féru du XVIIe de base, le plus classique des Français. J’y suis retourné après les travaux de rénovation au début des années 80, je suis resté une journée et je suis parti en larmes. J’avais l’impression qu’on m’avait détruit un jouet. Cela m’a rappelé quand, étudiant, j’avais participé à un sit-in pour protester contre la destruction des halles de Baltard. Un homme qui a vu dans sa jeunesse détruire les halles de Baltard pense que tout est possible. Imaginez qu’aujourd’hui on démolisse la tour Eiffel! Les halles, c’était tout aussi extraordinaire!
Alors oui, j’ai dit au roi du Maroc que je n’aimais pas ce que son père avait fait de la Mamounia. Ce n’était pas simple, j’ai proposé d’ajouter des bâtiments pour cacher les vilains qui avaient été érigés. Et à l’intérieur, de tout revoir pour tenter d’évoquer le goût du voyage que l’hôtel possédait avant.

Au Métropole, vous n’allez pas tout casser pour revoir votre partition l’an prochain?
Non non, nous allons seulement réactualiser les lieux. L’hôtel n’a pas besoin d’être changé. Il plaît et il a toujours plu. Les lieux mythiques vous ne les changez pas, vous ne faites que les réadapter en permanence!

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