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L'avenir de cette belle villa abandonnée depuis 30 ans inquiète la Ville de Menton

La propriété qui jouxte les jardins Serre de la Madone est laissée à l’abandon depuis 30 ans. Son nouveau propriétaire aurait dû entamer des travaux avant 2020. On fait le point.

Célia Malleck Publié le 02/09/2021 à 12:30, mis à jour le 02/09/2021 à 10:44
La Ville de Menton l’avait vendue pour 1,5 million d’euros à Philippe Laïk en 2016. Photo Jean-François Ottonello

Son apparition dans le dernier épisode de la série Disparu à jamais sur Netflix a ravivé des souvenirs... et soulevé des interrogations. Que devient la villa Mer et Monts sur les hauteurs de Menton?

Construite au début du XXe siècle, la bâtisse est surtout connue pour avoir abrité, jusqu’en 1985, une maison de repos. Le Département l’a bradé à la Ville qui l’a vendue à son tour, en 2016, pour 1,5 million d’euros à un promoteur immobilier. Ce dernier voulait la réhabiliter pour en faire un centre culturel et artistique d’ici 2020. Mais depuis la vente, rien n’a bougé.

Il y a bien des grilles de chantier frappées d’un panneau "propriété privée, défense d’entrée" des caméras et un échafaudage qui ont été installés. Mais aucuns travaux n’ont été réalisés sur l’édifice de 2.700 m2 et sa terrasse de 300 m2 bordée d’une verrière.

La "belle baraque" du Val de Gorbio abandonnée depuis 30 ans continue de tomber en lambeaux. Lentement. Sous les yeux impuissants des habitants du quartier. "C’est devenu un squat", souffle l’un d’eux, dépité.

 

La maison "en état de ruine avancée"

Les photos d’amateurs d’urbex en témoignent. La demeure est dans un sale état. Extérieur comme intérieur. Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel dresse le constat: "En état de ruine avancée, la maison, abandonnée, comporte de nombreuses altérations dues aux casses et au vandalisme. Des mesures de sauvegarde urgentes sont à mettre en place."

L’acheteur aurait-il voulu changer de projet en cours de route? Ou ses finances ne lui auraient pas permis de mener à bien les travaux de rénovation estimés à plusieurs millions d’euros? Dur à dire. L’intéressé, Philippe Laïk, n’a pas répondu à nos sollicitations.

La Ville de Menton a, de son côté, reconnu que "l’avenir de Mer et Monts est une vraie question".

Le permis de construire bientôt périmé

"L’acte de vente précisait que tous les travaux doivent être faits avant 2020", rappelle le maire de la commune, Jean-Claude Guibal, qui a accordé un permis de construire en 2016.

 

Selon le code de l’urbanisme, il faut entreprendre les travaux dans les trois ans qui suivent l’obtention du permis. Sinon, ce dernier n’est plus valable. Mais il est possible de le prolonger deux fois, ce qui augmente sa validité à cinq ans.

L’échéance arrive à terme. Et l’adjointe à l’Urbanisme, Gabrielle Bineau, a indiqué organiser une réunion avec le promoteur immobilier « dans les semaines à venir » pour faire le point sur ce projet.

Trois scénarios peuvent être envisagés selon la Ville: soit le propriétaire réalise la totalité des travaux dans les plus brefs délais, soit il les fait au fur et à mesure, soit il demande l’annulation du permis de construire et paye des pénalités.

La suite au prochain épisode.

Un terrain de jeu pour fans d’urbex

La Côte d’Azur n’est pas un gros spot d’urbex, qui est le diminutif d’exploration urbaine. Il faut dire aussi qu’il n’y a pas beaucoup de lieux abandonnés dans les Alpes-Maritimes, vu le prix du m2.

Parmi les plus légendaires, on compte le Sanatorium Felix-Zehetner, le château Robert Hansen et l’ancien observatoire de Cannes. Mais la villa Mer et Monts, aussi, fait fantasmer. Il suffit de taper dans la barre de recherche de son ordinateur…

Au moins une dizaine de blogs ou de vlogs [blogs vidéos, ndlr.] y font référence, souvent sous d’autres noms dont on a du mal à comprendre la signification: la villa Balthazar ou encore August Sangret. Urbex Session a même inventé une histoire à dormir debout autour d’un mystérieux Edouard de Souze. Bourgeois, pétomane et psychopathe de surcroît.

Tous partagent des images de leur visite, sans révéler l’emplacement exact. C’est la première règle et elle est aussi sacrée que celle du Fight Club.

L’objectif? Préserver au maximum le patrimoine des tags et du vandalisme. Les détériorations du temps étant les seules acceptées.

Mais quel plaisir il peut y avoir à visiter une maison abandonnée? L’atmosphère, la curiosité, la beauté des lieux, des stigmates du temps comme allégorie de la mort ? L’adrénaline? La transgression de l’interdit?

Peut-être un peu tout. Au point que la pratique, interdite, fait de plus en plus d’adeptes.

Mer et Monts se situe sur un terrain de 20 000 m2 attenant au jardin Serre de la Madone. La villa est construite sur six niveaux hors sol et dispose d’une surface plancher de 2 700 m2. Sa terrasse de 300 m2 est formée d’un soubassement en pierre à arcades. Elle est dotée d’une verrière qu’on peut apercevoir depuis la route.

À l’intérieur, une quarantaine de pièces sont distribuées par des grandes arches. Et un escalier Belle Époque.

L’inventaire général du patrimoine culturel liste aussi "les décors peints décoratifs à motifs végétalisés formant une frise sous la saillie de la toiture en avancée, les décors peints bleus sur les cintres de baies, les balustres en terre cuite, les tuiles écailles vernissées bleu turquoise sur certaines couvertures, les menuiseries de fenêtres avec impostes cintrées et la verrière."

Scanner du domaine

Mer et Monts se situe sur un terrain de 20 000 m2 attenant au jardin Serre de la Madone. La villa est construite sur six niveaux hors sol et dispose d’une surface plancher de 2.700 m2.

Sa terrasse de 300 m2 est formée d’un soubassement en pierre à arcades. Elle est dotée d’une verrière qu’on peut apercevoir depuis la route.

À l’intérieur, une quarantaine de pièces sont distribuées par des grandes arches. Et un escalier Belle Époque.

L’inventaire général du patrimoine culturel liste aussi "les décors peints décoratifs à motifs végétalisés formant une frise sous la saillie de la toiture en avancée, les décors peints bleus sur les cintres de baies, les balustres en terre cuite, les tuiles écailles vernissées bleu turquoise sur certaines couvertures, les menuiseries de fenêtres avec impostes cintrées et la verrière."

Repères chronologiques

Entre 1882 et 1890

Marchais de la Berge, sénateur de La Loire sous la IIIe République, achète plusieurs parcelles de terrain situées route de Gorbio.

1905

Onze ans après sa mort, sa veuve décide de vendre le domaine à un Lord anglais, Charles Smith-Ryland. Comme beaucoup de compatriotes, il choisit de construire une maison de villégiature à Menton.

Il fait démolir la demeure, trop petite pour accueillir ses grandes réceptions, et fait appel à Abel Gléna, l’un des principaux architectes mentonnais de la Belle Époque.

Ce dernier fait construire la villa actuelle.

1914

Le propriétaire de la demeure meurt à l’âge de 54 ans.

À partir de 1917

La villa est transformée en maison de repos et de maternité. Son personnel est intégralement britannique. Parmi les patients, se trouve la mère du major Lawrence Johnston, le propriétaire du jardin Serre de la Madone, qui jouxte la pension.

1940

le conseil général acquiert la villa Mer et Monts auprès de la famille Smith-Ryland pour y installer une maison de retraite.

1985

le domaine accueillera des personnes âgées. Puis il sera déclaré non conforme, ce qui entraînera le regroupement de la maison de la fondation Jules-Gastaldy à Gorbio. La villa reste vide.

2002

Le Département vend, pour l’euro symbolique, Mer et Monts à la Ville de Menton. « Les travaux étaient estimés à près de 25 millions d’euros », selon le maire.

2013

La Ville étudie cinq projets de reprise. Une brasserie est écartée, un centre d’affaires aussi.

Trois restent en lice: celui de Philippe Laïk qui proposait une "Fondation des cultures méditerranéennes: Lumières Méditerranée", LPLL Holding envisage de créer une résidence hôtelière haut de gamme de 86 lits touristiques. Échiquier Patrimoine veut aussi en faire une résidence de tourisme.

Mais le premier remporte le permis. "On ne voulait pas transformer ce patrimoine en logements, souligne Jean-Claude Guibal. Et on voulait garder les deux petites maisons qui sont sur le terrain."

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