La sécheresse exceptionnelle met à mal la nouvelle récolte d'olives dans le haut pays mentonnais

À cause de la sécheresse exceptionnelle, les oléiculteurs des vallées de la Roya et de la Bévéra ont vu leur production chuter. Pour tous, le constat est le même : ils ne peuvent plus en vivre.

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Célia Malleck Publié le 06/12/2022 à 17:04, mis à jour le 06/12/2022 à 15:10
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La combinaison des nappes et cours d’eau asséchés ont forcément fait souffrir les arbres. Photo Dylan Meiffret

"C’est une catastrophe", souffle Abel Pottier. L’oléiculteur installé entre Breil-sur-Roya et Saorge vient de terminer sa récolte d’olives le moral dans les chaussettes. Cette année, comme en 2021, ses 350 arbres n’ont quasiment rien donné. La double peine pour ce producteur qui a perdu l’accès à sa parcelle lors de la tempête Alex.

"J’ai à peine de quoi faire 100 litres d’huile quand, en 2020, j’en faisais 1.500. Et encore, je ne peux pas la vendre parce que les olives n’étaient pas belles, se désole le producteur. Elle servira à ma consommation personnelle ou celle de mes proches."

Ce constat, Abel Pottier n’est pas le seul à le faire. Un peu partout dans la vallée de la Roya et de la Bévéra, la récolte a été mauvaise à cause de la sécheresse qui sévit depuis plus d’un an dans les Alpes-Maritimes. Le bilan de la saison de recharge en eau (de septembre 2021 à mars 2022) est si déficitaire que la préfecture avait, dès le 31 mars, pris un arrêté pour placer le département en « alerte sécheresse ». Il vient d’être reconduit jusqu’au 15 décembre.

À cause de la sécheresse, la récolte des olives a commencé plus tôt cette année. Photo DR.

"Les fleurs ont grillé"

La combinaison des nappes et cours d’eau asséchés ont forcément fait souffrir les arbres. "Les olives ont grossi vite, explique Abel Pottier. Les arbres ont fleuri plus tôt, mais les températures élevées ont grillé les fleurs. Et comme il n’y avait pas assez d’eau, les fruits n’ont pas pu se transformer. Ceux qui ont réussi ont été piqués par la mouche."

L’exploitation de Frédéric Soffiotti a été un peu plus épargnée. L’oléiculteur possède 5 ha et un petit moulin sur les hauteurs de Sospel. Ses mille oliviers sont répartis sur des parcelles situées dans différents quartiers de la commune, ce qui l’a sauvé.

"Il y a d’énormes disparités selon les quartiers, ou même certaines parcelles. On peut trouver des arbres chargés et d’autres pas du tout, explique le producteur qui a repris l’exploitation familiale il y a près de 20 ans. Globalement les oliviers les plus anciens ont gardé leurs fruits, mais les plus jeunes les ont perdus cet été".

"J’ai à peine de quoi faire 100 litres d’huile quand, en 2020, j’en faisais 1.500. Et encore, je ne peux pas la vendre parce que les olives n’étaient pas belles, se désole le producteur. Elle servira à ma consommation personnelle ou celle de mes proches." Photo DR.

Il espère ramasser 1,5 tonne d’olives cette année. "C’est un cinquième de ce qu’on récolte en moyenne, mais au moins il y en a. Pas beaucoup et pas de grande qualité, c’est vrai, mais on pourra faire 200 litres d’huile et le reste de la récolte sera mis au sel pour la pâte d’olive et la tapenade."

Faut-il s’attendre à mieux l’année prochaine? Frédéric Soffiotti hausse les épaules. "On n’en sait strictement rien. Il faudrait déjà qu’il pleuve et qu’il neige cet hiver. Mais il faut savoir que les oliviers produisent en dents de scie. Après une bonne année, comme en 2020, il faut toujours s’attendre à une ou deux mauvaises années derrière."

Il reste optimiste: "On finira par avoir une belle récolte, mais on ne sait pas quand. Ce qui est dur, c’est qu’en attendant, on perd les marchés."

Mais il s’y est préparé. "Ça fait 20 ans qu’on subit le changement climatique, donc on a dû s’adapter". En plus des oliviers, le Sospellois cultive ses vergers. Les fruits lui permettent de faire de la confiture et divers produits transformés à l’année.

"L’agriculture paysanne est compliquée dans la région. Les oliviers sont plantés sur des restanques. Il faudrait pouvoir les irriguer, mais ils ne sont pas accessibles. On ne peut rien mécaniser." Photo DR.

"On ne peut plus en vivre"

"C’est ce qui nous permet de vivre, explique l’agriculteur. On ne peut plus être de purs oléiculteurs. Donc on continue de se diversifier et d’utiliser les sols autrement. Sous les oliviers, on fait du pâturage des ânes ou des vaches, des céréales, des jardins, comme les anciens avant."

À Piène-Haute, même discours. Eric Reiffsteck possède 800 oliviers mais aucun n’a donné. Il s’en est lassé. "J’ai pris de la distance par rapport à l’oléiculture, alors que le domaine de la Chapelle Saint-Jérôme était l’un des plus gros producteurs", avoue le paysan.

"Il y a quinze ans, j’ai changé de vie et quitté la région parisienne pour m’installer ici, faire de l’huile d’olive et de la pâte d’olives AOP de Nice qu’on vendait dans des magasins bios. Mais j’ai vite vu que ce n’était pas rentable."

Pour lui, le réchauffement climatique n’est pas le seul coupable. "L’agriculture paysanne est compliquée dans la région. Les oliviers sont plantés sur des restanques. Il faudrait pouvoir les irriguer, mais ils ne sont pas accessibles. On ne peut rien mécaniser."

Eric Reiffsteck a donc changé son fusil d’épaule et s’est diversifié dans la culture des plantes aromatiques. Il vient de lancer sa marque de parfum « Paysan parfumeur » en espérant un avenir meilleur.

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