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La rencontre entre Honoré V et Napoléon Extrait d’un article d’Alexandre Dumas paru dans Le Voleur du 30 juin 1841

Mis à jour le 14/12/2019 à 10:16 Publié le 14/12/2019 à 10:16
Le prince Honoré et Napoléon (ancien Musée de Cires de Monaco - 27 rue Basse sur le Rocher).	(DR)

La rencontre entre Honoré V et Napoléon Extrait d’un article d’Alexandre Dumas paru dans Le Voleur du 30 juin 1841

Retrouvez chaque mois la chronique proposée, en français et en langue monégasque, par le Comité national des traditions monégasques

Cette année, nous fêtons le bicentenaire de l’avènement du prince Honoré V ainsi que le 250e anniversaire de la naissance de Napoléon. Hasard de l’histoire comme la rencontre fortuite le 2 mars 1815 près de Cannes de l’empereur déchu avec Honoré-Gabriel, duc de Valentinois, futur Prince de Monaco sous le nom d’Honoré V (1) !

D’un côté, l’empereur déchu quitte l’île d’Elbe où il avait été envoyé en exil après le traité de Fontainebleau et débarque à Golfe-Juan le 1er mars 1815, pour commencer sa dernière épopée avec l’extraordinaire aventure des « Cent jours ». De l’autre, le prince héréditaire Honoré Gabriel venant prendre possession de ses États arrive à Cannes à la même date. En effet, son père Honoré IV, malade, ne pouvant se rendre auprès de ses sujets, lui avait conféré la délégation du pouvoir souverain dans la Principauté.

Cette rencontre eut lieu sans témoins, comme le précise le maire de Cannes dans un rapport rédigé le lendemain : « Monseigneur le Prince de Monaco… fut appelé par Napoléon qui le garda jusque vers les quatre heures. La conversation ne fut pas entendue. » Les chroniqueurs de l’époque ne manquèrent pas de combler ce vide en imaginant des dialogues tous plus ou moins fantaisistes. Alexandre Dumas lui-même, dans un article paru dans Le Voleur du 30 juin 1841, relata de manière anecdotique et amusante, voire quelque peu désobligeante, cette entrevue (voir le texte ci-dessous).

Ainsi la mémoire collective ne retiendra de cette rencontre que la petite histoire rapportée par Gustave Saige lui-même dans son Histoire de Monaco : « L’entrevue fut cordiale ; suivant la légende qui s’est faite, le prince ayant répondu à une question de l’empereur : “Je vais chez moi, à Monaco”, Napoléon aurait riposté : “Et moi aussi aux Tuileries”. »

Achëst’anu se festa u biçentenari de l’avenimentu d’u Prìncipu Unuratu V e tambèn u 250èsimu aniversari d’a nascença de Napuleùn. Azardu d’a stòria cuma a rescontra imprevista de l’imperatù scadüu cun Unuratu Gabriele, düca de Valentinois, u fütüru Prìncipu de Mùnegu, Unuratu V, da vijìn de Cannes u dui de marsu d’u 1815.

D’ün custà, l’Imperatù scadüu à lasciau l’ìsura d’Elba unde è stau mandau ün esìliu dopu u tratau de Fontainebleau per desbarcà a Gurfu Giuàn u primu de marsu d’u 1815 e cumençà a so’ ürtima e fantàstica aventüra d’i « Çentu giurni ». De l’àutru, u Prìncipu ereditari Unuratu Gabriele s’üncaminandu versu Mùnegu per ientrà ün pussessu d’i soi Stati, è arrivau a Cannes u stëssu giurnu. De fati, So pàire Unuratu IV tropu marotu per se rende a cantu d’i soi süditi, gh’avëva dau a delegaçiùn d’u putere suvràn ünt’u Principatu.

Achësta rescontra è capità sença testemoni cuma l’à nutau, ünt’ün raportu scritu u lündemàn, u Mera de Cannes : « Munsignù u Prìncipu de Mùnegu… è stau ciamau da Napuleùn che l’à retegnüu finta circa qatr’ ure d’a matìn. S’è mai savüu çe che s’è ditu. ». I cronisti d’achëli tempi se sun dai prun da fà per imaginà diàlughi, tüti ciü o menu fantaschi. Alessandru Dumas, ëlu stëssu, ünt’ün artìculu stampau ünt’u « Voleur » d’u 30 d’u mese de San Giuane d’u 1841 à relatau achësta rescontra ün modu scherçusu, ançi ün pocu despieijente.

Cuscì, a memòria culetiva à retegnüu d’achësta rescontra sulu a picina stòria rapurtà da Gustave Saige ünt’a so’ Stòria de Mùnegu : « A rescontra è stà curdiala ; segundu a legenda, u Prìncipu averëssa respundüu a üna demanda de l’Imperatù : «Me ne vagu ün casa mea, a Mùnegu « e Napuleùn averëssa replicau : «E min tambèn, a ë « Tuileries «.»

« Tiens c’est vous, Monaco ? dit en voyant le Prince l’homme en costume de général. Laissez passer le prince, ajouta-t-il aux artilleurs qui barraient le passage, c’est un ami.

Le prince de Monaco se frotta les yeux.

- Comment ? c’est vous Drouot (1) ? lui dit-il.

- Moi-même, mon cher prince.

- Mais je vous croyais à l’île d’Elbe avec l’empereur.

- Nous y étions en effet, mais nous sommes venus faire un petit tour en France ; n’est-ce pas, maréchal ?

- Tiens ! c’est vous, Monaco ? dit le nouveau venu ; et comment vous portez-vous, mon cher prince ?

Le prince de Monaco se frotta les yeux une seconde fois.

- Et vous aussi maréchal ! lui dit-il, mais vous avez donc tous quitté l’île d’Elbe ?

- Eh ! mon Dieu ! oui, mon cher prince, répondit Bertrand (2) ; l’air en était mauvais pour notre santé, et nous sommes venus respirer celui de France.

- Qu’y a-t-il donc, messieurs ? dit une voix claire et impérative, devant laquelle le groupe qui entourait le prince s’ouvrit.

- Ah ! ah ! c’est vous, Monaco ? dit la même voix.

Le prince de Monaco se frotta les yeux une troisième fois. Il croyait faire un rêve.

- Oui, Sire ! Oui, dit-il ; oui, c’est moi, mais d’où vient Votre Majesté ? où va-t-elle ?

- Je viens de l’île d’Elbe et je vais à Paris. Voulez-vous venir avec moi, Monaco ? Vous savez que vous avez votre appartement aux Tuileries.

- Sire ! dit le prince de Monaco qui commençait à comprendre, je n’ai point oublié les bontés de Votre majesté pour moi, et j’en garderai une éternelle reconnaissance (3). Mais il y a huit jours à peine que les Bourbons m’ont rendu ma Principauté (4), et il n’y aurait vraiment pas assez de temps entre le bienfait et l’ingratitude. Si Votre Majesté le permet, je continuerai donc ma route vers ma Principauté, où j’attendrai ses ordres.

- Vous avez raison, Monaco, lui dit l’empereur, allez, allez ! seulement vous savez que votre ancienne place vous attend et je n’en disposerai pas… »

Le prince Honoré V peu de temps avant sa mort survenue le 2 octobre 1841 ripostera dans une lettre au journal : «… laissant aux esprits sages, aux personnes de bon goût, le soin d’apprécier le fond et la forme de cette composition, je me borne à une inscription en faux contre le trivial récit de ma rencontre en 1815 avec l’empereur. Cette inscription se motive sur ce que, dans ce singulier roman, l’auteur, en voulant faire de l’histoire a créé une fiction… »

Le Prince apportera des rectifications sur les circonstances et le déroulement de la rencontre mais jamais sur l’entrevue elle-même entretenant ainsi la légende…

Le prince Honoré V.	(DR)

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