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La photographe Solange Podell s’est éteinte à Monaco

Mis à jour le 07/03/2020 à 11:15 Publié le 07/03/2020 à 11:14
À 20 ans, Solange Podell s’aventurait à Hollywood, avant d’immortaliser la princesse Grace et de devenir « la première femme photographe sur les circuits de F1 ».
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La photographe Solange Podell s’est éteinte à Monaco

Personnage romanesque passé par les planches de Broadway et les plateaux d’Hollywood, la Française a rejoint les étoiles à l’âge de 92 ans, là où la princesse Grace lui avait tendu la main

Quelle vie trépidante que celle de Solange Podell ! Décédée le 3 mars dernier au CHPG, à l’âge de 92 ans, la photographe française avait élu domicile en Principauté depuis près de cinquante ans. « Un havre de paix, à la fois petit et très international, c'est ce qui m'a séduit », nous confiait-elle en marge d’une exposition à la Direction du Tourisme, en 2016.

D’origine irlandaise, Solange Podell grandit sans son père mais près de sa mère et son second époux. « Elle se complaisait à me dire qu’elle était née le 1er juin 1927, comme Marilyn Monroe qui était née le 1er juin 1926 », se souvient son biographe officiel, Cyriaque Griffon, qui avait fait la connaissance de cette muse en 2010, avant d’entretenir un lien privilégié avec elle jusqu’à la sortie de la biographie intitulée Mademoiselle Trystram, en 2015. « Ce livre n’existerait pas non plus si la Princesse Grace de Monaco, qui avait illuminé le Festival de Cannes de sa présence, n’avait pas fait ensuite appel à moi pour figer sur papier glacé la vie de la Principauté », écrit-elle alors à son conteur.

Au cœur de la Révolution cubaine

Une rencontre « peu banale », née en marge de la rédaction d’un livre sur un contre-révolutionnaire cubain (Havana 505). « Il m’a parlé de Solange Podell et m’a conseillé de me rapprocher d’elle car elle avait beaucoup de documents et avait assisté à la Révolution cubaine. »

Cyriaque retrouve la trace de Solange à Monaco et, « tel le spin-off d’une série TV », se rend compte, qu’au-delà de sa contribution à ses écrits, elle est elle-même un personnage romanesque. Une femme à l’existence « pleine de rebondissements ».

Parmi les documents de Solange, une lettre « intrigante », en pleine chasse aux sorcières (1950-1954) du sénateur McCarthy. « Il était écrit : “Est-ce que tu pourras parler à la secrétaire de Mme Kennedy à propos de tu sais quoi”. En fait, elle essayait de faire revenir Charlie Chaplin [immigrant anglais considéré comme sympathisant des communistes dont le visa a été supprimé en 1952, ndlr] aux États-Unis », confie le biographe.

« Je n’ai pas aimé Hollywood ! »

Avant, sous l’Occupation, Solange s’était réfugiée dans la danse au corps des ballets russes du théâtre du Châtelet. Soliste, elle côtoie un certain Maurice Chevalier dès ses 13 ans et semble promise à un grand destin. L’Amérique lui tend les bras.

Solange Podell laisse son nom aux génériques de quelques pellicules des années quarante et cinquante, parfois comme simple figurante (Les Enfants du Paradis, de Marcel Carmé ; Antoine et Antoinette, de Jacques Becker ; Quai des Orfèvres, de Georges-Henri Clouzot), avant de débarquer à Los Angeles.

À Hollywood, elle déchante. Contrairement à son aînée, Marilyn, quelques mois suffiront à la refroidir. Car, là-bas, certains l’aiment chaud. Et bien avant l’ogre Weinstein, il semblerait que quelques comportements laissaient à désirer. « Elle est arrivée à Hollywood à vingt ans. C’était posez-vous là, on va vous refaire les dents, etc. Et puis il y avait des histoires un peu bizarres… », résume pudiquement Cyriaque Griffon.

Elle traverse alors les terres de l’Oncle Sam comme membre d’une troupe itinérante. Terminus : New York.

La « Grosse Pomme », dont elle garde le meilleur souvenir. « Je n'ai pas aimé Hollywood ! », nous confiait-elle.

De Warhol à Welles

Femme de caractère, elle étudie sous la direction d'Elia Kazan, passe par l'Actor’s Studio où elle côtoie Marlon Brando, puis brave les planches des théâtres et hume la clameur autour des comédies musicales de Broadway. Elle fera même partie des très sexy Bluebell Girls et apparaîtra dans des productions de la télévision CBS (Omnibus, Studio One). Mais le rendez-vous manqué avec le 7e art restera peut-être son plus grand regret.

Si elle fréquente des génies comme Andy Warhol, dont elle fera par la suite une série de portraits à la terrasse d'un hôtel à Cannes en 1972, elle ne mène pas toujours sa carrière comme elle l’entend.

« Elle était mariée à un ophtalmologue américain qui lui a un peu mis des bâtons dans les roues. Un jour elle avait un projet avec Orson Welles et il lui a conseillé de ne pas y aller. Elle a été un peu black-listée après », relate Cyriaque Griffon.

La princesse Grace et Hitchcock à Cannes

Le déclic viendra de la photographie. L’émancipation sur les bancs de la Famous Photographers School, où elle obtient son diplôme. Elle est alors remarquée par le magazine Look parmi 3 000 candidats. Et direction Cannes pour couvrir le Festival. Là, sur la pointe des pieds, elle immortalise Grace Kelly aux côtés d’Alfred Hitchcock. Nous sommes en 1972 et le cliché tape dans l’œil de la princesse de Monaco.

Elle deviendra la photographe attitrée de l'office de tourisme de Monaco à New York et en Principauté, où elle s’établit en 1973.

« J'ai toujours eu la soif d'apprendre, je me suis toujours intéressée à tout ce qui était artistique », avoue celle qui confectionnera même des robes haute couture et des t-shirts pour l'exposition New York, New York au Grimaldi Forum, en 2006. Avant de collaborer à l’exposition Les années Grace Kelly, Princesse de Monaco, en 2007.

En marge du 67e Grand Prix de Formule 1 de Monaco, Solange Podell exposa également une trentaine de clichés dans l’atrium du Casino de Monte-Carlo. Des photos de pilotes par celle qui fut « la première femme photographe sur les circuits de F1, comme la première femme blanche photographe dans le Harlem des années soixante », note Cyriaque Griffon.

« Monaco m’a toujours inspirée »

Un goût du photoreportage attisé par sa rencontre avec Georges Bertellotti, illustre journaliste sportif, membre de l’Automobile Club de Monaco et fondateur, entre autres, du Sportel et des Podiums d’Or. « J'ai ressenti auprès de ce grand professionnel, ce qui l'animait le plus : la qualité des rapports humains. »

Savaldor Dali, qui l’a surnommé « Soledad », disait de Solange Podell « qu'au-delà des noirs et des gris de ses tirages, elle suscitait l'âme ». Quant au photographe Richard Avedon, il lui trouvait un sens inné du cadrage.

Avant de sortir de l’objectif, Solange Podell avait fait don de plus de 5 000 tirages aux archives photographiques du Palais princier. « Monaco m'a toujours inspirée dans mon art. Il y a eu un véritable échange entre ce pays et moi. Aujourd'hui je m'y sens chez moi. » Pour toujours.


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