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La naissance du berger communal

Mis à jour le 20/10/2018 à 05:14 Publié le 20/10/2018 à 05:14
Vers la fin du XIXe siècle, les Castillonnais avaient mis en place une ingénieuse organisation pour assurer  la garde des chèvres de tout le village.	(DR)

La naissance du berger communal

Retrouvez comme chaque samedi, la rubrique d'art et d'histoire du pays Mentonnais

Vers la fin du XIXe siècle les Castillonnais avaient mis en place une ingénieuse organisation pour assurer la garde des chèvres de tout le village. Sans doute dans les villages voisins en était-il de même… Le problème était le suivant : chaque famille possédait un certain nombre de chèvres.

Animal rustique, la chèvre, outre le lait qui donnait de si bons fromages, offrait, en plus un chevreau par an. Le boucher de Sospel montait les chercher dès que la taille requise était atteinte.

C'était une des rares occasions où un peu d'argent entrait dans la famille. Il faut rappeler que la pauvreté du sol et la petite taille des parcelles ne permettaient pas d'importantes récoltes que nos paysans auraient pu vendre. Le produit de leurs maigres terres suffisait à peine à subvenir aux besoins de la famille.

Le « cheptel » était différent d'une famille à l'autre. Les plus modestes se contentaient de trois chèvres et les plus « aisés » allaient parfois jusqu'à 10 ou 12 animaux. Certes chacun aurait pu « garder » (faire paître) ses propres animaux sur ses terres. Mais l'idée de constituer une sorte de troupeau communal se développa. L'objectif était de réunir toutes les chèvres du village et d'aller les garder sur les terrains communaux, vastes étendues non cultivées qui entouraient la cité.

Puis vint le choix du berger. Il était hors de question de payer quelqu'un. Alors il fut décidé que chacun des propriétaires de chèvres et, à tour de rôle, irait garder le troupeau communal qui prit le nom de cabràia. C'est là que l'on va voir s'instaurer un système astucieux, même s'il peut paraître compliqué au premier abord.

Tout d'abord il parut évident à tous que ceux qui avaient plus de chèvres devaient assurer la garde la plus longue.

On décida donc que la garde serait assurée à raison d'un jour par chèvre. Ainsi trois chèvres : trois jours de garde. Cinq chèvres, cinq jours etc.

La réalité était moins simple. Dans le village tout le monde travaillait tous les jours « à la campagne ». Si bien que celui qui mettait cinq ou six chèvres à la cabràia, ne pouvait pas s'absenter cinq ou six jours durant. Il fut alors décidé que chacun ne garderait qu'un jour à la fois. À tour de rôle chacun ne gardait qu'un jour, et ceci jusqu'à ce que toutes les familles engagées soient passées.

Alors on recommençait. On refaisait un tour, chacun un jour. Et ainsi de suite. Bien évidemment, celui qui n'avait que trois chèvres, faisait ses trois « rotations » et sa corvée était terminée. Les autres continuaient afin de faire autant de rotations qu'ils avaient de chèvres.

On arrivait ainsi à ce que celui qui avait le plus d'animaux était de corvée plus longtemps, ce qui est normal, mais sans avoir dû s'absenter de ses terres plus d'un jour à la fois.

Chaque matin, aux petites aubes, les portes des écuries s'ouvraient : les chèvres qui avaient vite pris l'habitude se regroupaient sur la place du village. Là le berger du jour partait avec sa cabràia vers les collines proches où les biquettes allaient se régaler d'herbes et de pousses fraîches. En fin de journée le petit troupeau se retrouvait sur la place et chaque chèvre regagnait facilement son domicile, d'autant que souvent un chevreau impatient l'attendait…


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