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La ligne Nice-Breil-Cuneo, mobilité, environnement... Ce qu'espèrent les habitants pour leur vallée de La Roya en 2022

Ils sont habitants et acteurs de la vallée, et ils livrent, en ce début d'année, leurs souhaits pour une Roya encore plus vivante dans les douze mois à venir.

La rédaction Publié le 05/01/2022 à 17:00, mis à jour le 05/01/2022 à 18:32
Ceux qui reconstruisent leur vallée détruite par la tempête Alex sont plein d'espoirs pour 2022. Photo Nice-Matin

"Nous nourrir de nos différences"

Le Prieuré veut entre autres former à des compétences durables. Photo J.-F.O..

"La tempête nous ouvre un terrain d’espoir à faire ensemble, nous nourrir de nos différences. La connaissance et l’expérience puisées dans cette situation unique doivent fédérer", clame Olivier Baillot, directeur de l’Esat Le Prieuré à Saint-Dalmas.

Rappelant qu’immédiatement après Alex, l’établissement a - malgré ses propres dégâts et les fatigues accumulées - hébergé, nourri, prêté des véhicules aux entreprises et collectivités œuvrant à la reconstruction.

 

"Dans le premier trimestre 2022, d’importants travaux vont être effectués dans la cuisine qui ne répondait plus au besoin fonctionnel d’apprentissage et qui a subi les gros dégâts de la tempête Alex. De nouvelles formations diplômantes adaptées seront proposées à tous publics avec un accompagnement propre à chacun dans le dispositif de son choix", indique-t-il.

Soucieux de voir le Prieuré travailler main dans la main avec le tissu local "qui dépend du tourisme et de l’utilisation de son environnement biosphérique fragile".

Le directeur fonde notamment beaucoup d’espoir dans la production d’hydrogène vert à échelle de la vallée, au service d’une nouvelle proposition touristique et d’une inclusion pour les 80 travailleurs en situation de handicap.

Le père Pham vit à Tende depuis six ans. Photo DR.

Dans la vallée de la Roya, le père Paul-Marie Pham a également des vœux à partager. Arrivé à Tende il y a six ans, il est aujourd’hui un membre actif et reconnu de la paroisse de la vallée. Et en tant qu’habitant de la Roya, il a remarqué les conséquences de la tempête Alex et de la crise sanitaire. Ses souhaits sont donc bien précis: "On espère que les routes de la Roya seront bientôt refaites pour que la vie reprenne. Car les gens ne se déplacent plus chez nous et le passage aux frontières italiennes n’est plus possible. Donc les commerces et restaurants ferment et les messes sont vides."

En complément, le père Pham espère que l’activité refleurisse dans la Roya: "La réparation des routes nous ramènerait de la vie et peut-être des jeunes. Car depuis deux ans, nous ne célébrons plus aucun mariage. Au catéchisme, il n’y a plus que huit enfants. Je souhaite donc que la vie revienne normalement et que l’activité paroissiale reprenne comme avant."

Le comité appelle de ses vœux de vraies correspondances entre les trains italiens et français. Photo J.-F.O..

Les attentes pour la ligne de vie

Les espoirs du côté de la liaison ferroviaire ne datent pas d’hier. Mais force est de constater que leur réalisation prend du temps. "Nous avons attendu le 22 décembre pour enfin rencontrer le vice-président à la Région en charge des transports. Avant, nous avions des comités de ligne deux fois par an qui permettaient d’échanger avec les décideurs et les usagers pour aller dans la bonne direction, introduit Laurence Sarfati de la Cuneo Nizza Unisce. Maintenant qu’il est venu et qu’il a vu, il ne pourra plus dire qu’on peut remplacer le train par des bus…"

Les vœux qu’elle formule pour le train dans la Roya ? Que la convention de 1970 - régissant les règles de maintenance et d’entretien entre la France et l’Italie - soit enfin revue. Qu’il y ait plus de dialogue entre les deux pays, aussi, notamment pour proposer de véritables correspondances entre les trains français et italiens. Que les habitants de la haute Roya puissent prendre le rail pour aller travailler ou étudier, également.

"Pour ce faire, nous aurions besoin qu’un train parte très tôt de Tende et qu’un autre rentre tard en soirée." Le comité espère par ailleurs le succès du Train des neiges, entre Tende et Limone.

"Cela nous ferait plaisir que la saison pour Limone soit une réussite. Après Alex, même s’ils étaient eux-mêmes en souffrance, les habitants et commerçants ont témoigné d’une solidarité envers Tende et La Brigue exceptionnelle…"

Jean-Louis Gerschtein. Photo DR.

Circulation sans blocage

Jean-Louis Gerschtein, président de la maison de santé pluridisciplinaire de la Roya, à Breil, a des espoirs de... liberté de mobilité.

"Déjà il faut retrouver une circulation fluide dans la Roya jour et nuit, sans blocage, sans fermeture. Notamment de Tende à Breil. C’est primordial en termes de santé, d’économie, de tourisme, et pour les particuliers. Pour les patients qui vont consulter des spécialistes, mais aussi pour les urgences. Pour les patients évacués vers le littoral, c’est un parcours du combattant. Entre la route fermée de nuit et les feux en alternance le trajet Breil-Tende est trop long. Et il y a de nombreux points noirs : On a 20-25 minutes d’attente à Airole au niveau du tunnel. Et puis il y a le souci du Col de Tende, où on a aucune visibilité ne serait-ce que sur le début des travaux du tunnel, alors que c’est un axe majeur entre le Piémont et le littoral. Le côté enclavé de Tende est toujours là, le train n’est pas en capacité de se substituer à la voiture du fait des horaires".

Et Jean-Louis Gerschtein de s’accrocher à un autre souhait pour 2022: "Nous avons l’espoir, toujours, d’une classification économique favorable pour la vallée de la Roya. Qui permettrait au tissu économique de la vallée d’avoir une aide sur 4-5 ans, le temps de retrouver un fonctionnement normal. Nous avons demandé un classement en tant que zone Franche Montagne comme on en connaît en Corse ou en tant que zone de revitalisation rurale. Cette demande portée par le préfet à la reconstruction Xavier Pelletier et la députée Alexandra Valetta Ardisson, a reçu une fin de non recevoir du Ministère de l’économie. Pour nous ce n’est pas raisonnable de dire que la vallée n’en a pas besoin alors qu’on sait qu’il faut soulager le tissu économique extrêmement fragile. La vallée de la Vésubie, par exemple, est déjà une zone de revitalisation rurale. Pourquoi pas la Roya? Nous avons encore cet espoir il n’est jamais trop tard pour bien faire".

REN regrette que la concertation pour l’avenir des vallées n’intègre pas les associatifs Photo J.-F. O..

Pour une réelle concertation

Le vœu de Roya expansion nature pour 2022 tiendrait presque en un mot : concertation. Et l’association de défense de l’environnement compte bien faire en sorte que cela dépasse le stade de l’espoir.

"Comme la préfecture ne prévoit pas d’inclure les associatifs dans les 50 participants par vallée, nous avons résumé nos propositions dans un texte", indique Catherine Rainaudo.

Dans ce dernier, les membres de REN précisent vouloir participer à la phase destinée à établir un "diagnostic territorial partagé".

Et expriment leur souhait d’une prise en compte de l’environnement dans des domaines structurants (cours d’eau, urbanisme, transports, qualité de l’air, déchets et eaux usées), ainsi que dans les interactions avec les acteurs économiques (agriculture locale, tourisme, pérennité des réseaux et fibre, énergie). "Nous espérons que les thèmes exposés soient repris dans le diagnostic et les ateliers, même ceux qui abordent des sujets qui ne sont pas consensuels…"

Virgile Ganne (à gauche), avec Robert Alberti, aussi membre de La Ciappea. Photo DR.

Nous espérons trinquer ensemble d’ici cinq ans

Pour l’association La Ciappea, installée à La Brigue, l’année 2021 aura été satisfaisante. Depuis plusieurs mois, ses adhérents cherchent à remettre en état d’anciens vignobles de la commune, depuis longtemps laissés à l’abandon.

Et si la tempête Alex n’a pas arrangé les choses, l’association a tout de même pu établir des contrats avec les propriétaires des terrains. Ainsi, la partie administrative étant terminée, le côté manuel peut débuter.

Virgile Ganne, membre de l’association, n’a donc pas hésité quant à ses vœux pour 2022: "Nous avons acquis et débroussaillé vingt terrains. Aujourd’hui, quinze d’entre eux sont utilisés par des adhérents.

Notre souhait à présent, c’est de les remettre en état, pour que les gens du village puissent retrouver les vignobles de La Brigue. On espère aussi que ce projet collectif, qui est à l’échelle de la Vallée, nous permettra de nous retrouver. 

À plus long terme, nous espérons, d’ici cinq ans, pouvoir tous trinquer ensemble avec du vin de ces vignobles."

Et à l’échelle de la vallée de la Roya, Virgile souhaite simplement "que ses habitants continuent, ensemble, de la reconstruire dans la créativité et l’espoir."

Laurent Collard Photo DR.

Faire revivre le canyon de la Maglia

"En octobre 2020 la situation était apocalyptique. Aujourd’hui les ouvrages d’art ont bien avancé les routes aussi mais c’est tellement vaste…", note Laurent Collard, de la société Mat & Eau, qui propose de nombreuses activités de découverte en eau vive.

Il le sait, le tourisme et les sports d’eau vive n’étaient pas, dans la reconstruction, une priorité… "On est conscients que dans un premier temps il fallait refaire les accès, les routes, mais peut-être qu’on est arrivés, en 2022, dans le second temps pour faire ce qui n’était pas prioritaire…", espère-t-il.

"Deux ans après la tempête on peut espérer une reprise plus dynamique de notre secteur. L’été 2021 nous avons pu fonctionner avec des parcours raccourcis, notamment pour le kayak. Parce qu’il y a, à un endroit, à Breil, un passage à gué qui nous empêche d’aller plus loin, parce que le pont d’Aigaïra n’a toujours pas été fait. Notre espoir c’est que ce pont soit fait pour qu’on démolisse ce passage à gué, et que l’on puisse proposer à nouveau des parcours plus longs à nos visiteurs…"

Un autre espoir pour Laurent Collard : Faire revivre le canyon de la Maglia qui était l’un des plus beaux d’Europe, la vitrine de Breil. Jusqu’à 300 personnes le parcouraient certains jours, et une cinquantaine en moyenne au quotidien tout au long de l’année.

"Il a beaucoup souffert de la tempête. Il a été rempli de graviers, il a perdu de son intérêt et il est aujourd’hui interdit par arrêté municipal. Mais il conserve toujours des passages géologiques majeurs, une grotte et des concrétions, on espère qu’avec le temps, les vasques se recreuseront… En tout cas tout est franchissable. Le canyon a d’ailleurs été rééquipé en arrimages, en points d’ancrage pour pouvoir effectuer les rappels. En dégageant le sentier encombré situé sur la rive gauche de la Maglia, et en purgeant les couloirs d’éboulement, on pourrait, à l’issue d’un audit de la Fédération française de la montagne et de l’escalade, imaginer reprendre une activité dans le canyon de la Maglia…"

"Un retour à la normalité"

Entre confinement et passage de la tempête Alex, cela fait bientôt 2 ans que les Breillois et les valléens sont dans la tourmente. Avec l’économie au plus bas, des voies d’accès impraticables puis en reconstruction et un tourisme exsangue, ils se battent au quotidien pour faire vivre leurs commerces ou leurs activités de détente et de sport. Quels sont donc leurs espoirs pour cette nouvelle année?

Hélène Benna, gérante du SPAR de Breil

"Mes souhaits pour 2022 ne sont guère différents de la majorité des Breillois: la relance économique et touristique me semble urgente à court terme, le retour de la banque (Crédit Agricole) en centre village, ainsi que les services postaux. Une capacité d’hébergement augmentée pour une belle saison touristique. Je souhaite également voir avancer à moyen terme le projet d’ouverture du col de Tende. Plus que tout nous espérons un retour à une quasi normalité. Enfin plus personnellement, je souhaite l’ouverture du Spar au printemps, il reste beaucoup de travaux à faire et la signature avec les assurances sera finalisée dans les prochains jours."

Sandra Giordan, contrôleuse de travaux pour le Département des A.-M.

"La collaboration entre toutes les équipes de reconstruction de la Roya, les collectivités, les 5 communes, la Carf ainsi que les concessionnaires (Enedis, Orange) est un véritable exemple de cohésion, je souhaite que cela continue en 2022. Je souhaite également que les projets de ponts Ambo et Caïros soient achevés ainsi que la galerie paravalanche de l’accès à Casterino. Au niveau associatif, je suis présidente de deux clubs : le tennis club dont je souhaite qu’il soit en capacité d’attirer de plus en plus de pratiquants pour les sports de raquettes comme le Pickle-Ball, par exemple. Et puis, nous avons subi une grosse déconvenue avec la destruction de la piscine par la tempête après une seule semaine d’ouverture du club de natation. Je travaille sur la création d’un bassin d’été qui sera praticable par les scolaires, dans un premier temps avant, et c’est un grand souhait, d’être ouvert à tous les publics."

Dire maintenant ce qu’on veut"

Gardien du refuge des Merveilles - avec sa compagne Aude Pasquier - depuis l’été 2021, Yann Bonneville reconnaît qu’un gros travail a été fait sur les accès à la vallée.

Reste une double attente : pouvoir rallier Castérino, et l’Italie. Tant que l’accès au pays voisin ne sera pas rétabli, la Roya demeurera en effet un cul-de-sac.

"Nous avons besoin d’échanges pour la culture et l’agriculture", résume Yann. Le guide (et producteur de miel) estime également que beaucoup de projets ont avancé sur le plan touristique.

"Mais j’ai peur que ce ne soit pas toujours dans le sens du monde qui évolue. Il ne faudrait pas que de gros moyens soient déployés et qu’on s’éloigne d’une logique éco-responsable. Les touristes qui viennent dans la vallée sont pour beaucoup des locaux; ils cherchent le calme et le sauvage. Nous avons par ailleurs un potentiel agricole local. Ce serait bien que les deux avancent ensemble en reposant sur la résilience."

À ses yeux, la Roya entre désormais - après l’urgence - dans une deuxième phase qui implique de rester vigilant. "Il est important de dire maintenant ce qu’on veut pour la vallée, au risque d’être déçus", dit-il.

Ajoutant souhaiter que les travaux sur les axes secondaires soient au maximum confiés à des entreprises locales. Pour valoriser le savoir-faire… et faire vivre l’économie locale.

Plus de pédagogie

"L’association était un peu en train de s’essouffler. La tempête a permis de relancer la dynamique", analyse Isaure Leduc, de l’Amacca (Association pour le maintien des alternatives en matière de culture et de création artistique) de la Roya.

Pointant du doigt l’arrivée d’une vingtaine de nouveaux bénévoles. La structure, qui a changé de statut pour devenir une collégiale, compte beaucoup sur l’action pédagogique.

"L’organisation d’un cabaret solidaire en 2020 avait permis de récolter une belle enveloppe que l’on a consacrée à de la pédagogie dans les écoles de chaque village. L’enveloppe a été moins importante pour la seconde édition", note Isaure Leduc.

Précisant que l’Amacca a enclenché beaucoup de rencontres avec les mairies et collectivités dans l’espoir d’obtenir des subventions afin de poursuivre ce volet.

"L’association est basée sur le micro-mécénat mais cela présente des limites si on veut proposer quelque chose de pérenne et varié", glisse-t-elle.

Rappelant que l’Amacca joue un rôle de médiateur pour informer sur le métier d’artiste et sur l’importance d’être libre pour la création.

La structure entend par ailleurs œuvrer pour "fluidifier les liens entre les différentes associations" de la Roya, notamment dans une logique d’entraide.

Et pour ouvrir davantage la programmation - axée en priorité sur les artistes gravitant autour de la vallée - aux compagnies du littoral.

Offre numérique MM+

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