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L’USM promet que ça ne La réponse de Stéphane Valeri fait que commencer Les soignants se cachent pour souffrir

Plus de 600 personnes ont répondu à l’appel à la grève de l’Union des syndicats de Monaco. Ils dénoncent une précarisation du travail dans un pays qui prospère

Publié le 08/02/2019 à 10:26, mis à jour le 08/02/2019 à 10:27
Sur les panneaux, on peut lire « Non au mépris », « Les patrons vous prennent pour des mouchoirs jetables », « Stop aux inégalités ».
Sur les panneaux, on peut lire « Non au mépris », « Les patrons vous prennent pour des mouchoirs jetables », « Stop aux inégalités ».

Ce n’est pas la lutte finale. Les dirigeants de l’Union des syndicats de Monaco l’ont promis à plusieurs reprises : la manifestation qui a rassemblé 600 personnes hier était la première d’une série. « Les gens pensent qu’ils n’ont pas le droit de faire grève, mais c’est faux ! C’est un droit constitutionnel ! » rappelle Christophe Glasser, le secrétaire général adjoint de l’USM.

Fonction publique, restauration, banques, personnels soignants, employés du commerce, des télécoms ou de la direction de l’Aménagement urbain, ils ont afflué de Fontvieille, du CHPG et de la place Saint-Charles, vers la place Sainte-Dévote où chaque syndicat a pris la parole (lire page suivante).

« Nous sommes la force de travail de Monaco »

 

« Le gouvernement dit sans arrêt que tous les voyants sont au vert et que le pays ne connaît pas la crise. Avec 6 milliards de PIB sur 2 km2, on veut bien le croire. Par contre, chez nous les travailleurs, ce n’est pas la même chose », a lancé Olivier Cardot, secrétaire général adjoint de l’USM. Il n’a pas été plus tendre avec le Conseil national : « Stéphane Valeri a dit que le modèle social de Monaco est exemplaire et qu’il ne laisse personne au bord du chemin. Si ça, ce n’est pas un gros mensonge, ça s’en rapproche franchement. Les retraités que l’on renvoie sur les caisses sociales françaises parce qu’ils n’ont pas les moyens de se loger à Monaco apprécieront. »

Les retraités qui étaient eux aussi présents. « On se bat pour conserver la couverture sociale des caisses monégasques, pour nous et les futurs retraités. Nos cotisations, c’est dans les caisses monégasques qu’elles ont été versées. Et on se bat aussi sur le pouvoir d’achat. Il y a beaucoup de points sur lesquels on rejoint les salariés », explique Alex Falce, à la tête de l’Union des retraités de Monaco.

Sur les panneaux, on peut lire « Non au mépris », ou « Les patrons vous prennent pour des mouchoirs jetables », ou encore « Stop aux inégalités ».

Christophe Glasser a conclu en s’adressant à la foule : « Nous ne sommes pas de vulgaires pendulaires, nous ne sommes pas de vulgaires nantis. Nous sommes la force de travail de Monaco. Personne n’a le droit de nous dire d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Par contre, si l’herbe est si verte à Monaco, c’est grâce à nous ! »

Interrogé au sujet de l’accusation de mensonges portée à son encontre, le président du Conseil national, Stéphane Valeri, ne voit pas le bien-fondé de la contestation et goût peu l’attitude des représentants syndicaux : « Je constate que manifestement, l’USM cherche une fois de plus la polémique. Tout le monde aura pu constater également, ces derniers mois, une inquiétante radicalisation de la communication de cette organisation syndicale.

 

« La meilleure réponse que je peux leur apporter c’est de leur rappeler que 45 000 salariés viennent chaque jour de France et d’Italie, parfois de loin, pour trouver dans notre pays, un emploi plus attractif, avec un revenu net plus important, de meilleures prestations familiales et de couverture maladie, sans oublier de meilleures retraites.

« Oui, notre modèle social est très performant : les Monégasques, les résidents et l’immense majorité des salariés de la Principauté le savent bien. D’ailleurs, les chiffres de la mobilisation sont en baisse. Pour autant, il faut sans cesse adapter notre modèle. Le gouvernement princier et le Conseil national y travaillent actuellement, par exemple pour mieux prendre en compte la pénibilité du travail de nuit ou encore pour mieux encadrer le secteur de l’intérim.

« Non, n’en déplaise à certains, Monaco n’est pas un enfer social. »

Chaque jour, ils soignent. Ils contribuent à l’excellence du Centre hospitalier Princesse-Grace, et au rayonnement de Monaco. Pourtant, les agents hospitaliers ont le cafard.

Et d’après Francesca Sgro, secrétaire générale du Syndicat des agents hospitaliers, des revendications, ils en ont quelques-unes : « Nous aimerions que nos compétences soient reconnues pour que cesse la politique d’évolution à la tête du client. Beaucoup d’agents subissent des pressions qui n’ont pas lieu d’être au sein d’un hôpital. On est constamment rappelés sur nos repos pour remplacer les salariés absents ou malades. Parfois, on est rappelés sur nos congés annuels. On a des roulements horaires qui sont épuisants, c’est reconnu. Au CHPG, on a un matériel excellent, une excellente structure, mais on a un management par la pression. Beaucoup d’employés viennent avec la boule au ventre. On voit plus de démissions, plus de demandes de disponibilité. On ne voyait pas ça avant. On aimerait que l’humain revienne au centre de la gestion du CHPG. »

Qui se douterait, alors qu’il déguste des plats raffinés dans des restaurants cossus, que dans les cuisines de Monaco, ça commence à sentir sérieusement la précarité ?

Pourtant, la restauration n’est plus l’eldorado de l’emploi stable qu’il a été jadis. Eric Faure, délégué syndical « cuisiniers, pâtissiers, tabliers bleus », redoute que les jeunes générations en soient rendues à se contenter des restes : « Les grilles de salaire ont totalement disparu à Monaco. Ce qui fait que les salaires sont à la tête du client. On ne leur fait plus de contrats, ils sont en extra ou en intérim. Quand un cuisinier fait 600 € dans un établissement, c’est bien ! À 11 € de l’heure, les gens n’arrivent plus à se loger. Ils sont obligés d’aller de plus en plus loin. Ils vont en Italie ou en France, mais même à Nice c’est compliqué. Certains font 60 kilomètres pour venir travailler. Alors oui, il y a toujours du travail, mais dans quelles conditions ? On se sert des gens comme des Kleenex. C’est très compliqué. Il y a urgence ! »

 

Cette précarisation n’est pas non plus du goût de Jean-Pierre Messy, secrétaire général du syndicat des cuisiniers : « Les extras sont reconduits de jour en jour, aux minima, sans aucune garantie du lendemain, sans liberté familiale ou sociale, sans reconnaissance d’ancienneté, ou prime de précarité. Sans aucun droit, sauf celui de se taire, et d’être un esclave. »

Stéphane Valeri considère que l’USM se radicalise de façon «inquiétante».
Stéphane Valeri considère que l’USM se radicalise de façon «inquiétante». Jean-François Ottonello.
Francesca Sgro, secrétaire général du Syndicat des agents hospitaliers.
Francesca Sgro, secrétaire général du Syndicat des agents hospitaliers.
Pierre-Franck Crespi, secrétaire général du syndicat des  banques.
Pierre-Franck Crespi, secrétaire général du syndicat des banques.
Jean-Pierre Messy, secrétaire général du syndicat des cuisiniers.
Jean-Pierre Messy, secrétaire général du syndicat des cuisiniers.

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