"Je veux leur redonner confiance": les confidences d'une artiste pour la réinsertion des femmes détenues à Monaco

Artiste du Rocher, Edyta a entrepris d’initier uniquement les femmes détenues à l’art pictural sur un mur borgne de l’établissement pénitentiaire pour faciliter leur réinsertion.

Jean-Marie Fiorucci Publié le 08/08/2022 à 10:18, mis à jour le 08/08/2022 à 10:19
L’artiste Edyta met une dernière touche de couleur au paon géant occupe le centre de la fresque. Photo Jean-Marie Fiorucci

La vie derrière les barreaux… Concrètement, un univers pénible de frustration, difficile à supporter. Surtout moralement! Car il résulte d’une sujétion absolue et d’une privation de tout lien qui unit à un être cher. Pour rompre avec cette oppression qui affecte surtout les femmes incarcérées, Edyta, une artiste-peintre du Rocher, a voulu dissiper leur autarcie.

Munie des précieuses couleurs aux tons opportuns de passion et d’émotion, cette entichée des beaux-arts s’est investie dans un projet original: orienter les seules détenues vers la maîtrise picturale pour faciliter leur réinsertion.

Un privilège précieux et rare dans l’antre carcéral monégasque qui admet ce brin d’indépendance propice à l’éveil culturel chaque mercredi pour créer une fresque.

Le panda au milieu des bambous. Photo Jean-Marie Fiorucci.

De dos, une taularde à la silhouette fluette, enfermée depuis des mois, languit devant l’ouvrage de maçonnerie. C’est l’apprentie choisie pour positionner le calque du poncif avant d’appliquer la peinture. Perdue dans ses pensées, l’étrangère affiche inévitablement une sensation d’attente avec un mandat d’arrêt extraditionnel.

 

Au fil d’une discussion sur les techniques de la peinture murale, l’audace et la provocation à la réflexion d’Edyta font écho à l’ébahissement et à la mélancolie de la détenue.

Elle s’accorde à son rythme aux premières esquisses, aux comportements d’une élève investie dans une immersion restreinte de loisir. C’est parti pour deux heures d’assiduité.

L’art suffirait-il à susciter des réactions d’espoir?
Vous trouvez dans votre vie ce que vous y mettez! J’ai voulu apporter à ces femmes espérance, confiance et assurance.

Est-ce suffisant pour libérer les détenues de leur chape de plomb?
Je crois à la puissance de l’être humain, pour se régénérer. Il n’est pas question d’en faire des "miraculées d’écrou". Juste leur redonner confiance. Susciter des capacités nouvelles pour qu’elles retrouvent cette volonté de s’en sortir le jour de leur retour dans la société. Un monde bien souvent lointain… Ce défi me tient à cœur: aimer les gens avec lesquels je suis mal à l’aise. Aller au-delà de leur situation de délinquante pour leur transmettre les codes de l’amour inconditionnel.

Un des symboles de paix représenté dans la fresque. Photo Jean-Marie Fiorucci.

Cela à tout l’air d’un outil de resocialisation…
Peu importe la définition donnée. Dès l’instant où la personne qui m’accompagne dans cette tâche artistique s’estime valorisée et regardée autrement… Par cette sorte de reconnaissance, les mots évasion et désir prennent leur véritable sens. D’ailleurs, toute l’équipe de la maison d’arrêt m’apporte son concours.

 

Mais cette éventuelle "sortie de la chrysalide" est-elle au moins accompagnée d’effet?
Oui ! [Edyta cite l’exemple d’une mineure où elle lisait à travers son regard la peur de passer en jugement.] Il a suffi des liens du dessin avant de passer aux grotesques de la fresque. Ses engagements et sa détermination étaient si forts qu’elle demandait de reporter son repas de midi. Elle était sur la bonne voie. Jusqu’à me confier qu’elle ne commettrait plus dorénavant la même erreur ni aucune autre horreur…

Une vue de la fresque. Photo Jean-Marie Fiorucci.

Un immense bestiaire

En l’occurrence, il s’agit de créer une fresque de 15 m sur 3 m pour agrémenter un long mur de refend borgne et proche du parloir. L’œuvre apparaît comme un immense bestiaire où s’harmonisent papillons, fleurs, paon, tortue, panda, colibri, abeilles, éléphant, lézards…

Et des évidents symboles de paix avec des couleurs propices aux sentiments exaltants et à l’agréable émotion de l’âme. Il est prévu à l’avenir une extension de la peinture murale sur d’autres murs de la maison d’arrêt.

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