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Jardins d'Apolline : la Satri provoque Serge Telle en duel

Mis à jour le 01/03/2018 à 05:11 Publié le 01/03/2018 à 05:11
La Satri dénonce des travaux précipités et disproportionnés, qui pourraient aboutir à la destruction  de preuves, ce que conteste le gouvernement.

La Satri dénonce des travaux précipités et disproportionnés, qui pourraient aboutir à la destruction de preuves, ce que conteste le gouvernement. Jean-François Ottonello

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Jardins d'Apolline : la Satri provoque Serge Telle en duel

Le constructeur de la résidence domaniale sinistrée fait appel au ténor du barreau Eric Dupond-Moretti, qui adresse une lettre ouverte pimentée au Ministre d'État. Qui répond vertement

La résidence domaniale Les Jardins d'Apolline, où logent 10 % des Monégasques, est considérée comme sinistrée, et l'intégralité des 234 appartements sera refaite à neuf. Un chantier colossal qui necessite le relogement des occupants.

La Satri, filiale du groupe Marzocco, qui s'est chargée de la construction, estime se faire tirer dessus à boulets rouges depuis trop longtemps.

Elle a donc sorti de sa manche un atout médiatique : « Maître Dupond-Moretti travaille pour le Groupe Marzocco et la Satri depuis un certain temps et compte tenu de la médiatisation souvent à sens unique de cette affaire, nous avons voulu donner à notre position le plus grand impact possible ».

Dent dure

Le grand avocat parisien Eric Dupond-Moretti a adressé une lettre ouverte au Ministre d'État, Serge Telle, diffusée par voie de presse et par le biais d'achat d'espaces publicitaires (dont cet article ne fait pas partie) et remise personnellement au principal intéressé « en temps et en heure ». Et tout le monde en prend pour son grade, y compris votre journal quotidien.

En clair, l'avocat sort la sulfateuse, et montre qu'il sait s'en servir, sans pour autant dézinguer tout de suite. Une petite rafale d'avertissement tout au plus. Car la filiale du groupe se défend de vouloir entrer en guerre : « La Satri a été et continuera à être un partenaire loyal et engagé de l'État monégasque. » Loyal mais dentu.

Dans sa lettre, celui qu'on surnomme « Acquittator » et qui accumule les dossiers médiatiques, parle d'une « désinformation relayée dans l'opinion ».

Actionnant le levier du principe de précaution mal utilisé, il évoque une « soi-disant "crise sanitaire"» alors qu' « aucune expertise scientifique contradictoire n'étaye un quelconque risque sanitaire ». Il affirme que les « seuls dommages constatés sont constitués de moisissures dans un nombre très limité d'appartements », dont trois sur soixante-quatre dans le bloc B, qui sera démoli le premier.

La Satri souhaiterait réaliser cette expertise mais serait interdite d'accès à la résidence et suggère donc au Ministre d'État « d'en prendre l'initiative ». De ce fait, Me Dupond-Moretti « déplore la position schizophrène de l'État qui, à la fois demande une expertise, mais ne permet pas, de facto, sa réalisation et son aboutissement ».

Victime des médias

Il enchaîne, dénonçant « d'invraisemblables incohérences » et « une campagne médiatique sans précédent orchestrée pour désigner les constructeurs comme responsables directs ou indirects de cette prétendue catastrophe sanitaire », n'hésitant pas à évoquer « de possibles causes extérieures à la construction proprement dite, parmi lesquelles la circulation de l'eau et les opérations de maintenance et d'entretien ».

Il n'hésite pas à pointer du doigt une « démolition-reconstruction aussi dispendieuse qu'inutile et la destruction des preuves » dans cette démolition.

Questions en série

Et de conclure : « Au lieu d'attendre les conclusions de l'expert, l'État a préféré confier à un promoteur privé une première enveloppe de 55 millions d'euros pour précipiter la démolition et la reconstruction du second œuvre de tous les appartements de la résidence "Les Jardins d'Apolline ".

Excellence, cela nous amène à poser les questions suivantes :

• Pourquoi conclure un contrat de promotion immobilière de gré à gré, alors qu'il s'agit d'un marché public de rénovation-reconstruction normalement soumis à une procédure d'appel d'offres ?

• Pourquoi commencer par démolir et reconstruire le bâtiment B dont une écrasante majorité des logements sont en bon état ?

• Pourquoi ne pas avoir rendu public l'ensemble des documents d'expertise réalisés à ce jour et que vous avez déjà en votre possession ?

• Pourquoi ne pas accélérer le déroulement des expertises en cours qui pourraient être ainsi terminées dans quelques semaines afin de définir les travaux adéquats ? »

Il y a comme un parfum de règlement de comptes en Principauté.

Réponse posée

Le lustre des canons ne semble pas éblouir le Ministre d'État qui a dormi sur cette lettre avant que la Direction de la Communication nous adresse sa réponse par voie de communiqué. Communiqué mesuré et un brin musclé. La preuve : « Le Ministre d'État prendra le temps de répondre aux diverses allégations péremptoires qui ont été avancées ainsi qu'aux questions posées. »

Le tempo est donné, l'orchestre est lancé, les pas s'enchaînent : « Il s'étonne de voir que la Satri, qui n'a pas manqué de s'exprimer dans la presse tout en restant silencieuse dans le cadre de l'expertise en cours, puisse remettre en question une décision du gouvernement concernant une propriété exclusive de l'État. »

Il rappelle que la situation est « exceptionnelle » : « des Monégasques sont gravement impactés dans leur vie quotidienne par une succession de sinistres qui affectent leur logement. Ceux-ci, malheureusement, ne se limitent pas aux seuls dommages dont il est fait état par l'entreprise. » Une réponse anticipée par la Satri qui affirmait au moment de l'envoi de la lettre « Nous sommes évidemment très concernés par la détresse des habitants. Pour preuve, notre accompagnement pendant trois ans au fur et à mesure des désordres montre bien la qualité de notre suivi et notre engagement à leur côté. »

Position assumée

Le gouvernement dénonce les « allégations contenues dans la lettre de Me Dupond-Moretti », et rappelle que « les procédures judiciaires ne sont pas compromises par le début des travaux, et que rien n'empêchera la justice d'établir les responsabilités de chacun. »

Le gouvernement ne revient en aucun cas sur les décisions qui ont été prises ou sur le caractère à la fois radical et rapide. Bien au contraire : il « revendique le fait d'agir de façon diligente dans l'intérêt général et dans celui des Monégasques concernés ».

L'agacement transpire un peu à la fin du communiqué : il « regrette que cette entreprise, qui ne défend que ses intérêts privés, ne fasse pas preuve de la sérénité qui s'impose, d'autant qu'à ce stade l'État intervient à ses frais avancés. »

Avant de conclure sur un détail technique, à qui de droit, rappelant que « la procédure en cours ne dépend pas du gouvernement, mais de l'autorité judiciaire ».


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