"J’ai interviewé tout Hollywood!": le témoignage d'une Azuréenne sur son incroyable carrière de Paris à Los Angeles

Karine Weinberger, fille de commerçants mentonnais, affiche 25 ans de carrière dans le cinéma à Los Angeles. Aujourd’hui, c’est en Suisse qu’elle poursuit son incroyable carrière.

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Gaelle Belda Publié le 15/11/2022 à 12:00, mis à jour le 15/11/2022 à 10:09
Karine Weinberger, installée en Suisse. Photo @anoush abrar

Quand on est fille de commerçants, on a forcément un ancrage différent. On appartient un peu à cette ville qui nous a vus grandir et nous épanouir. On a un lien fort, indéfectible. Mais c’est un lien qui ne prive pas de rêver grand. Karine Weinberger, fille des bijoutiers de l’avenue Thiers, a battu le pavé mentonnais, pendant des années, avec son frère, ses amis. Sous le soleil, elle a passé son bac et mûri un rêve : celui de "monter à Paris".

Quatre ans plus tard, un BTS "action publicitaire" en poche, elle fait le grand saut. Elle troque palmiers, façades ocre contre pierre calcaire et toits en ardoise. Loin de la pasta al dente et du barbajuan, elle construit la suite, sans imaginer une seconde que ce qu’elle amorce ici, la mènera en fait… outre-atlantique.

Tour Eiffel vs palmiers

"J’ai commencé par travailler pour la régie publicitaire d’Hachette et pour une société qui avait inventé un jeu télé. J’adorais le cinéma et, de fil en aiguille, je me suis retrouvée à travailler au service pub du Film Français." Elle a très envie d’écrire. Le journalisme la titille. Elle sourit. "On m’a très vite expliqué que je n’étais pas faite pour ça. Jusqu’au jour où la rédac chef, Marie-Claude Arbaudie me dit: toi, tu es passionnée, tu veux devenir mon assistante?"

La voilà qui tombe dans le Bouillon de culture de Bernard Pivot. Elle se régale, mais elle n’écrit toujours pas. Un coup de fil l’incitera à faire des infidélités à la tour Eiffel. Un copain, à Los Angeles, lui glisse qu’elle n’a qu’à le rejoindre. Cinq ans qu’elle flirte avec le gris de Paris. Cinq ans que le rêve évolue et grandit. "Je vivais en coloc, à l’époque. Mon coloc m’a dit, allez je viens avec toi. Il était web designer, j’avais le sentiment de ne pas avoir grand-chose à perdre. On a fait nos valises."

 

Un - zéro pour les palmiers.

Avec Gérard Jugnot Photo DR.

"Une autre mentalité"

Los Angeles, c’est canon. Mais la Mentonnaise est sous pression. Pour faire durer un peu le plaisir, il va falloir bosser… Elle furète, elle frappe aux portes. Elle a déjà cette énergie, très américaine, qui lève toutes les barrières. Jean-Noël Frydman vient de monter France.com, un kiosque numérique pour les francophiles et autres francophones aux États-Unis.

"Il me dit que le site français existe et que je peux en faire ce que je veux. J’ai commencé à y faire la promotion du cinéma français…"

C’était avant Allociné. Les studios de cinéma louchent sur le concept. Karine Weinberger hésite: "J’aurais pu booster le truc. Mais le Film Français m’a rappelée et m’a proposé de devenir correspondante…" Dans la foulée, elle deviendra référente pour le Journal du dimanche, Le Figaro Tv, etc.

La suite? "J’ai été fixeuse, chargée de production. J’ai travaillé avec la réalisatrice Clara Kuperberg et son père, très connus dans le monde du cinéma. Et puis j’ai fait du doublage de voix pendant dix ans pour des films pour enfants."

 

Elle multiplie les missions, elle mène tout de front. "Pour ça, je peux vraiment dire merci aux Américains: tu peux passer d’un job à un autre. S’ils te sentent passionné, ils ne se posent pas de questions, ils te donnent ta chance. C’est vraiment une autre mentalité."

Avec Ray Charles Phpto DR.

Danser dans le ranch de George Lucas

Et puis, il y a eu E! Entertainment.

"Un copain, Charles Fathy [acteur et producteur français, installé à L.A., N.D.L.R.], me dit que la chaîne cherche des voix françaises pour commenter les tapis rouges. Golden Globes, etc. J’ai été engagée cinq ans." Elle devient productrice d’émissions, embauche Sandrine Quétier, Vincent Fernandel pour certains programmes…

"Et moi, j’ai interviewé… j’sais pas: tout Hollywood."

Elle a dansé dans le ranch de George Lucas, assisté à un sketch

"Tour de France" improvisé spécialement pour elle par Robin Williams. Elle a ri aux éclats avec Spielberg, et pris le temps d’échanger avec l’immense Al Pacino. Elle a bu un verre avec Daniel Auteuil dans une boîte de jazz, quelques heures après l’interview et retrouvé Sting juste après sa séance de yoga.

Karine Weinberger s’est passionnée pour les récits de John Woo et a découvert Ray Charles. Elle a volontiers accepté les bises de Robert Duvall et de Michael Caine en guise de remerciement pour ses "questions intelligentes".

 

Et ne s’est pas arrêtée. Roberto Benigni, Francesco Rosi - "Sûrement le seul qui m’a vraiment impressionnée" - Claude Lelouch, Dustin Hoffman, Barbra Streisand,

Manu Chao, Björk, Catherine Deneuve, Charlotte Rampling…

Entourée d'Eric Tolédano, Olivier Nakache et Reda Kated Photo DR.

"T’as pas de boulot pour moi?"

Menton? C’était loin et c’était là. Pour sa ville, elle a toujours les yeux qui brillent. Certains de ses amis azuréens ont d’ailleurs pu goûter à cette vie jalonnée d’incroyables rencontres. Vingt-cinq ans d’une vie qu’elle a quittée il y a un peu plus de dix ans maintenant. Pour Zurich, dans un premier temps, avec son mari, rencontré à L.A. Il est chercheur. Ils ont un garçon et envie de retrouver l’Europe. Elle a un soupçon plus de valises qu’avant mais la même nécessité de récréer un réseau. "Une société suédoise cherchait un rédacteur en Suisse pour des articles Entertainment. J’ai fait ça 2 ans. Puis Microsoft m’a appelée pour que je produise du contenu. J’ai fait pas mal d’interviews, notamment musique, ma seconde spécialité."

Stromae, Matthieu Chedid, etc. "Puis j’ai harcelé le rédac chef de cineman.ch [l’équivalent d’Allocine.fr], un peu à l’américaine: "T’as pas un boulot pour moi?""

Rire. Ça paye. Puis cinefile.ch.

Ici, elle multiplie les interviews. Attal, Bedos… En parallèle, elle lance des interviews de professionnels en live, sur Instagram. Cuisine, déco, danse, photo, etc.

C’est sa gourmandise.

"Je n’ai pas peur"

Son leitmotiv? "Si tu es sincère dans ce que tu fais, ça marche!" Mais voilà, à Zurich, la journaliste se heurte à la barrière de la langue. "Et puis, on ne va pas se mentir, j’ai passé la barre des 50 ans et tout est plus compliqué." Ils décident, en famille, d’aller du côté francophone du pays. A Morges. Elle prend contact avec la directrice du Festival du film de Vincent Perez, à Lausanne. "Je lui ai juste demandé de regarder mon CV. Elle m’a appelée le lendemain. On a passé 1h30 au téléphone. Elle m’a créé un poste sur-mesure."

 

Mais comme ce festival n’occupe pas toute son année, elle s’intéresse à un autre événement: Le livre sur les quais, à Morges. "Impossible de m’embaucher mais on me propose d’animer les débats avec les auteurs. Je me régale."

Elle a envie que toute la ville soit au diapason de ces beaux événements. "Du coup, j’ai mobilisé une librairie dans laquelle je vais intervenir avec des auteurs mais aussi un petit hôtel." Elle étire les beaux moments. "Je suis allée à Genève, au festival du Lac, j’ai pris plein de contacts. De Caunes, etc."

Elle a des touches. Elle sourit. "Je n’ai pas peur. C’est un peu le secret."

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