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J.-J. Raffaele: "On est là pour recevoir les coups de bâton"

Mis à jour le 09/10/2017 à 09:49 Publié le 09/10/2017 à 05:06
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J.-J. Raffaele: "On est là pour recevoir les coups de bâton"

Comme ses pairs, le maire de La Turbie est souvent excédé. Las d'encaisser des déconvenues qu'il peine à justifier à ses administrés. Coup de gueule de rentrée d'un élu malgré tout optimiste

Mi-rurale, mi-urbaine, mitoyenne de la Principauté. La Turbie n'a rien d'une commune déshéritée. Ses charmes préservés n'en restent pas moins menacés comme 35 000 autres municipalités égarées, depuis des années, face à un État empêtré dans sa volonté de fédéraliser.

Entêté, le maire Jean-Jacques Raffaele s'avoue parfois dépité mais toujours passionné. Déjà nostalgique du SIVOM (Syndicat intercommunal à vocation multiple) et du Département, l'élu prête allégeance à une Carf défendue comme le dernier modèle d'intercommunalité viable. Tellement, qu'il aimerait lui greffer la Communauté de communes du Pays des Pailllons. Agglomérer pour mieux résister à l'inéluctable désengagement de l'État. S'affranchir, en somme, d'un tuteur aux standards de moins en moins ajustés. « Nous avons 3 150 habitants et 660 résidences secondaires. D'après les méthodes de recensement (un habitant par résidence secondaire), nous sommes plus de 4 000 avec un financement à l'aide du personnel équivalent à celui d'une commune de 3 100 habitants. Nous sommes certainement les premiers à ne pas avoir d'aides alors que la commune n'est pas riche. » Un postulat sensé qui devrait rassembler nombre d'édiles ulcérés, le mois prochain, lors du 100e Congrès des maires et des présidents d'intercommunalité. Tous n'auront toutefois pas autant de trésors à faire valoir… Et ça, Jean-Jacques Raffaele le sait.

Une fronde de certains maires s’est levée cette semaine en opposition à la suppression partielle de la taxe d’habitation à horizon 2020. Et vous?
Il y a une grosse inquiétude parce que nous sommes en octobre, qu’on a un budget à préparer en fin d’année et toujours aucune circulaire à ce sujet. On ne sait pas de quelle somme nous serons «pénalisés» et c’est un peu une habitude de l’État.Chaque année, on vote le budget en avril et la Dotation globale de fonctionnement (DGF) tombe en mai. C’est un peu fort de café d’autant qu’on nous oblige à voter un budget en équilibre. Mais là, c’est une grosse somme d’argent dont on va être amputé et on est vraiment très inquiet.
La députée (Alexandra Valetta-Ardisson) m’a bien fait comprendre qu’il y a des lignes qu’on ne pourra pas dépasser et je ne pense pas que M. Macron fera marche arrière.


Comment parer au mieux à cette éventualité?
ça va devenir un jeu d’équilibre. Je me suis engagé à stabiliser la fiscalité sur mon mandat mais je n’ai pas dit que je n’allais pas augmenter les impôts. J’espère arriver au bout de mon mandat avec cette promesse. On y arrive encore car les impôts locaux représentent environ 1,15million d’euros de rentrées d’argent et les baux, comme celui de la carrière de la Cruelle ou du centre d’entraînement de l’AS Monaco, 1,1million d’euros. Heureusement, sinon les impôts à La Turbie feraient un bond de 50%.


L’État n’a plus pour habitude de compenser ses désengagements financiers. Quelle place pour l’optimisme?
Tous les maires sont très inquiets, très pessimistes. Et, là dessus, on nous enlève les Contrats uniques d’insertion (CUI). On nous a presque forcé la main pour les embaucher. Ce qui a aussi fait nos affaires puisqu’on mettait les rythmes scolaires en place. On a donc embauché un CUI. Et en milieu d’année, on nous dit stop. Ça pèse lourd sur les finances car il faut compenser la perte de la subvention d’État sur les CUI. On a eu la chance d’arriver à mettre ça en place mais j’ai quand même un CUI dont le contrat se termine à la fin de l’année. Je fais quoi?
La réserve parlementaire, c’est la même chose. En trois ans, La Turbie a perçu 40.000 euros [30.000 euros de la sénatrice Giudicelli et 15.000 euros de l’ex-député Guibal, Ndlr].
Aujourd’hui, elle disparaît alors que c’était un système très transparent. Et si c’est le préfet qui se met à arbitrer, ça va être la guerre.

Quel discours tenez-vous à vos administrés?
Je leur dis que ce qu’on fait c’est avec leur argent.Qu’avant, aménager la mairie ou l’école se faisait avec 40% de participation de l’État. Aujourd’hui, c’est zéro. Le département est aussi serré au collet et regarde les subventions qu’il distribue. La Carf perd cette année 2,8millions d’euros de DGF. Ce n’est pas lisible. 
On transfère des compétences à la Carf et, en même temps, on ne lui transfère pas les budgets et moyens pour qu’elle les assimile.Qu’est-ce qu’on cherche à faire? Éliminer les intercommunalités? Nous regrouper dans une grosse entité qu’est la Métropole et ne garder que la Région et elle?
Je me suis engagé pour mettre ma politique en place au niveau de l’économie et de la qualité de vie.Si demain je n’ai plus la liberté  de le faire parce que je n’ai plus de finances, ça ne m’intéresse plus. Je l’ai dit, je prendrai mes responsabilités à ce moment-là. Être maire pour ne faire que les mariages et les enterrements…


Vous sentez-vous de plus en plus démuni?
Complètement. On est là pour recevoir les doléances et les coups de bâton, sans pouvoir donner de réponses concrètes aux administrés.On a encore quelques compétences mais ça fait des années qu’on subit.Il y a eu la loi Chevènement, la loi NOTre, la loi MAPTAM et, maintenant, la continuité de M. Macron, avec qui je n’ai pas que des incompatibilités, notamment sur l’économie ou l’Europe.
Il est jeune, a du charisme et, a priori, quand il prend une décision il ne fait pas marche arrière comme l’ancien gouvernement. Mais son programme territorial est très mauvais pour nous. On va vers une espèce de regroupement.


Cette «centralisation» vous effraie?
Je ne sais pas si c’est l’Europe qui pousse mais les gens restent attachés à leur église et leur mairie. La loi a été faite pour que les transferts de compétence permettent de faire des économies, mais c’est faux! Ça coûte de plus en plus cher! Quand le SIVOM a été créé il y a 50 ans, le transfert a été réfléchi par les maires et on a donné  des compétences qu’on savait mutualisables à terme et, surtout, réfléchi pour faire des économies. Ça fonctionnait à merveille. Là, ces transferts ne sont  ni travaillés, ni voulus. 
On veut aussi diminuer les députés et donc créer des cantons encore plus gros. Mais les députés ont besoin d’être ancrés dans le territoire. Avec un canton énorme, on ne les verra plus. C’est démagogique!


Les spécificités des communes ne sont plus prises en compte?
On nous demande encore 25% de logements sociaux.  On est en pleine concertation  sur le PLU et je vous mets  au défi de trouver un terrain!
Depuis 2009, La Turbie connaît la même baisse de démographie que la Carf. Une population vieillissante et le départ des jeunes car les logements sont trop chers. Le projet immobilier Détras a fait couler beaucoup d’encre lors de la campagne mais il permet de capter des jeunes et actifs, sinon la courbe démographique serait vraiment mauvaise. On estime à 0,5% par an le développement de la démographie les prochaines années, soit 15 habitations par an environ, ça va donner des contraintes au PLU! Et comment permettre à une commune de se développer si on n’arrête pas de mettre des Plans de prévention des risques (PPR), des biotopes, des coulées vertes, bleues… C’est tout le paradoxe du cadre national. Il y a des endroits en France où vous pouvez aisément enlever des terrains agricoles et développer. Chez nous, il n’y a plus rien.


À défaut de soutien national, quel rôle pour la Carf?
Je ne peux pas parler au nom des maires mais l’ambition c’est d’étoffer la Carf. Lui donner une vraie force économique pour être à l’abri d’une absorption. Je prône un rapprochement avec la communauté de communes du Pays des Paillons. Nous avons les mêmes spécificités et ça aurait plus d’impact économique.


Vous ne sentez pas l’étau de la Métropole se resserrer? Le rapprochement entre MM.Macron et Estrosi ne laisse rien présager?
Je n’ai pas de commentaire à faire. M.Estrosi fait toujours partie de ma famille politique (Les Républicains).Le président de la Métropole a toujours dit qu’il ne forcerait personne à la rejoindre et ce n’est pas là l’ordre du jour. Mais la politique nationale semble nous attirer dans cet entonnoir en nous coupant les vivres. L’absorption des départements par les Métropoles est un projet clairement défini.


Quelles sont les bonnes nouvelles en cette rentrée?
J’ai un programme bâti sur 10-12 ans, deux mandats.Beaucoup de choses sont mises en œuvre et je ne suis pas dans la promesse, mais passe aux actes. Les finances sont saines et la commune très peu endettée.

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