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J’ai été violé à 7 et 12 ans, je n’ai pu en parler que 42 ans après L’association Colosse aux pieds d’argile lutte contre la pédocriminalité, le bizutage et le harcèlement

Mis à jour le 19/02/2020 à 11:31 Publié le 19/02/2020 à 11:31
Lætitia Pachoud de l’association Colosse aux pieds d’argile.

Lætitia Pachoud de l’association Colosse aux pieds d’argile. Jackie Dieren

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J’ai été violé à 7 et 12 ans, je n’ai pu en parler que 42 ans après L’association Colosse aux pieds d’argile lutte contre la pédocriminalité, le bizutage et le harcèlement

Saint-Vallier Christian Zedet, habitant de Saint-Cézaire, est venu parler, devant des professionnels, du traumatisme qui a marqué toute sa vie d’adulte. Il n’a pu s’en libérer que récemment

Le témoignage de Christian Zedet, violé à 7 ans et encore à 12 ans, a été un moment fort en émotion. Face à 150 personnes rassemblées à Saint-Vallier-de-Thiey dans le cadre de l’intervention de l’association Colosse aux pieds d’argiles venue évoquer sa lutte contre la pédocriminalité, le bizutage et le harcèlement dans le sport.

Cet habitant de Saint-Cézaire, ancien premier adjoint, pompier de profession, a raconté comment les viols occultés, subis à l’âge de 7 et 12 ans, ont fait de sa vie un cauchemar, mettant à terre toute sa vie d’enfant, d’adolescent et d’homme, avec des conséquences qui sont encore là 42 ans après.

« Apprenez à déceler un problème »

Il a raconté devant un public composé de professionnels de l’enfance, comment déceler l’impensable, pour son cas, être violé par un adulte, un ami de son père, un proche en qui la famille avait toute confiance.

Pour témoigner ainsi, il faut du courage, ce n’est pas donné à tout le monde, beaucoup ne le feront jamais, vivront avec, et toute leur vie ne sera que souffrance.

Aux 110 professionnels de l’enfance présents, il leur a demandé : « devenez des ambassadeurs, apprenez à déceler un problème, vous avez un rôle essentiel à jouer. »

Christian Zedet a, avec émotion mais détermination, expliqué son calvaire qui remonte, à son enfance, à l’année de ses 7 ans, puis à celle de ses 12 ans, âge où il a été violé pour la deuxième fois, toujours par un proche de la famille. Il en a expliqué les conséquences : « un comportement qui peut paraître parfois bizarre, pas anormal, mais un peu compliqué, avec un manque de confiance en moi. Ado, je me mettais toujours de côté, avec toujours ce sentiment de ne jamais être bien où j’étais. Ça a duré de 12 ans à 52 ans ! »

Il a expliqué aussi son orientation sexuelle : « Ado, j’ai cherché comme tout le monde à découvrir l’amour, rien ne fonctionnait, je n’ai jamais eu de relations normales, pas de plaisir... Et je dis souvent, qu’on soit hétéro, homo, bisexuel ou autre, qu’importe, mais j’aurais aimé le savoir pour essayer de trouver mon bonheur. Alors, on met tout ça de côté, on évite toute sollicitation, que ce soit homme ou femme, qu’importe, on se met de côté et quand on voit que rien ne marche, jamais vous ne pensez que quelque chose ne va pas, vous voyez bien que ce n’est pas normal, mais vous refoulez tout en vous et finalement, pas de vie de famille, pas d’enfant... »

Sa profession l’a quelque part sauvé, Christian Zedet est commandant des sapeurs-pompiers : « C’est compliqué dans des corporations où on ne dit pas ses problèmes. J’ai eu la chance d’épouser une profession qui me passionne, quand je suis en uniforme, je suis complètement différent, j’ai confiance en moi, je suis moi-même de suite. Je vis passionnément mon métier. »

En 2016, il réussit à en parler

Il a fallu que son corps se révolte en déclarant des maux, qu’il se sente au fond du trou, dépressif, et qu’il consulte en 2016 une psy, une bio-énergéticienne et faire des séances d’hypnoses pour découvrir la vérité. Quarante-deux ans après les faits, il a alors réussi à parler des viols, à se libérer par la parole : « Maintenant, tout va bien, ou tout va mieux, 42 ans après ces viols, je revis, on a l’impression une fois que l’on en a parlé, qu’il y a tout qui change. Quand je me confie comme ça, je retrouve mon énergie, c’est fabuleux de revivre. Je regarde maintenant différemment tout, les gens, la nature, c’est une nouvelle naissance, ma vie a un sens. Je suis sûr que si on m’avait demandé à 12 ans : “Qu’est-ce qui ne va pas ?” J’aurais parlé ! Si vous décelez à votre tour un problème vous aurez sauvé un enfant. »

L’association Colosse aux pieds d’argile a pour mission la prévention et la sensibilisation aux risques de pédocriminalité, de bizutage et de harcèlement en milieu sportif. Elle encadre les professionnels, accompagne et aides les victimes.

Tous les milieux sont concernés par les agressions sexuelles, mais c’est souvent au sein de la famille et des proches que se trouvent aussi les prédateurs sexuels.

Et là le silence est aussi de mise. Apprendre aux professionnels de l’enfance à déceler au plus tôt le mal-être d’un enfant est pour l’association la mission première. Pour en parler sur la scène de l’espace du Thiey, Lætitia Pachoud, coordinatrice de l’association pour la région Sud, et dans la salle 110 professionnels de l’enfance et le maire de la commune Jean-Marc Délia.

La séance a commencé par le témoignage de Christian Zedet face à des personnes le connaissant pour la plupart. Un courage souligné par Lætitia Pachoud, qui pendant plus de deux heures a ensuite expliqué notamment les signes qui permettent de déceler le mal-être des jeunes victimes, recevoir leurs paroles - vraies ou fausses : « Commencer tout de suite le protocole pour professionnels, qui est tout de suite de dénoncer des faits, informer les autorités. » Avec des exemples et des pourcentages assez effrayants sur le nombre de cas d’enfants violés, les questions des professionnels ont été très nombreuses, ils savent qu’un jour ou l’autre, ils seront confrontés à une situation difficile à gérer.

L’association voit des fédérations changer leurs statuts pour des consignes à suivre dans les vestiaires. La sécurité pour un encadrement fiable est semble-t-il à accentuer : « Une proposition de loi est en cours pour filtrer tous les bénévoles ayant à encadrer des enfants. »

De nombreux outils sont à découvrir sur leur site : colosseauxpiedsdargile.org : guide des colosses pour les enfants de 3 à 5 ans, guide pratique encadrant, protocole d’intervention, la charte des colosses et une affiche de 12 consignes du colosse à placer dans les vestiaires.

L’association est reconnue organisme de formation. Depuis les six ans de combat de l’association, 10 000 clubs ont été sensibilisés, 3 200 témoignages ont été reçus dont ¼ en milieu sportif et enfin, plus de 10 00 donateurs ont aidé l’association dans son combat.

Le témoignage de Christian Zedet avec, à ses côtés, Lætitia Pachoud de l’association Colosse aux pieds d’argile.
Le témoignage de Christian Zedet avec, à ses côtés, Lætitia Pachoud de l’association Colosse aux pieds d’argile. Jackie Dieren

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